Environnement

« Tour ou pas tour. Comment choisir positif ? » par Rodolphe Deborre, directeur associé BeCitizen

Existe t-il une vérité écologique derrière la construction d’une tour, cet objet architectural qui déchaine les passions depuis la nuit des temps ? Au milieu d’arguments particulièrement tranchés, comment aider un décideur public à y voir clair pour faire le bon choix. Les arguments des tenants et des opposants peuvent ils être mis en musique pour fournir un argumentaire constructif ?
Prenons un peu de hauteur.

La tour est elle un objet architectural écologique ?
NON.
La réponse est très claire. Une tour, par son élévation dans le ciel, devient un bâtiment plus fragile et plus sujet aux éléments au premier rang desquels le poids. Certes des technologies extraordinaires permettent ou permettront de réduire très significativement les impacts écologiques d’une tour. Mais malgré tout, cet impact écologique restant demeurerait bien supérieur à celui d’un groupe de bâtiment R+4 écologique facilement constructible aujourd’hui (sans même parler des coûts de construction ou de maintenance). Les meilleures tours actuelles ou dans un futur proche consommeront 180 kWhep/m²/an contre moins de 50 kWh/m²/an pour un bâtiment BBC par exemple, sans compter les ressources supplémentaires, très consommatrice en énergie grise nécessaire à leur construction. Or contexte, une tour n’est PAS écologique.

Ne faut-il construire que des bâtiments efficaces?
J’espère que NON, sinon quelle tristesse : plus de Sagrada Familia à Barcelone, plus d’Opera House à Sydney, plus d’Empire State Building ni de King Kong ou bien sur plus de Tour Eiffel. Un tour modifie le paysage urbain et devient forcément un bâtiment « culturel » dont la décision n’a jamais été et de devrait jamais être que rationnelle mais bien culturelle et politique. Un projet comme SAS Suède à Marseille est d’ailleurs présenté sous cet angle et c’est une démarche assumée et pertinente.
Ceci étant dit et au regard des crises écologiques structurelles et financières conjoncturelles que nous connaissons, est il politiquement raisonnable de dépenser deux fois plus au m² que pour un bâtiment standard pour un projet écologiquement inutile ? La question mérite tout de même d’être posée.

Densifier les villes et inverser l’étalement urbain est il prioritaire ?
OUI.
En concevant un écoquartier à Genève, nous réduisons virtuellement à zéro le bilan énergie et CO2 du bâti. Le bilan CO2 du trafic automobile demeure 4 fois plus important. Des mesures adéquates, dont une densité beaucoup plus importante que l’écoquartier « type » nous permettent d’espérer une réduction du trafic automobile induit de plus de 20%. Il est donc possible de limiter l’automobile en ville à la condition nécessaire (mais pas suffisante) de densifier afin de permettre réellement la marche, le vélo ou les transports en commun.
Rappelons que 20km/jour en voiture correspondent grosso modo à une consommation de 60 kWh/m²/an en plus.
Donc sans aucune équivoque, il faut densifier les villes pour réduire la quantité de transport automobile.

Les tours sont elles une bonne réponse pour densifier ?
NON et OUI
NON d’abord parce que tour de rime pas forcément avec densité. Il existe de nombreux exemples où une cité de tours et barres développe une densité bâtie de 0,8 contre 1 pour des maisons en bandes.
NON ensuite car il est tout à fait possible d’obtenir des densités importantes (2, 3 ou 4) qui permettent de s’affranchir des voitures en se contentant d’une nombre raisonnable d’étages (5 ou 6) et d’une organisation urbaine plaisante. Paris intramuros en général et les zones haussmannienne en particulier sont souvent qualifiées d’optimum en la matière. Avant donc de construire une tour, il est beaucoup plus pertinent écologiquement de surélever ses quartiers centraux en rénovant le bâti. On obtient ainsi une densité plus forte, potentiellement sans transport induit, mais aussi la possibilité d’avoir des bâtiments rénovés très performants écologiquement, sans avoir supprimé le moindre cm² de terrains non bâti. De nombreuses études ont par ailleurs traduit un confort de vie plus grand dans des quartiers denses centraux (densité bâtie de 3 ou 4) comme les centres ville versus des quartiers de tours type la Défense ou les Olympiades à Paris.
OUI dans le cas où il s’avère nécessaire ou pertinent de rechercher une surdensité que les R+5 ou 6 ne permettent plus. Nous parlons alors de profil de ville à la Manhattan à New York, de Hong Kong ou de centre ville de type « city » comme à Sydney. Dans ce seul cas, les tours jouent leurs rôles écologiques de surdensité : dans un urbanisme hyper urbain, elles s’intègrent « confortablement » aux flux de transport doux ou en commun et ne peuvent pas induire de transport automobile supplémentaire. Il devient alors pertinent de mettre en place les innovations technologiques qui abaissent fortement l’impact écologique de ces tours utilement vertes. Notons que ces technologies permettraient probablement à un bâtiment normal d’être encore beaucoup plus performant qu’une tour.

Que conclure ?
Ecologie ou pas, le choix d’un objet paysager si imposant qu’une tour devrait demeurer un choix politique et démocratique.
Si un choix politique doit être guidé par l’écologie, ce que nous recommandons bien entendu, alors une densité importante (2, 3, 4) doit être l’objectif numéro un à atteindre.
Si l’objectif écologique de densité fixé peut être obtenu par des constructions collectives basses comme dans les centres villes historiques, et cela semble être le cas dans la grande majorité des cas, alors les tours n’ont aucune justification écologique.
Si l’objectifs écologique de densité ne peut être obtenu qu’en sur densifiant en un centre ville hyper urbain à la Hong Kong, il devient alors primordial de développer des tours vertes qui minimisent leur impact et mettent au point des technologies innovantes.
Tout autre choix n’a aucune justification écologique.
L’argumentaire parait simple. Aux décideurs éclairés de faire désormais les bons choix pour l’intérêt de tous.

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