Transport et infrastructures

Un chantier géant pour accueillir la fusée Soyouz en Guyane (vidéo)

Le centre spatial guyanais se prépare à recevoir le lanceur russe Soyouz. Au programme : la construction de la zone de préparation des fusées, du pas de tir et du centre de lancement.

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Dans la chaleur accablante de la Guyane, les équipes du GIE Infrasoyouz (voir fiche technique ci-dessous) font peu à peu sortir de terre un nouveau pas de tir de fusée. Le temps presse. Début 2009 au plus tard, le lanceur russe Soyouz décollera pour la première fois du port spatial européen. Soyouz est une fusée mythique de la conquête spatiale, héritière de la fusée Sémiorka, qui envoya dans l’espace Spoutnik, le premier satellite artificiel, et Youri Gagarine, le premier homme. Mais, pour l’heure, ce n’est pas de conquête de l’espace dont rêvent les responsables du chantier mais de conquête du temps. En trente-trois mois, ils doivent réaliser l’ensemble des infrastructures au sol de Soyouz, à savoir, la zone de préparation des lanceurs, le centre de lancement et le pas de tir. Au total, 20.000 m2 de surface bâtie et 86.000 m2 de voirie sur un site de 120 hectares situé sur la commune de Sinnamary, à une dizaine de kilomètres au nord des installations au sol dédiées à Ariane 5, à Kourou.

Les bâtiments sortent de terre
Les terrassements généraux ont débuté en 2005 avec la réalisation de l’ensemble des plates-formes des voiries, les drainages (6 km), l’assainissement et les réseaux divers (12 km au total). Actuellement, les bâtiments sortent de terre : le centre de lancement (CDL) a dépassé 60 % d’avancement du gros œuvre et les fondations du bâtiment d’intégration stockage (MIK) sont prêtes. Au niveau du pas de tir, le carneau – fosse géante qui assure l’évacuation des gaz brûlants – est creusé et bientôt devrait se dessiner la voie ferrée de liaison entre la zone de lancement et la zone de préparation.
S’il est enthousiasmant, le projet n’en demeure pas moins stratégique. « Ce chantier est délicat, révèle Gérard Suinot, directeur de projet du GIE Infrasoyouz. La confidentialité des informations et les craintes liées à l’espionnage industriel conduisent les partenaires russes à fournir leurs caractéristiques techniques au compte-gouttes. » Le GIE est parfois tenu de résoudre des problèmes dont il n’a qu’une partie de l’énoncé. Pour faciliter la coordination du projet, une cellule a été mise en place à Toulouse. D’une part, elle assure une maîtrise d’œuvre industrielle, interlocuteur unique du Cnes, qui gère les interfaces entre les cotraitants du groupement Soyouz Infrastructures et les interfaces entre ce groupement et les autres industriels du programme Soyouz, notamment les Russes. D’autre part, elle sert de base arrière au chantier en réalisant la coordination des études et de la logistique. Car assurer la logistique d’un chantier de cette ampleur en Guyane n’est pas chose aisée. Bien qu’elle ne soit pas une île, elle se heurte pourtant aux problèmes inhérents à l’insularité. Le manque de disponibilité du ferraillage, par exemple.

Adaptation de la logistique
Pour la construction du centre de lancement, les équipes adaptent la logistique au temps dont ils disposent entre l’émission des plans validés et la mise en œuvre du béton sur site. Ainsi, selon le délai et l’état des stocks, le ferraillage en barres coupées/façonnées peut être fourni par un prestataire local, venir des Antilles (Guadeloupe/Martinique) ou faire le voyage depuis la métropole.
En deux postes, 295 personnes travaillent actuellement sur le chantier. Elles seront 800 en pointe. La maîtrise d’œuvre du Cnes redoute déjà le moment où techniciens et ingénieurs russes seront sur le site et qu’il faudra gérer la coactivité de 300 personnes sur les cinq niveaux du pas de tir. Mais le Cnes, qui vient de se voir privé de la maîtrise d’œuvre du pas de tir des fusées italiennes Vega, aura à cœur de mener à bien ce projet. Un projet capital pour l’ESA (Agence spatiale européenne) dans le cadre du programme Galileo et pour Ariane Espace, qui disposera d’une gamme complète de fusées : un lanceur lourd avec Ariane 5, un léger avec Vega, et un moyen avec Soyouz.
De notre envoyé spécial en Guyane, Julien Beideler

Retrouvez l’intégralité de cet article dans « Le Moniteur des Travaux Publics et du Bâtiment », n°5394, daté du 13/04/2007, pages 72 à 75.

Focus

Fiche technique


Maître d’ouvrage : ESA (Agence spatiale européenne).
Maître d’œuvre : Cnes (Centre national d’études spatiales).
Groupement d’entreprises : GIE Infrasoyouz (mandataire, composé de Vinci Construction grands projets et Nofrayane (Vinci Construction filiales internationales), MT Aerospace (Allemagne, structures métalliques), Clemessy (courants forts), Axima (Belgique), Crystal (France), Intemann (Autriche, climatisation).
Montant des travaux : 135 millions d’euros HT.
Délai de réalisation : 33 mois.

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