Entreprises de BTP

Travaux Publics : 2012, l’année de tous les dangers

La Fédération nationale des travaux publics tire la sonnette d’alarme. Le 6 décembre, à l’occasion de la présentation du bilan 2011 du secteur (+3% d’activité environ) et des perspectives 2012 (recul de 1%), Patrick Bernasconi, son président, s’est inquiété de la difficulté des collectivités locales à se financer auprès des banques. Difficulté qui, si elle persiste, a toutes les chances de créer un gros trou d’air dans l’activité des entreprises de TP dès l’an prochain.

A la faveur d’une météo clémente, l’activité dans les travaux publics a progressé en 2011 : +3% pour les heures travaillées et +5% pour le chiffre d’affaires à 40,8 milliards d’euros. Cette progression est à mettre sur le compte du bloc communal, qui contrairement aux départements a pu préserver son autonomie financière. En cumul sur les 11 premiers mois de l’année, les lots de travaux publics émanant des communes et des groupements de communes augmentent respectivement de 6% et 3% alors que ceux issus des départements est en forte baisse (-14%).
Pour autant, selon Patrick Bernasconi, le président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), « la reprise du premier semestre n’aura été ni suffisante, ni assez durable pour empêcher la poursuite de la fragilisation des entreprises ».
16% des entreprises de travaux publics enregistraient des pertes au premier trimestre tandis que leur rentabilité moyenne s’établit aux alentours de 2%. « Dans ce contexte, les entreprises se trouvent dans une situation fragilisée, notamment face à tout risque de nouvelle chute de l’activité », indique la FNTP. D’ailleurs, sur les neuf premiers mois de l’année, 3 200 postes d’ouvriers permanents ont été supprimés. Avec des carnets de commandes qui s’élevaient à fin octobre à 5,8 mois d’activité (contre 5,1 il y a un an), les entreprises font appel à l’intérim pour assumer le surcroit d’activité.

2012, un maintien de l’activité sous condition

Pour 2012, la fédération prévoit une baisse d’activité de 1% en euros courants tandis que le chiffre d’affaires devrait s’élever à 40,3 milliards d’euros. Seuls les grands projets, les chantiers de transports en commun en site propre et les travaux sur les autoroutes concédées devraient porter le secteur (+5% en euros courants).

Du côté de l’Etat, tous les crédits sont en baisse (-3% en euros courants), exception faite de l’entretien routier passant de 133 à 169 millions d’euros (+27%). « Cela ne suffira pas à compenser le retard pris dans l’entretien du patrimoine routier», assure Patrick Bernasconi. A titre de comparaison, les crédits de paiement affectés à l’entretien du réseau routier national atteignaient 278 millions € en 2008 (soit -40% sur la période 2008-2012).

Dans un environnement macro-économique défavorable, la commande privée – qui s’était pourtant redressée en début d’année – devrait elle aussi se retourner en 2012 et afficher une baisse de 4% en euros courants.

Collectivités locales : le point le plus noir

Alors que le bloc communal devrait bénéficier des effets positifs du cycle municipal, la FNTP prévoit une baisse de l’activité de l’ordre de 1,5%. Mais il s’agit d’un scénario « optimiste » et la fédération entend tirer la sonnette d’alarme.
« Les robinets du crédit bancaire aux collectivités locales se ferment », affirme Patrick Bernasconi.  Devant disposer de plus de fonds propres pour prêter, les banques ont réduit leur offre de crédit et ce d’autant plus que les créances des collectivités ne sont plus considérées comme facilement cessibles. »

La ligne de crédit de 5 milliards d’euros  débloquée en 2011 par la Caisse des dépôts sur le fonds d’épargne a permis de faire face à l’urgence. « Mais sur cette enveloppe, seuls 3 milliards ont été affectés, aucune banque n’a répondu à l’adjudication des 2 milliards restants. La Caisse des dépôts n’a pas les structures pour distribuer cette somme», s’inquiète le président de la FNTP.

Sept milliards à trouver

Le gouvernement a souhaité que le nouveau pôle public reprenant les activités de Dexia soit rapidement opérationnel. « Dans la pratique, cela nécessitera plusieurs mois », assure Patrick Bernasconi, qui estime que les maires et le gouvernement ne semblent pas en avoir pris complètement la mesure. Cet établissement financier porté par la Caisse des dépôts et la Banque postale ne devrait commencer à financer les collectivités qu’au cours du second semestre. Voire en 2013. Idem pour l’Agence de financement des collectivités locales. Et en attendant ? Mystère.

Selon la FNTP, il manque 7 milliards d’euros sur les 16 dont les collectivités ont besoin pour financer leurs projets d’infrastructures en 2012. Deux milliards pour le premier semestre (d’ici à la création de la banque publique) et 5 milliards pour compenser le retrait des autres banques. « Si ces 7 milliards ne sont pas financés, cela impactera l’activité des travaux publics de 10% et entraînera la disparition de 30 000 emplois», prévient Patrick Bernasconi. La FNTP suggère que la Caisse des dépôts pioche cette somme dans ses fonds d’épargne. Ou que le Livret A soit déplafonné. Une sorte de crédit relai jusqu’à ce que la future banque publique soit opérationnelle.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X