Projets

Un musée sous-marin pour Alexandrie

Mots clés : Manifestations culturelles - Musées - galerie

L’Egypte se prépare à accueillir le premier musée sous-marin du monde, qui sera construit dans la baie de la cité antique d’Alexandrie. Le projet est sur les rails depuis plusieurs années, mais il semblait enterré jusqu’à la récente intervention du ministre des antiquités.

Alors que le projet semblait définitivement abandonné, le ministre égyptien des antiquités, Mamdouh al-Damaty, a annoncé en septembre 2015 à la presse internationale que le pays était officiellement prêt à lancer l’ambitieux projet de construire un musée sous-marin à Alexandrie. « Les autorités égyptiennes ont fait plusieurs déclarations à ce sujet, expliquant que cela faisait partie des priorités du pays » confirme Jacques Rougerie, l’architecte français lauréat du concours organisé en 2006 par l’Unesco. À travers la construction d’un tel édifice de prestige, la ville d’Alexandrie espère notamment voir les retombées économiques du tourisme, car une bonne partie des croisiéristes qui passent dans la ville ne rapportent pas d’argent dans les caisses.

Le but du concours remporté par Jacques Rougerie était d’imaginer le visage du futur musée d’archéologie de la ville, où seraient exposées les antiquités découvertes par l’archéologue Frank Godio et son équipe dans la baie de la cité antique. Sphinx, pharaons, statues de dieux égyptiens… Autant d’éléments qu’ont révélés les scientifiques lors de leurs recherches, qui ont finalement débouché sur la découverte du palais de Cléopâtre, alors englouti par les eaux du Nil. Le projet de Jacques Rouerie est finalement retenu par les autorités égyptiennes. « La dimension sous-marine a sûrement été déterminante pour le jury du concours. C’est finalement très émouvant de se retrouver sur le lieu où le palais se trouvait à l’époque : le visiteur est vraiment sur place, on n’est pas dans le fac-similé, c’est très fort » explique l’architecte.

 

 

Le musée sous-marin a été imaginé en deux parties. La première, en surface, comprend un atrium équipé d’un bassin protégé par un vélum. Au milieu du bassin, des statues antiques et un dôme, censé suivre la course du soleil, permettent aux visiteurs d’admirer une partie des vestiges découverts par l’archéologue Frank Godio. L’architecte a volontairement souhaité que ce balcon soit dans la continuité du promontoire qui surmonte la baie d’Alexandrie. « C’est une grande corniche, dans l’esprit de la promenade des Anglais » détaille ce dernier.

 

Six mètres sous mer

 

On descend ensuite en empruntant un escalier en forme de spirale qui permet d’accéder à des salles périphériques, situées à six mètres de profondeur sous l’eau. Puis un tunnel sous-marin entraîne le visiteur au cœur de la baie, dans la salle d’exposition principale, où les statues peuvent être admirées directement sous l’eau depuis de grandes baies vitrées en polycarbonate -matériau utilisé dans les aquariums. « La pression sous-marine n’est pas énorme, puisque nous ne sommes qu’à six mètres de profondeur. Ce sont des technologies déjà existantes. C’est surtout la mise en forme qui a été déterminante » détaille l’architecte. Afin de réaliser cette salle principale d’exposition, il est prévu de couler une structure en béton de 35 mètres de diamètre construite à sec. Une technique bien rodée selon le concepteur. Pour clore le spectacle, quatre flotteurs en forme de voile de felouque entourent la grande galerie sous-marine, en hommage aux bateaux qui naviguaient jadis sur le Nil. « Les quatre voiles symbolisent les quatre points cardinaux. Elles rappellent qu’à l’époque de l’Egypte ancienne, Alexandrie rayonnait aux quatre coins du monde ».

Ces quatre flotteurs trônent au milieu d’un lagon semi-artificiel, dont l’eau sera traitée pour être plus transparente. En effet, la baie d’Alexandrie est très polluée, notamment par les alluvions venues du Nil, des dépôts de sédiments qui peuvent contenir des produits chimiques. Un phénomène qui a pour effet non seulement de troubler l’eau et d’empêcher de voir clairement les objets, mais aussi d’en accélérer l’érosion. Le lagon semi-artificiel agira comme un filtre antipollution, ce qui permettra de conserver au mieux les pièces exposées. « Tous les objets vont être dans un premier temps ôtés de l’eau pour être traités, mais l’eau sera traitée elle aussi », confirme Jacques Rougerie.

Si les éléments techniques sont là, reste à fixer une date pour la réalisation dudit projet. Financé par l’Unesco, celui-ci ne manque apparemment pas des fonds nécessaires à sa réalisation. C’est plutôt le contexte politique qui est l’obstacle principal. « En ce moment, la situation en Egypte est délicate », admet Jacques Rougerie, tout en soulignant qu’une réunion est prévue dans trois mois pour faire le point sur ce projet. « Nous en saurons plus à ce moment-là », espère l’architecte.

 

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