Paysage

Un jardin test pour les jeunes autistes

Mots clés : Education - Handicap

Avec le jardin de l’institut médico-éducatif livré ce printemps à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le plan autisme défriche les espaces extérieurs, dans le prolongement de ses premières références en bâtiment. Ce modèle inspire d’autres projets en instance.

Les cartes à jouer géantes plongent les 40 enfants et adolescents accueillis à l’Institut éducatif de Soubiran à Villepinte (Seine-Saint-Denis) dans l’univers fantastique d’Alice au pays des Merveilles. Avec la combinaison du noir et du vermeil, ce repère insolite, mais fixe, campe l’espace issu d’une nouvelle  approche de l’autisme : trois groupes répartis dans des tranches d’âge comprises entre 18 mois et 20 ans témoignent d’une volonté de décloisonnement entre les générations. Les  plus jeunes passent leur journée dans une classe de maternelle de la ville.

 

Repérage et ouverture

 

Le subtil équilibre entre des repères immédiatement identifiés et l’ouverture vers le monde extérieur a guidé la conception du jardin de 2700 m2, poussant les entreprises dans leur retranchement : « Habituée à sortir des sentiers battus, la serrurerie Munoz, près de Lyon, s’est prise au jeu pour inventer un système de fixation sur mesure et colorer les cartes au pochoir », souligne le paysagiste Eric Pierre Ménard. Des discussions plus difficiles avec le fournisseur allemand de jeux Spielart ont fini par aboutir au toboggan en forme de théière géante, tel qu’imaginé par le concepteur.

 

Continuité et déformation

Mais la palme revient à Pinson Paysage, missionnée pour les travaux paysagers, caractérisés par la déformation de la trame orthogonale du bâtiment conçu par Stéphane Négro, de l’agence Archi Eco. « La diversité des largeurs et inclinaisons de la pergola nous a demandé beaucoup d’études, avec ses angles toujours différents », confirme Romain Hecquet, directeur du service travaux de l’agence Ile-de-France. La combinaison entre continuité et déformation prolonge la réflexion sur l’équilibre entre le repérage et l’ouverture, tout en ramenant le concepteur vers les fondamentaux de sa discipline : « Depuis Le Notre, le paysagiste s’appuie sur les tracés régulateurs des constructions pour en réaliser les espaces extérieurs », rappelle Eric-Pierre Ménard.

 

Psychologue et architecte

 

Lié aux aléas de la recherche de financements, le calendrier heurté d’une réalisation sans précédent a contribué à la difficulté de l’exercice : comment justifier l’investissement, en l’absence de référence en matière de jardins dédiés aux victimes du trouble du spectre autistique (TSA) ? L’assistant au maître d’ouvrage Atisphalène a arraché la conviction des financeurs pendant la construction du bâtiment, en s’appuyant sur la double compétence de psychologue et d’architecte de son responsable du département immobilier Stéphan Courteix, mais aussi sur sa qualité d’enseignant à l’école d’architecture de Lyon : avec l’appui de l’association Jardin Art et Soin, il a mobilisé en 2015 six équipes d’étudiants en master, pour esquisser le projet de Villepinte, dans le cadre de leurs options d’approfondissement. Cette démarche a permis de dégager l’enveloppe de 326 000 euros TTC.

 

Garde-fou

 

« Pendant les travaux, Stéphan Courteix m’a servi de garde-fou », témoigne Eric-Pierre Ménard. Tenté de rompre, devant l’entrée principale, avec le revêtement micro-perforé qui couvre le chemin de liaison entre les cinq parties du jardin, le paysagiste a renoncé à cette idée : « Le revêtement lisse aurait entraîné une rupture et une perte de repères ». A l’extrémité orientée vers le quartier en plein chantier, les dalles espacées par une distance croissante expriment la transition vers l’extérieur, tout en conservant l’identité du lieu, grâce à l’emploi du même revêtement en béton micro-désactivé, breveté par Lafarge.

Deux opérations en Isère

 

Pour l’entretien des végétaux, des questions restent ouvertes, notamment sur la taille du pseudo-labyrinthe conçu pour que personne ne puisse s’y perdre : jusqu’où aller, sans inquiéter les enfants ? Le suivi du site pionnier de Seine-Saint-Denis éclairera les scientifiques : « Nous sommes partis de l’hypothèse que les autistes souffrent de difficultés cognitives et sensorielles comparables à celles des  malades d’Alzheimer, sur lesquels nous avons plus de recul », explique Stephan Courteix. Deux chantiers en cours en Isère, à Grenoble et à Saint-Clair de La Tour, contribueront aux retours d’expériences sur le rôle des jardins dans l’accompagnement des victimes de TSA, un handicap qui n’est reconnu comme tel que depuis les années 2000.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X