Bâtiment

Tour Eiffel : et si le squelette métallique s’ habillait d’un manteau végétal

Recouvrir le squelette métallique de la « dame de fer » d’une peau faite de plus de 600 000 plantes et y implanter un réseau tubulaire de  12 km : c’est le défi de la société d’ingénierie Ginger.  Après deux ans de réflexion, elle livre un procédé breveté qui pourrait être déployé sur des bâtiments, aux quatre coins du monde.

Jean-Luc Schnoebelen, directeur général de Ginger France se rappelle, qu’il y deux ans, en passant le long des quais parisiens, lui et son équipe imaginèrent la tour de métal conçue par Gustave Eiffel se recouvrir de végétaux pour devenir « le plus grand arbre de la capitale ».

Chez  Ginger, la Tour Eiffel, ils connaissent. L’aménagement du premier étage, actuellement  en cours de réalisation, c’est eux. La réhabilitation du second niveau, ce sera eux aussi. Depuis plus de 20 ans, l’entreprise réalise des contrats de maintenance sur l’édifice. L’implantation d’une peau de végétaux est un nouveau défi technique pour la société d’ingénierie.

Ginger rencontre la mairie de Paris à plusieurs reprises et  en parle à la société de gestion de la Tour Eiffel puis décide de passer à la vitesse supérieure et rencontre.  En juin dernier, le directeur de cabinet de la ministre de l’Ecologie. Ce dernier donne un avis favorable à la végétalisation de la dame de fer, à condition que le bilan carbone du projet soit négatif (plus de CO2 consommé que de produits).

Un manteau 100% végétal pour la «dame de fer»

 

Ginger se focalise donc sur la conception d’un système entièrement biosourcé, autrement dit dont tous les éléments sont fabriqués à partir de végétaux.  Résultat : un filet de chanvre qui maintient des sacs en toile de jute dans lesquels viennent se loger les 70 tonnes de substrat et les 600 000 plantes.

« Les systèmes de végétalisation existants sont basés sur des structures en plastique ou en acier. Le nôtre est végétal, plus léger et moins cher. Notre concept revient à 400 euros le m² alors qu’aujourd’hui il faut compter entre 700 et 1000 euros le m² pour une façade végétalisée », explique Claude Buchet, l’architecte-urbaniste travaillant avec la société d’ingénierie sur le projet.

Afin d’alimenter en eau le dispositif,  12 km de tubes traverseraient  la vielle dame.
Ginger discute actuellement avec des industriels de la chimie pour disposer de produits en amidon et non pas en caoutchouc.  Pour stoker l’eau (celle de la Seine étant trop polluée, il prendrait la même que celle servant à l’arrosage du champ de Mars), le projet envisage d’agrandir des réservoirs, déjà en place à chaque étage, inutilisés aujourd’hui et servant initialement au fonctionnement des ascenseurs hydrauliques.

Le choix des plantes a été fait en fonction de l’orientation de chaque façade. Au final, plus d’une centaine d’espèces sont retenues pour le projet.


Un manteau permettant le passage du vent et laissant deviner le squelette

 

Afin de s’assurer de la stabilité de la structure, l’équipe a récupéré la modélisation de la tour et y a ajouté son système. « On est loin de la limite de résistance des membrures », assure Claude Buchet qui rappelle que, ces cinq dernières années, les travaux d’aménagement de la tour ont permis de diminuer son poids.
La densité des plantes a été choisie de manière à permettre au vent de traverser la tour. Une fois leur croissance terminée, elles devraient toujours, comme sur l’image ci-dessus, laisser entrevoir le métal des piliers et donc « laisser deviner la fragilité mise en avant par Gustave Eiffel » dit l’architecte travaillant à la végétalisation de la tour.

Afin de mettre une touche sociale à son projet vert, Ginger envisage, pour la réalisation, de travailler avec une entreprise de Vinci  employant des compagnons en  insertion, capables d’aller installer les plantes à 300m d’altitude.

En attendant de connaître la suite des évènements et de savoir si Ginger pourra implanter son dispositif sur la tour, une reconstitution d’un morceau de 30 m² du squelette de la tour Effel, qui sera finalisée la semaine prochaine, permettra de tester, grandeur nature, le système breveté.

Focus

Le projet verra-t-il le jour ?

Au lendemain de la publication dans « Le Figaro » du projet, la Ville de Paris et la société à laquelle est confiée la gestion de la Tour Eiffel, démentent avoir eu connaissance du projet. L’équipe dirigeante de Ginger y voit là l’expression de la surprise suscitée par l’annonce dans la presse du projet, suite à une fuite.

Mais Ginger se veut confiant pour la suite. Un ancien cadre dirigeant de l’entreprise rappelle qu’ « au moment de sa création, il n’y a pas eu de projet plus critiqué que la Tour Eiffel ». Néanmoins, si l’entreprise se dit techniquement prête, sa direction a conscience que le calendrier électoral à venir ne permettra pas au projet de voir le jour prochainement. Elle pense que le démarrage des travaux pourrait avoir lieu courant 2013.

Si le projet ne voit pas le jour d’ici là, Ginger pourrait bien en mener un similaire, dans une autre capitale. « Ce qui serait regrettable » juge Claude Buchet, l’architecte-urbaniste ayant travaillé avec la société d’ingénierie sur la végétalisation de la « dame de fer » et qui, depuis l’annonce du projet, dit recevoir des coups de téléphone de personnes intéressés outre-Atlantique. Quoi qu’il en soit, Ginger espère bien exporter le système qu’il a développé à l’étranger.

 

Focus

Combien ça coûte ?

Selon Ginger, pour recouvrir la Tour Eiffel de végétaux, il faudrait un budget de 80 millions d’euros. Afin de trouver cette somme, l’entreprise compte uniquement sur un sponsoring d’entreprises du CAC 40.

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  • - Le

    pas d 'accord

    je trouve sa nul de recouvrir la dame de fer d un manteau végétale, ce genre de projet fait oublier la base de l’histoire de ce propre objet. Mettre 80 M dans sa c est de l argent gaspillée. On oubli peu etre mais la tour eiffelest la premiere antenne de france de morse pendant la guerre et on oubli aussi que son inventeur est mort en sautant de cette derniere en voulant voler
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  • - Le

    La réalité

    J’aimerais voir à quoi elle va ressembler au complet! Pour 80 millions, ça devra valoir le coup, entre autres ramener beaucoup plus de touristes.
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