Logement

Union sacrée en Hauts-de-France pour dénoncer une loi de finance 2018 «assassine»

Coup de massue sur les bailleurs sociaux et par ricochet sur tout le secteur du bâtiment des Hauts-de-France. Bailleurs sociaux, collectivités, fédération du bâtiment, associations de locataires et même fédération des promoteurs immobiliers se sont réunis jeudi 12 octobre 2017 à Lille pour détailler les impacts particulièrement dévastateurs sur la région Hauts-de-France (voir encadré ci-dessous) de la loi de finance 2018.

Dans la région de France, la plus dépendante des aides sociales et notamment des APL, l’annonce de la future baisse des loyers imposée aux bailleurs sociaux pour compenser les baisses d’APL des locataires éligibles – jusqu’à 60 euros par mois et, ce, dès le 1er janvier 2018 – a fait l’effet d’un tsunami. «Dans les Hauts-de-France, 50% des locataires du parc social bénéficient d’une aide au logement contre seulement 35% en Ile-de-France. Les problématiques ne sont pas du tout les mêmes», met en avant Sylvie Ruin, directrice de l’Union régionale pour l’habitat (URH) des Hauts-de-France.

 

230 millions d’euros de pertes par an

 

«Pour les offices et les ESH de la région Hauts-de-France, les baisses de loyers vont entraîner une perte de ressource de 230 millions d’euros par an. Ces pertes correspondent à l’investissement en propre destiné à construire du logement neuf ou à faire de grosses réhabilitations. Mathématiquement ces investissements n’auront plus lieux», résume Jean-Pierre René président de l’URH Hauts-de-France.

«Sur la métropole européenne de Lille (Mel), la baisse de loyer va se traduire par une perte de 40 à 50 millions d’euros soit exactement le montant que les organismes ont consacré à leur stratégie de construction et de rénovation. Or, 40% de la production de logement neuf sur la Mel concerne du logement social», illustre Bernard Haesebroeck, vice-président de la Mel en charge de l’habitat. Il ajoute que 63% des locataires de Lille métropole habitat (LMH) l’OPH de la Mel, bénéficient des APL.

 

Effets pervers en série

 

Si les organismes HLM ne peuvent plus construire ni rénover, ce sont les locataires et les futurs locataires qui seront les plus gros perdants. C’est pourquoi les associations de locataires se sont jointes à ce cri d’alarme lancé par l’URH. Le secteur du bâtiment sera lui aussi impacté. «Aujourd’hui, 15% du chiffre d’affaires des entreprises de bâtiment régional vient du travail fourni par les bailleurs. Si les 10 000 logements construits par an s’arrêtent, c’est un impact sur 30 000 emplois qui se profile. Pour une baisse de 50 euros, on arrive à des conséquences consternantes», met en exergue le président de l’URH.

 

Coup de frein sur la promotion privée

 

Et par ricochet, l’effet sera encore plus important car cet arrêt de l’investissement des bailleurs sociaux va mettre aussi un coup de frein à de nombreux programmes lancés par les promoteurs privés qui doivent comporter une part imposée de logements sociaux.

«Nous avons l’obligation de faire 30% de logements sociaux dans nos programmes. Si je n’ai pas de bailleurs je fais comment ? Je me retourne vers la collectivité ? Cette mesure va augmenter significativement la fracture des territoires ce qui semble le comble pour un ministère de la Cohésion des territoires», souligne Philippe Depasse, président de la FPI.

Jean-Pierre Choël, directeur général de Promocil dans le Maubeugeois ajoute: «La promotion immobilière démarre souvent ses opérations car elle a prévendu aux bailleurs une partie des logements. Demain, sans les bailleurs, c’est plus de 60% de la construction neuve qui ne se fera pas. Au bout de trois mois, le carnet de commande des entreprises va s’assécher».

«La reprise se fait sentir sur le secteur du bâtiment, il ne faut pas casser cette dynamique», lance Bernard Loison, président de la FFB du Nord Pas-de-Calais.

 

Frein sur le renouvellement urbain

 

«La réforme imposée part d’un constat faussé par ce qui se passe à Paris, qui n’a rien à voir avec ce qui se passe en région. Ce coup de frein de l’investissement des bailleurs va aussi freiner les programmes de renouvellement urbain et de réhabilitation pourtant programmés depuis des années. C’est un souci grave», explique Régis Caillau, vice-président de LMH.

Mêmes inquiétudes chez le bailleur du département du Nord, Partenord: «Nous allons perdre 25 millions d’euros, nous n’aurons plus de fonds propres pour réhabiliter et construire. Notre plan d’aide au logement des personnes défavorisées n’existera plus. Nous avons voté une motion sur le sujet », souligne le vice président de Partenord, Michel d’Orgeval.

 

Les familles resteront à la rue

 

«993 enfants de moins de trois ans et 1 000 mineurs n’ont pas de places en hébergement. Si des nouveaux logements sociaux ne sont pas construits il y aura encore plus de gens sans solutions et de familles à la rue», s’inquiète Tiffany Thirolle de la fédération des acteurs de la solidarité.

 

Revente difficile

 

Quant à la revente de patrimoine, Amélie Debrabandere, directrice de LMH, souligne que cette dynamique est déjà enclenchée mais: On a déjà atteint les limites de l’exercice. Avec cette mesure, ce sont les bailleurs sociaux qui logent les plus fragiles qui sont les plus impactés. Pourtant ils font le job. Ils logent, investissent, réhabilitent !».

 

Chiffres-clés

Impact de la baisse des loyers sur la région Hauts-de-France (source URH):

– 23O millions d’euros par an de perte de recettes;

– 1O OOO logements neufs en moins; 

– 4O OOOO logements rénovés en moins;

– 1,4 milliard de chiffre d’affaires en moins pour le bâtiment;

– 8O millions d’euros de TVA en moins pour l’Etat;

– 1/3 des organismes HLM en risque de redressement; 

– 5,39 euros/m2/mois loyer moyen du parc HLM en région.

 

Les Hauts-de-France: un territoire en très forte fragilité sociale (source URH Hauts-de-France)

Une sur-représentation du parc HLM, un parc plus âgé et plus énergivore

– 23% contre 17% en France;

– deuxième parc social le plus âgé (42 ans contre 39 au niveau national);

– 3O% de logements énergivores contre 24% au niveau national.

 

Plus d’un logement construit en Hauts-de-France sur trois est un logement social

– 5O% des bailleurs (plus de 2O organismes) en Hauts-de-France très fortement impactés par la baisse des loyers dont 1/3 immédiatement contre 42% au national au national; 

– 122 offices prévoient un autofinancement négatif soit 46% des OPH;

– 9O ESH soit 38% des ESH.

 

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