Paysage

Un an de vigilance pour les entreprises du paysage

Avec un fléchissement du chiffre d’affaires annoncé de 2% en 2015 et une stagnation du carnet de commandes moyen à quatre mois, les membres de l’Union nationale des entreprises du paysage sauvent les meubles, mais affrontent une situation difficile : « Nous apprenons à conduire par temps de pluie », métaphorise Pascal Fanchomme, nouveau vice-président chargé du développement et du lobbying.

Après l’optimisme affiché mi-2015, Catherine Muller, présidente de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep), entame 2016 sous le signe de la « vigilance ». Elle résume l’enjeu des mois à venir autour d’une question clé : « Comment traduire dans les faits le besoin de vert exprimé par les électeurs ? » Portée par l’élan qui a accompagné la COP 21, l’organisation a remis ce mois-ci aux élus la pétition « Jardins pour le climat », qui a recueilli 10 000 signatures.

 

Bilan en demi-teinte

 

L’espoir exprimé par les pétitionnaires se teinte de craintes inspirées par des signaux conjoncturels préoccupants : chute de 3% du marché des collectivités locales en 2015, érosion des commandes du secteur privé (moins 2%), stagnation de la demande des particuliers (moins 0,5%). Encouragées par les perspectives de reprise de la promotion immobilière, les entreprises ne baissent pas les bras : 53% d’entre elles ont embauché au second semestre 2015, et 21% du panel de 350 entrepreneurs annonce des nouveaux recrutements au premier semestre 2016. Pour consolider son argumentation, l’Unep a confié à l’économiste Nicolas Bouzou une étude sur les externalités positives inhérentes aux espaces verts. Horizon du mandat de Catherine Muller, le congrès de Beaune offrira l’occasion de publier les résultats d’une enquête sur le moral des patrons.

 

Jardins partagés et robotisés

 

La volonté de rester en phase avec les évolutions de la société conduit l’Unep à se saisir de sujets qui, au premier abord, peuvent paraître peu favorables aux entreprises, comme les jardins partagés : « A nous de proposer des solutions adaptées à cette lame de fond mondiale, pour offrir des potagers à tous ceux qui veulent gratouiller la terre », plaide Pascal Franchomme. Le nouveau vice-président ne craint pas la casse sociale qui résulterait du développement des robots : « Ce type d’équipement exprime une exigence de qualité qui pourra se traduire dans d’autres prestations », espère-t-il.  

 

Green geeks et Vegetal hackers

 

L’ouverture aux nouvelles technologies se traduit aussi dans la troisième enquête de « l’Observatoire des villes vertes », consacrée aux « jardins connectés ». Emanation de l’Unep et des directeurs de services territoriaux d’espaces verts fédérés dans l’association Hortis, l’Observatoire met en évidence l’émergence du « jardin 2.0 » qui ressort de son panel de 20 villes : un tiers d’entre elles proposeront des bornes interactives en 2016, sur au moins un de leurs espaces verts.

Deux tendances se dégagent : les « green geeks » – dont Caen, Reims, Strasbourg et Mérignac – ont déjà fait leur preuve numérique, tandis que les « Vegetal Hackers » explorent des applications pilotes. « Nancy, par exemple, utilise les bornes pour stimuler d’autres sens que la vue, en particulier l’ouïe et l’odorat », cite Catherine Muller.

 

Etude prospective

 

Autre signe de la détermination des entrepreneurs à préparer le futur, une démarche de prospective s’engage cette année par l’observation des expériences en cours dans d’autres pays. A partir de ce benchmarking, l’organisation mobilisera l’an prochain un spécialiste de la prospective pour mener une étude sur les métiers de demain, dans la création et l’entretien de l’espace public. Même si la maquette numérique en trois dimensions ne fait pas encore partie de leur univers quotidien, les entreprises se tiennent prêtes à répondre au défi du BIM.

 

Un vœu en direction du BTP

 

A court terme, la vigilance annoncée par l’Unep se manifestera dans la lutte contre le travail au noir : sept conventions territoriales, signées avec les directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, ont lancé la démarche en voie de systématisation. A l’instar du secteur de la construction, l’Unep plaide pour la création d’une carte d’identité professionnelle qui distinguerait les travailleurs des entreprises légalement installées dans le secteur du paysage. « Nous souhaiterions que ce document devienne obligatoire », insiste Catherine Muller.

Reconnaissant que cette cause gagnerait à s’intégrer dans un front commun avec les fédérations du BTP, la présidente confie un regret et un vœu pour 2016 : « Le monde du BTP nous exclut à cause de notre appartenance au régime agricole. Porteurs du même mouvement, nous cherchons à nous en rapprocher, mais nous souffrons encore d’un déficit de visibilité et de notoriété ». A bon entendeur…

 

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