Paysage

Trois duos face au marathon du projet 1000 arbres

Mots clés : Aménagements extérieurs - Architecte

Trois duos se partagent 1000 arbres : la Compagne de Phalsbourg et Ogic, les promoteurs co-lauréats du concours Réinventer Paris sur le site de Pershing, dans le XVIIème arrondissement, ont missionné un tandem franco-japonais et deux concepteurs français d’espaces verts. Le duo d’architectes confie son enthousiasme et dévoile son approche.

Ils se sont donnés six ans pour livrer la « forêt habitée » qui enjambera le Périphérique. Pour tenir les délais, les deux maîtres d’ouvrage, les deux architectes et les deux paysagistes commencent leur marathon par la mise au point de l’avant-projet qui, avant la fin de cette année, doit aboutir au dépôt du permis de construire. Cette première phase de dialogue et d’études ouvrira les clés techniques pour réaliser le programme : 127 logements, 27 589 m2 de bureaux, un hôtel Quatre étoiles, une gare routière, deux crèches totalisant 60 berceaux, une maison de la biodiversité gérée par la Ligue pour la protection des oiseaux… Et 1000 arbres, répartis sur 15 niveaux, scandés par deux parcs, l’un au sol et l’autre au huitième étage, aménagé en jardin terrasse.

 

Promenades inspirées

 

Nom de code du projet devenu l’emblème de la consultation « Réinventer Paris » dont la ville de Paris a révélé les lauréats début février, « 1000 arbres » porte la trace de Philippe Journo, grand amoureux du végétal et président de la Compagnie de Phalsbourg : l’ambition de créer un écosystème parisien a guidé le choix du duo d’architectes. « Les promenades dans la forêt font partie des sources d’inspiration de Sou Fujimoto », confirme Jean-Sylvain Camus, porte-parole du promoteur spécialisé dans l’immobilier commercial. « Nous considérons la nature comme un matériau architectural », précise Manal Rachdi, dirigeant de l’agence OXO Architectes, basée à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

 

Troisième œuvre française

 

Pour son troisième projet en tandem, le duo franco-japonais pousse cette idée de symbiose entre nature et architecture bien au-delà de ce que laissent prévoir les deux premiers : à l’école polytechnique en chantier sur le plateau de Saclay, elle s’exprime à travers la continuité végétale entre l’extérieur et l’intérieur. A Montpellier, la symbiose prend la forme de « L’arbre blanc » : l’immeuble de logements privés, dont les parties prenantes posent la première pierre le 9 juin, développe la forme d’un arbre, avec ses feuilles de béton qui donneront leur balcon aux appartements et répartiront l’ombre entre les habitants.

 

Variations saisonnières

 

« 1000 arbres changera radicalement d’aspect selon les saisons. La végétation fixera les ambiances propres à chaque niveau », annonce Marie de France, l’architecte qui représente Sou Fujimoto à Paris. Ni la complexité technique, ni la multiplicité des acteurs n’altèrent l’enthousiasme de la maîtrise d’œuvre franco-japonaise, subjuguée au contraire par l’ampleur du défi à relever. « La qualité des débats entre la ville, les bureaux d’études et les promoteurs a convaincu Sou Fujimoto de se lancer dans l’aventure. Comme ses compatriotes Kengo Kuma ou Shigeru Ban, il revendique le plaisir de participer à des projets exigeants dans un pays qui, malgré ses lourdeurs, combine la richesse patrimoniale avec le goût de la création architecturale », poursuit Marie de France, qui a commencé à travailler dans son propre pays grâce à l’agence japonaise.

 

Deux mètres de terre

 

Outre Paul Arène, habitué aux projets de la Compagnie de Phalsbourg, la conception paysagère associe Pierre-Alexandre Risser, qui a fait ses classes avec ce promoteur dans le « jardin des amoureux » aménagé sur le parking du centre commercial inauguré fin avril à Chambray-lès-Tours. Le premier créera les espaces verts qui entoureront les maisons plantées sur la terrasse. Pierre Alexandre Risser déploiera ses talents dans les espaces plus intimes du sol.

« Nous utilisons la matière des paysagistes pour les déborder. D’abord surpris, ils s’approprient le projet », témoigne Manal Rachdi. Les maîtres d’oeuvre ont prévu des épaisseurs de terre qui atteindront jusqu’à deux mètres, pour planter des arbres de 15 à 20 m de hauteur. Ils laisseront à Philippe Journo le choix final des sujets, mais privilégieront des essences locales et aptes à un enracinement horizontal.

 

Jeunesse

 

Eloigné du star-system qui tend à réduire une œuvre architecturale au nom d’un seul créateur, le tandem franco-japonais frappe par sa jeunesse : le doyen, Sou Fujimoto, âgé de 45 ans, s’appuie sur son confrère de 37 ans et sur sa représentante française de 29 ans. Bien après avoir enjambé le périphérique avec 1000 arbres, ils auront tout le temps de voir leur forêt habitée réinventer Paris jusqu’à la seconde moitié du XXIème siècle, au rythme lent du jardinier aux prises avec la nature.

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