Culture

Vient de paraître : « La Grande Arche », par Laurence Cossé

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Architecte

Publié chez Gallimard, «La Grande Arche» se veut le récit épique autant que tragique de la construction de l’un des monuments les plus connus de Paris, la Grande Arche de la Défense, signé de l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen…

«La Grande Arche», de Laurence Cossé, se dévore comme un thriller haletant. Il relate l’incroyable épopée d’un projet pharaonique, l’érection de la Grande Arche de la Défense, et l’histoire d’un homme, l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen (1929-1987) – dit «Spreck» – écrasé par la créature qu’il a conçue et broyé par les luttes politiques au couteau dont il a été le jouet involontaire…

 

Skyline

 

Rien que la scène d’ouverture du récit vaut son pesant de béton, lorsque le président de la République de l’époque, François Mitterrand, flanqué de ses portes-flingues historiques (Jean-Louis Bianco, Jacques Attali, Robert Lion, Yves Dauge et d’autres) découvrent, médusés, le nom imprononçable du lauréat du concours international Tête-Défense : Johan Otto von Spreckelsen, un parfait inconnu, en France tout du moins, qui n’a construit en tout et pour tout dans son pays que sa maison et trois églises… Jour après jour, années après années, Laurence Cossé reconstitue, au prix d’une enquête minutieuse auprès des principaux protagonistes de l’affaire, toutes les étapes et toutes les turpitudes qui ont présidé à l’édification d’un monument désormais parfaitement inscrit dans le skyline parisien.
L’auteur met en particulier en scène les frictions incessantes et l’incompréhension toujours grandissante entre un Danois rigoureux, épris de calme et de beauté ; et l’impéritie d’une maîtrise d’ouvrage «à la française», totalement inconsistante et éclatée, qui ne sait rien de ce qu’elle veut, remet sans cesse en question le programme et arbitre un jour pour revenir sur sa décision le lendemain à la faveur d’un diktat mitterrandien… Rigueur scandinave et laisser-aller «latin», sens du devoir et revirements en cascades : autant vouloir marier l’eau et le feu.

 

Roman

 

Tous les ingrédients d’une saga sont ici réunis : la veulerie coupable des uns, l’autoritarisme forcené des autres, la rouerie proverbiale d’un François Mitterrand à son apothéose, les volte-face incessantes des politiques, le «mariage forcé» avec l’architecte Paul Andreu et l’ingénieur Peter Rice, les fastes qui seraient aujourd’hui jugés indécents de la Mitterrandie triomphante, l’époque encore enchantée (?) des Grands Travaux, les années Jack Lang, le Bicentenaire de la Révolution française, etc.
Dans cette gabegie, le plus triste reste à venir : incapable de comprendre les mœurs politiques françaises, incapable de s’y conformer, écœuré et déçu de ne pouvoir construire cette Grande Arche de la Fraternité exactement telle qu’il l’avait rêvée, Spreck démissionne en juin 1986, le cœur brisé. Il meurt à Copenhague en mars 1987… L’Arche sera inaugurée sans lui, le 14 juillet 1989. Alors, tout est-il bien vrai dans ce récit? Tout y est vraisemblable à tout le moins, et les acteurs de ce drame sublime sont bel et bien réels, même si c’est le mot «roman» qui est imprimé sur la couverture. Mais la liberté de l’auteur est la règle…

La Grande Arche, de Laurence Cossé, est publié chez Gallimard.

 

Focus

A découvrir : un extrait du film « Homage to Humanity » de Dan Tschernia, fréquemment évoqué dans le roman.

 

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