Chantiers

Une réalisation singulière de logements sociaux sur jardins d’eau

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Logement social

Ce projet, qui regroupe 90 logements sociaux, démontre qu’il est possible de construire sur des terrains difficiles, entre autres inondables. La solution : créer un jardin semi-aquatique sous les immeubles, eux-mêmes construits sur pilotis.

C’est sur un terrain a priori non constructible, à Saint-Ouen l’Aumône, que ce programme de 90 logements porté par Emmaüs Habitat a été implanté : « Il s’agissait d’une parcelle en cuvette inondable de 2,50 m en dessous du niveau de la rue, en bordure de voie ferrée, où aucune construction ne devait entraver la circulation de l’eau en cas de crue et où aucun remblai ne devait empêcher que ce réservoir naturel ne puisse se remplir librement », explique Marika Lemper, chef de projet de l’agence d’architecture Daufresne, Le Garrec & Associés, maître d’œuvre du programme.
Un terrain qui avait aussi en contrepartie quelques points positifs : « Situé en face d’équipements sportifs et bien orienté nord/sud, il longe un boulevard agrémenté de beaux arbres ». De cette spécificité, les architectes ont fait un atout : « Comme la technique de l’aïkido, ce programme s’appuie sur la force de l’adversaire – en l’occurrence un terrain difficile – pour la retourner en énergie positive et faire surgir un projet singulier ». La réponse ne s’est pas fait attendre : « S’il devait s’implanter en limite du boulevard, la hauteur plafond imposée par le PLU ne permettait pas de concentrer l’ensemble du programme sur un seul front. Il fallait donc dédoubler le volume construit et se rapprocher de la voie ferrée. C’est dans ce dédoublement en petits volumes que le projet a puisé sa logique singulière ».

 

Noue paysagée

Sur le plan technique, la réponse est a priori simple : les bâtiments reposent sur des pilotis  – fondations sur pieux –, qui dégagent complètement le terrain naturel et le portent au niveau réglementaire par rapport au Plan de prévention des risques d’inondation (PPRI). Ce, en créant un espace vide où vient se loger un parking ouvert côté boulevard. Le terrain naturel, à la demande du maître d’ouvrage, ne pouvant être accessible aux locataires. Ce qui a imposé de concevoir des circulations au-dessus du terrain et ce qui a permis la création d’un véritable jardin d’eau : « Les passerelles qui serpentent dans l’espace dominent un jardin semi-aquatique.
La noue paysagée, doucement vallonnée, sert au recueil temporaire des eaux de pluie. Elle est plantée de bosquets de saules et d’aulnes, librement disposés et bien adaptés aux conditions d’humidité temporaire du site. De grands massifs, tracés selon des contours dynamiques qui accompagnent la disposition des bâtiments, sont plantés de couvre-sols persistants (carex, lierres, miscanthus, etc.), dont les différentes textures et les harmonies de verts forment un tapis aux lignes graphiques perdurant tout au long de l’année ».

 

Etude de terrain

Ce jardin, visible depuis les logements, les terrasses et les passerelles qui le surplombent, contribue également à la gestion raisonnée des eaux de pluie à travers son système d’évapotranspiration naturelle et à la biodiversité du site, puisqu’il offre l’occasion de créer un milieu naturel de zone humide : « La présence des arbres, tous à feuillage caduc, participe à l’intimité des logements en vis-à-vis sans créer d’ombres trop fortes sur les bâtiments.
Des plantes grimpantes (vignes vierges et chèvrefeuilles) ont été prévues pour habiller la serrurerie des espaces sous pilotis. Les escaliers-arbres répondent à l’architecture des troncs des saules », expliquent les architectes.

Pour autant, cette implantation a demandé une sérieuse étude de terrain, les aménagements ne devant pas nuire au voisinage. Car difficulté supplémentaire : « Le terrain étant tourbeux, il y avait un risque d’affaissement de la ligne de chemin de fer et des maisons voisines en cas d’assèchement de la nappe ». Des piézomètres ont donc été installés, notamment le long des voies ferrées, afin de surveiller les variations de niveau de la nappe. Et après expertise, il a été décidé de laisser les eaux de pluie s’infiltrer dans le sol afin d’éviter un assèchement de la couche tourbeuse.

Focus

Fiche technique

Maîtres d’ouvrage : Emmaüs Habitat (92)
Maître d’œuvre : Daufresne, Le Garrec & Associés (93)
BET : SNC Lavalin
AMO Environnementale : Qualiconsult
Contrôleur technique : Dekra
Coordinateur sécurité : BTP Consultants
Paysagiste : Laurence Jouhaud
Entreprise générale : BATEG SAS

Surfaces
S.H.O.B. 13722 m2
S.H.O.N.  7022 m2
Surface de la parcelle 6 930 m2

Budget

Base Marchés : 9 831 965 € H.T.
Décompte général définitif: 10 404 000€ H.T.

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