Entreprises de BTP

Tour Carpe Diem à La Défense : le maître d’ouvrage justifie le choix de l’entreprise chinoise Yuanda pour les façades

« Des sous-traitances sont octroyées en France à des entreprises de l’Est, voire de Pékin » : c’est en ces termes que Jean-François Roverato, P-DG d’Eiffage avait ému le Landerneau en ébruitant, début septembre, l’attribution à la société chinoise Yuanda du marché de façades de la tour Carpe Diem à La Défense. Joëlle Chauvin, directeur d’Aviva Investors Real Estate France, FRICS, maître d’ouvrage avec Predica (filiale d’assurance-vie du Crédit Agricole), explique au Moniteur ce qui s’est vraiment passé au cours de l’attribution du chantier de cette tour de bureaux (162 m et 38 étages) qui sera achevée fin 2012 et représente 130 millions d’euros de travaux environ.

 

Comment s’est déroulée la passation du lot façades de cette tour?

Le lot principal – gros œuvre et corps d’état architecturaux – a été attribué à un groupement d’entreprises constitué de Spie SCGPM et du groupe belge Besix, spécialiste des gratte-ciels et qui a notamment travaillé sur la Burj Dubaï, la plus haute tour du monde. Bouygues a été écarté à l’issue du 2ème tour de l’appel d’offres. Eiffage et Vinci étaient également candidats mais ont été éliminés dès le 1er tour. Concernant plus précisément le lot des façades, cinq offres ont été remises : les deux seules entreprises françaises ayant selon nous la capacité de réaliser ce projet Goyer (groupe Eiffage) et Ouest Alu (groupe Liebot), qui ont décidé de faire une offre commune ; un consortium belgo-italien Belgométal/Tosoni ; une société allemande Schmidlin ; l’Italien Permasteelisa ; et l’entreprise Yuanda Europe, basée à Bâle en Suisse. Cette dernière a très vite été moins-disante en termes de prix et a fait preuve d’un savoir-faire de très haut niveau, allant jusqu’à nous présenter un prototype très abouti avant même l’attribution. Dans la mesure où nous ne les connaissions pas bien, nous avons donc pris des renseignements sur leurs usines, leurs qualifications, leur mode de production, leur réputation, la qualité de leurs produits, leurs références dans les tours et les immeubles complexes, qui sont nombreuses notamment en Grande-Bretagne, en Allemagne, dans les Emirats, en Australie et aux Etats-Unis. Au terme de cette enquête, nous avons considéré que Yuanda pouvait mener notre projet à bon terme avec le niveau qualitatif que nous exigions.

Quelle est la mission précise de Yuanda sur ce chantier?

Cette société va fabriquer en Chine et livrer en Europe les encadrements métalliques des façades courantes, qui seront équipés de vitrages européens par un sous-traitant belge. Il a également été convenu avec Yuanda que tous les composants faisant appel à des technologies avancées, tels que les éléments de façades coupe-feu ou pare-flamme et de verrière, ainsi que les portes, les fenêtres, les stores et occultations, la quincaillerie et les dispositifs intégrés de nettoyage, seront achetés par elle sur le marché européen. Yuanda sera également responsable, sous la direction de SCGPM/Besix, mandataire du chantier, de la pose de ces façades qu’elle confiera à une société française. Pour ce faire, trois sociétés ayant l’expérience de La Défense sont actuellement mises en concurrence par Yuanda. Contrairement à ce que le P-DG d’Eiffage, M. Roverato, a pu laisser penser dans ses déclarations, la pose sera bien réalisée par les ouvriers d’une société française. Au final, la part du chiffre d’affaires revenant à Yuanda Chine représente environ 50 % du marché de façades, soit 7 % du montant des travaux et 3 % du coût total du projet.

Quels étaient les écarts de prix entre les concurrents et comment se justifient-ils?

L’écart de prix était de 19,8 % entre Yuanda et le groupement belgo-italien. Et de 23,8 % avec le groupement français arrivé 3ème. Je citerai deux explications : la première, la plus importante, est liée à leur impressionnante capacité de production. Nous avons eu l’occasion, avec l’équipe de construction (architectes, maîtrise d’ouvrage et bureaux d’étude), de visiter leur usine, très moderne, qui produit 12 millions de m² de façades par an. En termes statistiques, la façade de Carpe Diem (environ 22 000 m²) représente donc moins de 24 h de production. Le second facteur est plus subjectif, car lié à leur volonté d’entrer sur le marché français sur lequel ils n’étaient pas présents jusque là, et d’obtenir une référence pour une tour à la Défense.

Avez-vous demandé des engagements particuliers à Yuanda ?

Cette société a signé une charte d’engagement éthique qui concerne notamment les conditions de travail, l’interdiction de faire travailler des enfants, des critères environnementaux comme par exemple la traçabilité des matériaux… Comme cela se fait de plus en plus un peu partout.

Y-a-t-il d’autres sociétés étrangères qui vont travailler sur ce chantier ?

Une centaine d’entreprises cotraitantes et sous-traitantes travailleront sur ce chantier d’ici fin 2012. Pour l’essentiel des travaux, les entreprises françaises bénéficieront très directement de la confiance de la maitrise d’ouvrage (Aviva/Predica) sur ce projet réalisé sur nos fonds propres.


Plus d’informations sur le BTP en Europe avec Le Bulletin européen du Moniteur

 

 

Focus

Peu d'exemples d'entreprises de construction chinoises en Europe

Dans la mesure où Yuanda est candidat pour d’autres tours en projet à la Défense, ce contrat a réveillé les craintes de mondialisation du BTP, au-delà des projets peu techniques, lointains et nécessitant beaucoup de main d’œuvre en Afrique du nord, au Moyen-Orient ou en Russie. Pourtant, très peu d’exemples de présence d’entreprises de travaux de l’empire du milieu ont été relevés, que ce soit en France (à l’exception d’un partenariat pour la construction d’une cimenterie Lafarge en Aquitaine) ou en Europe. Malgré les appels du pied aux investisseurs et constructeurs chinois de pays comme la Hongrie ou la Roumanie, à ce jour, on ne retient que trois exemples d’entreprises chinoises ayant remporté des contrats en Europe de l’Est (un marché privé et deux publics).
Le premier concerne la reconstruction de la centrale bulgare de Devnya appartenant à Italcementi par le constructeur autrichien Strabag (250 millions d’euros), qui se fait aider par un partenaire chinois, CBMI. Le deuxième se trouve en Serbie, où les autorités ont signé avec l’entreprise de construction China Road and Bridge Corporation pour la construction d’un pont de 1,5 km sur le Danube (170 millions d’euros) reliant deux quartiers de Belgrade. Enfin et surtout, le gouvernement polonais a attribué à l’automne dernier deux lots de l’autoroute A2 (financée partiellement par des fonds européens) à un consortium conduit par China Overseas Engineering Group et comprenant des sociétés soutenues par des capitaux d’Etat, à des prix défiant toute concurrence (181 et 132 millions). A l’époque, les présidents de la Fédération de l’industrie européenne de la construction (FIEC) et des EIC (European International Contractors) avaient adressé un courrier aux présidents des institutions européennes pour les alerter sur l’accès des entreprises chinoises aux marchés publics européens dans des conditions qu’ils estimaient intenables pour des groupes issus de l’Union. La Commission européenne a répondu, en faisant valoir que ce tronçon n’est pas directement financé par des fonds européens et que d’éventuelles irrégularités doivent être examinées par les autorités polonaises. Les quatre recours engagés par les perdants au niveau national ont tous été rejetés. Depuis, Covec est régulièrement candidat à d’autres appels d’offres routiers dans ce pays et construit un hôtel de 300 chambres à Cracovie.

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
  • - Le
    Cette réponse est magnifique. Cette dame pleurera quand elle ou ses proches seront devant Pôle Emploi qui aura ses caisses vides.Ils regarderont passer des ouvriers chinois travaillant 15 par jour pour un salaire de misère (Cf l’Algérie) , sans protection sociale, pour fabriquer des milliardaires chinois qui proposeront de racheter à bas prix un Crédit Agricole exsangue…faute d’épargnants français. Voiler cette catastrophe annoncée derrière la performance technique est une honte…mais on n’a pas fini de pleurer.
    Signaler un abus
  • - Le

    conflit

    donc on y apprend que le maître d’ouvrage et son équipe ont été invité en Chine. Pas très éthique tout cela !
    Signaler un abus
  • Commenter cet article
Votre avis ?
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X