Réalisations

Tour de France des opérations nommées à l’Equerre d’argent 2011 (8/9)

Etape du jour : lycée Alphonse-Daudet à Tarascon (Bouches-du-Rhône), réalisé pour la Région PACA/AREA PACA par l’architecte Christophe Gulizzi.

Le programme d’extension de ce lycée construit en 1933 par Gaston Castel (Grand Prix de Rome) inscrit à l’Inventaire des MH, sur le site – classé MH – de la caserne Klimaine, édifiée en 1718 par l’architecte Desfour, pose la question de l’intervention en site remarquable.

Christophe Gulizzi, lauréat du concours lancé en 2006, considère la mémoire du lieu et l’identité du territoire comme autant d’éléments narratifs, prolongements de la morphologie du bâti. Il justifie son parti, délibérément sobre et sans emphase, en rappelant que « dans un site riche d’histoire, au sein d’un équipement dont le rôle est de transmettre les valeurs laïques et républicaines, il n’y a pas de place pour la suffisance et les gestes architecturaux pompeux ».

Ce lycée d’enseignement général de 500 élèves comporte désormais deux nouveaux équipements réalisés en deux phases successives. D’une part, la bibliothèque envisagée au départ comme un bâtiment d’accueil dont le programme a évolué pour s’adapter aux usages. Le rez-de-chaussée est occupé par la salle polyvalente, le pôle infirmerie et un garage à vélos, tandis que l’étage abrite la bibliothèque scolaire. En second temps, a été bâti le gymnase qui s’inscrit dans l’enceinte de la caserne dont il reconstitue le tracé. Il se compose de deux éléments : un corps en béton gris implanté dans le prolongement des stalles dont il reprend l’épaisseur, et la salle de sports proprement dite, volume de béton ocre. Entre les deux, reliant les vestiaires à l’aire sportive, une verrière couvre la faille avec une structure qui s’apparente à une treille métallique aléatoire, sorte de pergola désordonnée.

Contraint par l’inscription aux MH, le gymnase devait se glisser dans un gabarit imposé. Pour respecter l’altimétrie de l’existant, la hauteur ne pouvait dépasser 5,50 m sous plafond (au lieu des 7 m courants dans ce type de programme). Au début du projet, l’architecte avait étudié la possibilité d’un décaissé de 2 m pour retrouver une grande hauteur sous plafond, mais entre-temps est intervenue une prescription d’inondabilité assortie d’un incontournable principe de précaution qui a fait obstacle à cette option. C’est pourquoi, pour amplifier le volume, la salle de sports est traitée en monochrome blanc, excepté le mur d’escalade de teinte acajou. Le sol blanc est issu d’une fabrication spéciale, et les tracés appliqués respectent les couleurs normalisées des fédérations sportives.

L’architecte souligne comme une évidence que le bâtiment est BBC, mais précise aussitôt qu’il s’agit d’un BBC dicté par le bon sens, c’est-à-dire basé sur la matrise des ouvertures – la plupart évitent l’ensoleillement direct –, l’utilisation de pompes à chaleur et une programmation fine du chauffage et de l’éclairage, et non pas d’un label obtenu à l’aide d’un attirail de prothèses technologiques coûteuses et ostentatoires.

Dans le même esprit, la construction fait appel à des procédés simples : le béton avec granulats locaux, teinté dans la masse et coulé en place. Les façades se conforment aux règles de composition de la caserne : contrefort, minéralité, massivité, ouvertures répétitives. L’accent mis sur la matière, les murs épais – qui participent évidemment à l’inertie – comportent un fruit important. Leur épaisseur de 0,80 m en pied de mur atteint seulement 0,20 m au faîte. Le béton teinté dans la masse, puis pioché à la main pour présenter cette texture irrégulière, intemporelle, rend hommage aux traditions constructives militaires, robustes, sobres, efficaces. Ainsi dans leur abstraction, les bâtiments s’adressent aux seuls éléments permanents du lieu. La géométrie muette des deux monolithes joue sur l’ambivalence de la lecture, symbiose avec le site ou télescopage d’une forme singulière avec son contexte spatial et temporel.

 

Article publié dans le numéro 207 d’AMC de juin-juillet 2011

Palmarès

Le prix d’architecture de l’Equerre d’argent 2011 a été décerné le 28 novembre par le Groupe Moniteur à la rénovation de la tour de logements Bois-le-Prêtre à Paris (17e), réalisée par l’architecte mandataire Frédéric Druot, associé à Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal pour le compte de Paris Habitat.

Une Mention a été attribuée au groupe scolaire intercommunal Casarès-Doisneau à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), réalisé par l’agence AAVP Architecture (Vincent Parreira, Elise Reiffers, Thomas Rault) pour le compte des Villes de Saint-Denis et d’Aubervilliers.

Focus

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Région PACA ; AREA PACA, maîtrise d’ouvrage déléguée.

Maîtrise d’œuvre : Christophe Gulizzi, architecte.

Surfaces : bibliothèque, 2650 m2 Shon ; gymnase, 1900 m2 Shon.

Coût : 6,5 millions d’euros HT.

Entreprises : Tanzi (gros-œuvre), Crystal (CVC), SAM (menuiserie), Alberti (peinture).

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