Logement

Un habitat participatif en paille à Bègles

Mots clés : Produits et matériaux

Alors que s’ouvrent les journées nationales de l’habitat participatif, Axanis, entreprise coopérative sociale présente son chantier «La Ruche», premier projet d’habitat collaboratif sur le secteur d’Euratlantique.

La métropole bordelaise expérimente plusieurs projets d’habitat d’un nouveau type, alliant conception et matériaux originaux. Et souvent dans les nouveaux quartiers, comme les futurs volumes «capables» à Brazza, l’habitat coopératif superposé avec surface évolutive (Domofrance) à Terre Sud, l’écoquartier de Bègles. Ou encore les premiers programmes coopératifs sociaux du Col sur la Bastide. Sur son secteur, l’établissement public Euratlantique a clairement annoncé que l’innovation était au cœur de ses futurs projets et a lancé récemment un appel à projet sur la construction bois en hauteur.

La conjonction était donc favorable pour que naisse ce projet coopératif de 11 logements en accession, nommé La Ruche, et dont la caractéristique technique est d’utiliser principalement des matériaux bio-sourcés (paille, terre, bois) afin d’arriver à une performance énergétique élevée. Il est porté à la fois par Axanis, filiale coopérative d’Aquitanis, l’ESH de la métropole, et un groupement d’habitants, qui ont participé à la conception et même à la mise en œuvre de leurs futurs logements. Les autres partenaires sont Euratlantique, la ville de Bègles, l’Ademe et la région.

Dans un premier temps, Axanis, spécialiste de l’habitat coopératif a lancé, avec la ville de Bègles et Euratlantique, un appel public et réuni un groupe d’habitants, essentiellement des primo accédants, tous éligibles au logement social. Ils ont alors travaillé avec Axanis et l’AMO toulousain Cerise qui les a aidés à élaborer le programme. Ensuite seulement, les architectes ont été sélectionnés. C’est la jeune agence bordelaise Dauphins Architecture (Etienne Besson, Gauthier Claramunt, Alexandre Crampes, Hugues Joinau, Faïçal Oudor, Quentin Reynaud) qui a été retenue. Créée en 2007, elle réalise de nombreux logements et bâtiments publics, des études urbaines avec cette touche de style qui mélange matériaux anciens, bio-sourcés, et modernité affirmée de formes.

Hugues Joinau, architecte associé, explique le projet: «Les habitants souhaitaient une filière sèche, pour l’aspect écologique. Nous sommes partis sur la filière bois et des matériaux biosourcés en isolation. La paille s’est imposée pour plusieurs raisons, notamment pour faire participer les habitants et minimiser les coûts pour ces familles souvent en primo-accession.»

En fin de parcours, neuf familles vont devenir propriétaires et deux autres logements seront loués à deux familles qui souhaitent rester locataires avant de pouvoir acheter. Presque toutes les familles sont dans les plafonds et donc paient une TVA à 5,5%. Le permis a été déposé fin 2013 et le chantier a démarré en janvier 2014. Le montage financier pour chaque famille, est également sécurisé par Axanis, qui a facilité l’obtention de certains prêts et garantit la reprise du logement en cas de problème, l’habitant peut redevenir locataire. Un risque choisi et assumé par Axanis dont c’est la mission, de sécuriser le parcours de l’accession avec un retour possible à la location. C’est aussi le choix de deux familles sur les onze qui font La Ruche, en attente de devenir propriétaires de leur logement. Axanis gérera également le logement en cas de départ d’une famille.

«Sur le chantier, deux entreprises se partagent la mise en œuvre de la structure bois: le menuisier bois Ecoyate pour les parois verticales et panneaux d’ossature bois, mandataire, et la Scop Nature Bois (Médoc) chargée des planchers et de la charpente. Quant à la paille et à la terre, c’est l’entreprise gersoise Diterra qui réalise les torchis d’isolant et les enduits de terre» précise Hugues Joinau.

 

Une contrainte financière autant qu’écologique

 

Pourquoi la paille ? «Il fallait, explique l’architecte respecter une contrainte de prix d’environ 1300 euros HT pour la construction, pour un prix d’accession à 2300 euros/m2. Au final, compte tenu des aides de l’Ademe et de la région, du fait de notre choix de matériaux et de performance énergétique, nous arrivons à 2440 euros du m2 en prix de sortie avec 1440 HT de coût de construction.

Cette «Ruche» présente aussi un aspect pédagogique et participatif: les habitants-usagers ont également fait baisser la note, en participant au montage des bottes de paille et l’aide à la réalisation des enduits terreux. Bien qu’on soit finalement au coût d’une construction traditionnelle, tous les habitants ont préféré garder ce mode constructif avec matériaux bio-sourcés. Ils ont participé à la mise en œuvre de la paille, des enduits, comprennent comment prendre en main une maison en paille. Par exemple, des pointes de vis sur les plinthes matérialisent les montants de bois porteurs, espacés de 50 cm, sur lesquels on peut accrocher étagères et meubles suspendus» détaille l’architecte.

 

Chauffage au bois et terrasse collective

 

La Ruche se présente donc comme un programme semi-collectif de maisons individuelles avec des espaces mutualisés et d’autres partagés. Deux bâtiments sur la parcelle: le premier contient sept logements, en alignement sur la rue. Sa volumétrie sur trois niveaux est animée par des volumes et matières alternés, comme le bardage bois et les enduits à la chaux blancs sur un socle béton. Ce premier bâtiment contient également la salle commune pour les habitants de 80 m2, ouverte sur les cœurs d’îlots, une buanderie avec les lave-linge et le stockage des granulés de bois. Chaque logement peut piloter sa consommation et dispose de son poêle à bois individuel et d’un ballon électrique pour l’eau chaude sanitaire. Au sommet de ce bâtiment se situe une terrasse commune, en caillebotis, qui forme le pignon sur la rue. Enfin, un autre logement est attenant, sans fonction déterminée, transformable en atelier ou logement étudiant.

Le second bâtiment contient quatre maisons en bande, en fond de parcelles. Les façades alternent bardage de bois (pin des landes autoclave) et enduits à la chaux de Saint-Astier. Les menuiseries sont également en bois, certaines serties de cadres métalliques. Les toitures en pente, sont isolées en ouate de cellulose et présentent des revêtements variés: bardage bois, bac acier, tuiles… Quant aux murs, ils suivent pour chaque logement l’usage intérieur, élaboré par les habitants: tous les percements de fenêtres sont particuliers et inclus dans l’ossature bois sur mesure. Les murs en paille, maintenus dans des caissons en bois de l’ossature, espacés de 50 cm, permettent d’insérer des bottes de 47 cm de largeur, recouverts de terre et d’enduits à l’intérieur. De pare-pluie, et bardage bois ou enduits à la chaux à l’extérieur. Par la nature des murs perspirants, une simple ventilation mécanique suffit.

Le chantier avance bien, tous les logements sortent en même temps. Les surfaces des logements vont du T3 de 60 m2 au T6 de 114 m2. Le chantier est hors d’eau hors d’air, et sa livraison est prévue en juin 2016.

 

Focus

Les acteurs

Filiale du bailleur social Aquitanis, Axanis est spécialisée dans l’habitat participatif et collaboratif, un mode en plein développement qui permet aux futurs habitants d’être associés à la conception et à la programmation de leur logement.

Dans le cadre de l’opération d’intérêt national Bordeaux Euratlantique, Axanis a lancé le projet immobilier, «La Ruche», comportant 11 logements neufs répartis sur deux bâtiments. Le projet «La Ruche» a été retenu pour être lauréat de l’appel à projets lancé par l’Ademe Aquitaine et le Conseil régional, avec un montant global d’aides de 81 000 €. L’Ademe a par ailleurs apporté un financement de 18 000 € aux études préalables.

La paille, matériau en vogue: Selon l’Ademe, «la production annuelle brute de paille en France est de 50 millions de tonnes, avec 31 millions de tonnes destinées à couvrir les besoins agricoles. Or seules 5 000 tonnes de paille sont actuellement utilisées chaque année pour la construction. Le potentiel de développement est donc considérable. Et de souligner la performance de ce matériau, avec une résistance thermique qui permet de réaliser sans difficulté des bâtiments passifs et à énergie positive répondant à des exigences largement supérieures à la réglementation thermiques en vigueur (RT 2012). Il présente en effet une faible énergie grise (énergie nécessaire à sa production) et peut stocker du CO2. Dans un contexte de transition énergétique, il s’inscrit dans les objectifs de la réflexion sur les bâtiments responsables (RBR) 2020-2050.»

 

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X