Paysage

Victoires du paysage pour les Hauts-de-France

Avec six projets nominés aux cinquièmes Victoires du Paysage, dont trois dans la métropole lilloise, la région des Hauts-de-France aligne une sélection sans précédent dans l’histoire de cette compétition nationale et biennale. Chaque fleur de ce bouquet raconte un épisode du retournement d’image au pays des chtis et des picards.

La vallée de la Somme apporte une démonstration magistrale de la richesse de la conception paysagère : une vision à l’échelle d’un territoire de 6 500 km², déclinée dans une mosaïque de micro-projets qui font appel à l’écologie, à la mémoire ou à la culture. Entre le printemps 2001, date des inondations qui ont ravagé le territoire, et l’automne 2016, date d’ouverture de la dernière maison éclusière reconvertie en gîte, le conseil départemental a maintenu le cap, avec un programme qui aura mobilisé quelque 30 millions d’euros entre 2009 et 2015.

 

Métamorphose fluviale

 

Le retournement d’image vise autant l’attractivité touristique que le confort de vie des 650 000 riverains du fleuve. La continuité s’est traduite dans la commande départementale : Bertrand Le Boudec (agence Traverse) a accompagné la collectivité dans la rédaction de l’Atlas paysager de la vallée. Yves Deshayes a pris le relais pour l’entretien et l’aménagement du canal ; l’agence Slap a conçu les 30 belvédères soumis au jury des Victoires du paysage, et qui forment autant de mini-projets d’aménagement ; SLP Paysage a redessiné les abords des maisons éclusières reconverties. La programmation établie par Indigo a encadré la véloroute dont le département détient la maîtrise d’œuvre en régie, et qui constitue la colonne vertébrale du projet. « Grâce à la souplesse qu’ils autorisent dans l’exécution, les contrats cadre ont facilité la continuité », souligne Gwenaëlle Menelec, chargée du pôle biodiversité, trame verte bleue à la direction de l’Environnement du conseil départemental.

Au détour du belvédère de la montagne de Frise où le nettoyage de l’ancienne décharge et le débroussaillage des tranchées de la première guerre mondiale, le promeneur vibre avec le territoire révélé par les paysagistes : en contemplant l’entrelacs d’étangs qui se confondent avec le fleuve, il partage son émotion avec Blaise Cendrars, Hector Malet ou Louis Aragon qui l’ont précédé sur le site, comme il vient de l’apprendre dans le panneau en lave émaillée dessiné par Slap et réalisé par la société toulousaine Empreinte.

 

Cités dopées par l’Unesco

 

Le retournement d’image caractérise aussi les efforts en cours dans le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais, dans la foulée de son inscription au patrimoine mondial. Sauvées de la démolition, les cités Limay et Sainte-Marie se tournaient le dos à Pecquencourt (6 200 habitants, Pas-de-Calais). Marc Soucat (Savart Paysage) les a réunies à travers un espace central de 27 000 m², nominé aux Victoires, et exécuté par SNB (groupe Colas). A l’intérieur du premier de ces deux quartiers, héritage des années 1920, la réduction des surfaces bitumées de l’artère principale complète la transformation d’anciennes ruelles en voies jardinées, inaccessibles aux voitures. Un traitement comparable s’engage dans la seconde cité, construite une décennie plus tard.

« Pecquencourt offre un aperçu des différentes phases de l’architecture minière au XXe siècle », note Raphaël Alessandri, directeur des études à la mission Bassin Minier. Ces données objectives s’ajoutent à l’enthousiasme du maire Joël Perrache pour justifier la candidature en instance de Pecquencourt dans un Programme d’intérêt majeur de l’Etat qui se déterminera selon trois critères : renouvellement du patrimoine, sauvetage d’éléments emblématiques et mise en valeur du paysage minier.

 

Prix mondial pour l’anneau mémoriel

 

Le renouvellement du patrimoine a aussi porté les porteurs du projet de mémorial international aux soldats tombés dans le Nord-Pas-de-Calais au cours de la Première guerre mondiale. Avec son porte-à-faux de 52 m qui ouvre une fenêtre sur la plaine de l’Artois au ras de la crête de  la colline, l’anneau dessiné par l’architecte Philippe Prost avec le paysagiste David Besson-Girard a renoué les fils de la mémoire en direction des générations futures. Un prix mondial saluera la performance structurelle du béton fibré développé par Eiffage, le 24  octobre prochain à Philadelphie : l’American Concrete Institute a choisi cet ouvrage pour son Construction Award, dans la catégorie Ouvrage d’art Génie civil. Sur le terrain, « la réactivation en cours du comité de pilotage permettra de finaliser l’articulation entre le mémorial et le monument national Notre-Dame de Lorette », annonce Rémi Battist, directeur de la construction à la Région Hauts-de-France.

 

Foisonnement métropolitain

 

Pas besoin de grand spectacle collinaire pour rythmer un paysage : à l’Est de la métropole lilloise, Mons-en-Baroeul tire le meilleur parti de la pente de son axe Est Ouest, autrefois structurée en escaliers. Interprète paysagère du schéma urbain écrit par François-Xavier Mousquet, l’agence de paysage Empreinte la réorganise sous la forme d’un parc ponctué de bassins de rétention et fluidifie les parcours des marcheurs et cyclistes.  La pente douce aboutira à la place centrale qui constituera l’acte final du Nouveau Mons, au point de rencontre avec l’axe horizontal Nord Sud, plus minéral mais tout aussi explicite dans son parti de rupture avec le tout-automobile : les piétons et vélos disposent désormais de la majeure partie de l’emprise autrefois occupée par une deux fois deux voies qui s’étalait jusqu’au pied des tours.

 

Chef d’œuvre posthume

 

Aux franges de la ville centre de la métropole, les terrassiers pilotés par Pascal Cribier ont donné ses ponctuations topographiques au parc Grand Sud : encadrés par des balustres en béton qui signent le projet sur quatre hectares, des tertres permettent de se repérer dans le tissu hétérogène où l’activité croise l’habitat et les équipements publics. Encore sous le choc du suicide du paysagiste en novembre dernier, le maître d’ouvrage a suivi ses prescriptions dans la dernière ligne droite, jusqu’à l’ultime réalisation : depuis juin dernier, le parc escalade la toiture de la salle polyvalente de l’agence Lacaton Vassale.

Cœur de la ZAC Arras Grand Sud aménagée par la Soréli avec Nicolas Michelin, le chef-d’œuvre posthume de Pascal Cribier jouxte une autre rénovation urbaine du sud lillois : comme le parc Grand Sud, la promenade Gide Vallès, livrée en 2015, donne son unité à une opération qui s’est traduite dans 139 chantiers totalisant 410 millions d’euros, dont 25 pour l’espace public. Germe et Jam a signé dessiné le projet urbain, avec 19 voies nouvelles, pour quatre maîtres d’ouvrage coordonnés par la ville. Plus encore que le geste paysager signé par Empreinte avec le tracé sinueux de la promenade, la dimension sociale du projet imprègne le quartier, avec ses potagers où les habitants redécouvrent : les jardins familiaux et associatifs concrétisent la volonté de mixité des pratiques, promue par la maîtrise d’ouvrage.

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