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« Un impératif : la diminution des charges de chauffage » par Gérard Magnin, délégué général d’Energie-Cités

Va-t-on attendre 2050 pour construire des logements qui consomment trois fois moins? La loi de cohésion sociale a prévu la construction de 500 000 nouveaux logements sociaux. Etat, collectivités locales, organismes HLM, 1% logement, Caisse des Dépôts vont joindre leurs efforts. On aurait pu penser tirer profit de cette opportunité et de son effet d’échelle – qui n’a pas d’équivalent depuis les années 60 – pour construire des logements à faible consommation énergétique, à faibles émissions de CO2, donc à faibles charges de chauffage, permettant ainsi à tous de disposer durablement d’un droit au chauffage. Malheureusement, nous sommes en train de rater le coche.

Des faits incontournables
Les prix de l’énergie – et donc des charges de chauffage et d’eau chaude sanitaire – sont orientés durablement à la hausse. Ils créent déjà et vont continuer à créer de la précarité énergétique. Si l’amélioration énergétique des logements existants est une priorité, chaque construction nouvelle doit affranchir ses futurs occupants de la vulnérabilité énergétique et limiter ainsi le coût en aide sociale des ménages précaires.
De plus, selon la loi de programme fixant les orientations de la politique énergétique du 13 juillet 2005, nous devons diviser par 4 – d’où l’appellation « facteur 4 »- nos émissions de CO2 d’ici 2050. Cela veut dire diviser environ par 3 nos consommations énergétiques. Des objectifs ambitieux sont annoncés en matière d’énergie renouvelable pour la chaleur, à savoir une augmentation de 50% d’ici 2010.
Nous avons donc une opportunité unique de mettre en œuvre ces principes à grande échelle. Ce qui suppose que la construction de logement sociaux soit pensée du point de vue de leurs performances énergétiques et climatiques, et des coûts associés pour le chauffage et l’électricité qui pèseront sur les locataires pendant la durée de vie de ces futurs bâtiments – 50 années au minimum.

Discours schizophrène
Or nous sommes en train de passer à côté de cette opportunité. Nous sommes en plein discours schizophrène. L’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) ne prend aucune initiative sérieuse pour faire de la question énergétique une composante majeure de la politique du logement social. Les Assises nationales de l’énergie qui se sont tenues à Dunkerque en janvier dernier ont démontré cette carence, et on peine à trouver beaucoup d’initiatives qui montreraient une nouvelle voie. Pourtant la décentralisation de l’aide à la pierre offre une nouvelle opportunité aux collectivités locales.
On respectera probablement dans les constructions prévues la (future) réglementation thermique « 2005 », mais celle-ci fixe à environ 85 kWh/m2/an la consommation de chauffage. Nos voisins se donnent de plus strictes exigences : 70 kWh/m2/an en Allemagne; 40 kWh/m2/an en Suisse (label Minergie) et certains bâtiments de Fribourg sont à «énergie positive», c’est-à-dire qu’ils produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment !
On sait donc faire beaucoup mieux que ce dont nous avons l’habitude en France où même la construction HQE (Haute Qualité Environnementale) reste éloignée des ratios attendus pour nous mettre sur la trajectoire du « facteur 4 ». Pourtant, les solutions techniques sont connues, les surcoûts d’investissement amortissables par le fonctionnement. Il ne s’agit plus de faire « moins mal », mais « beaucoup mieux ».

Trois objectifs
Le temps n’est plus à disperser des moyens sur des opérations exceptionnelles dont on connaît le scénario : les devis sont poussés à la hausse par les subventions ; les professionnels s’assurent avec ceintures et bretelles ; lors de l’inauguration, le maire dit que tout cela a coûté cher et que l’on va réfléchir avant de répéter l’opération…
La compétition des concepteurs, urbanistes, architectes, maîtres d’œuvre doit maintenant se réaliser sur leur capacité à offrir des logements à très faible consommation. La créativité permettra d’abaisser les coûts comme cela s’est vérifié dans les pays qui se sont engagés dans cette voie.
Trois options changeraient radicalement la situation :
– fixer un objectif de 40 kWh/m2/an pour tout nouveau logement avec un ratio d’énergies renouvelables;
– imposer des systèmes collectifs de distribution de chauffage à eau chaude afin de conserver la flexibilité du choix des énergies sur le long terme, y compris avec des énergies renouvelables ;
– modifier la législation pour qu’un déplafonnement du coût de construction permette enfin aux locataires de bénéficier de baisse de charges.
Un tel processus permettrait d’abord d’amortir le coût d’acquisition des connaissances nouvelles par les professionnels sur un très grand nombre d’unités de logement et d’adopter des solutions standardisées de performance énergétique. En outre, un champ d‘application s’ouvrirait pour l’information et le changement de comportements des acteurs de la construction. Enfin les futurs habitants accèderaient au logement dans des conditions économiques qui les préserveraient des hausses énergétiques. Pour de tels logements, les gestionnaires trouveront toujours preneurs. Gérard Magnin

Gérard Magnin, 55 ans, est délégué général d’Energie-Cités (voir lien en haut à droite), réseau qui rassemble environ 500 autorités locales de plus de 25 pays européens. Il a été à l’origine de cette association il y a plus de 15 ans alors qu’il était délégué régional de l’Ademe pour la Franche-Comté. Après des études en électrotechnique et en économie, il avait débuté sa carrière comme professeur de sciences économiques et sociales.

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