Chantiers

thecamp, le campus international et futuriste d’Aix-en-Provence ouvre ses portes

Mots clés : Architecte

Le campus dédié à la transformation numérique, imaginé par l’architecte marseillaise Corinne Vezzoni sur le plateau de l’Arbois à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), accueillera ses premiers campers à partir de début octobre pour une période exploratoire, avant une grande célébration en juin 2018.

«thecamp», campus de l’innovation numérique conçu par l’architecte Corinne Vezzoni, ouvre enfin ses portes. Tout l’été a servi à terminer le second œuvre et à aménager les espaces paysagers de cet écrin voulu par Frédéric Chevalier, porteur du projet, pour être un lieu d’enseignement et favorisant l’émergence de nouvelles idées (voir Focus).

Le fondateur de l’agence de marketing digital HighCo, malheureusement décédé le 28 juillet dernier, a donné carte blanche à Corinne Vezzoni avec comme unique mot d’ordre de créer un lien exemplaire en matière de développement durable. « thecamp est un lieu dédié à la transformation numérique qui veut explorer le futur », expliquait-il lors de la visite sur site de Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, le 12 juillet. « Il faut être dans l’exemplarité totale quand aux modes de construction, à l’harmonie avec la nature et aux entreprises hébergées. » Pour ce projet estimé à 21 millions d’euros HT, Frédéric Chevalier avait su mobiliser des fonds privés et des subventions publiques pour un projet .

 

Se fondre dans le paysage

 

Pour la maîtrise d’œuvre, l’enjeu était de se fondre dans le paysage de garrigue du plateau de l’Arbois et de créer les meilleures conditions d’accueil à des dirigeants de jeunes pousses, des étudiants et des experts. «Nous avons pris comme parti d’offrir de l’espace et de dialoguer avec la nature en valorisant notamment les qualités paysagères du site de six hectares», rappelle ainsi l’architecte Corinne Vezzoni. En poussant plus loin la réflexion, la maîtrise d’œuvre a décidé de se passer de halls et couloirs pour permettre à l’usager de circuler sans contrainte. Pour cela, un parasol géant protège les différentes constructions qui serviront de bureaux, salles de réunion, d’auditorium ou bien à préparer les repas. S’inspirant des cellules mises sous cloche en biologie pour qu’elles prolifèrent dans les meilleures conditions, Corinne Vezzoni a conçu des bâtiments circulaires.

Sur les treize incubateurs (19 m de diamètre, plateau de 245 m2), sept sont en verre pour respecter le principe du dedans/dehors. Le plus grand abrite l’auditorium. Donnant sur la terrasse, qui elle-même s’ouvre à l’est vers la montagne Sainte-Victoire, il est la pièce maîtresse de l’ensemble avec des panneaux en verre de 5,50 m de haut et 2,70 m de large (système VEC). Les six autres sont composés de panneaux de verre plus petits (2,70 m de long et 2,88 de haut) conçus et mis en œuvre par l’entreprise Chiri.

 

Parasol géant

 

Elément central du campus, le parasol géant, dont la hauteur varie entre 13 et 8 m, offre des vues sur la montagne Sainte-Victoire à l’est, un piton rocheux à l’ouest, le massif de l’Etoile au sud et la forêt au nord. Outre les vues, le vent et le souci de respecter le dénivelé du terrain ont déterminé sa pente et l’implantation des 24 poteaux qui supportent la structure métallique sur laquelle il est posé. Composé de trois morceaux de toile technique en matériaux composites Ferrari, il représente une superficie de 6 600 m2 . Sa conception et son exécution ont demandé un long travail d’études. «Le bureau d’études Optiflow spécialisé dans l’aéraulique a étudié le confort sous la toile. Dans la partie nord-ouest, par exemple, il y a la plus forte densité de bâtiments pour faire écran au mistral. Cette toile a des propriétés élastiques capables, par exemple, d’accueillir les 10 à 15 cm de neige qui peuvent tomber dans cette région méditerranéenne. Elle se déforme jusqu’à 70 cm», précise Martin Boiteau, directeur de projets chez Corinne Vezzoni & Associés .

 

Chapiteau inversé

 

La structure de la tente est un système de chapiteau inversé mis en tension par-dessous: «Ancré au sol, chacun des trois impluviums est tiré vers le bas par un anneau métallique ou cerce et des câbles. L’ensemble de ces impluviums a une fonction très claire, celle de récupérer l’eau et de la rejeter à l’extérieur de la toile dans le bassin de rétention et les noues. Sur l’ensemble de la toile, on est capable de récupérer 800 m3 d’eau par heure sur l’ensemble de la toile», poursuit Martin Boiteau.

Etanches, les trois morceaux de toile de type Ferrari ont été cousus à la main dans des ateliers spécialisés dans la voile marine. Le 13 juillet, l’entreprise ACS a terminé de tendre les trois toiles qui recouvrent les 13 incubateurs. Cette semaine, les derniers travaux de finition consisteront à mettre en tension les câbles.

 

Trois procédés constructifs

 

Sur ce chantier, trois procédés constructifs ont été mis en œuvre. L’ossature bois pour les deux bâtiments (RH1, RH2) abritant les 155 chambres de 15 m2 en moyenne, le béton pour certains des incubateurs abrités sous la toile et les villas cachées dans la forêt, ainsi que le métal pour la structure de la toile et celle des incubateurs. Pour des raisons de compacité, la maîtrise d’œuvre a par exemple privilégié le bac acier béton en toiture.

Le bois s’est imposé compte tenu de sa légèreté et de sa rapidité d’exécution. Le souci du moindre impact sur l’environnement et d’épouser le plus possible le relief du terrain a en effet guidé le projet. Ainsi, l’entreprise Mathis a monté les structures des deux bâtiments en bois entre juillet et septembre 2016 en trois mois.

Par ailleurs, le RH1, premier bâtiment en bois qui forme un L, se termine en pilotis pour respecter les courbes de niveau du terrain. Pour les refends intérieurs de 6 cm d’épaisseur, Mathis a opté pour le CLT, process de panneaux massifs en bois croisés. Pour les façades extérieures, ont été privilégiés les panneaux à ossature bois (12,5 cm d’épaisseur) doublés d’une peau intérieure pour l’isolation thermique.

 

Focus

Maître d’ouvrage: thecamp

Promoteur: Redman Réalisation

Maîtrise d’œuvre: Corinne Vezzoni & Associés (architecte), Artelia (BET), 8’18’’ (éclairagiste), Leich (structure), Optiflow (fluides).

Entreprises: Midi Travaux (VRD); Campenon Bernard (Gros œuvre);  ICM/ACS (charpente métal toile et charpente métal incubateurs); Mathis (charpente bois, bardage et couverture étanchéité RH); Spal (étanchéité: incubateurs et suites);  Chiri (conception et mise en œuvre des vitrages des incubateurs; menuiseries extérieures); Bourneuf (RH et suites);  Santerne (CFO/CFA/SSI);  Climatech (CVC/plomberie); Ckat (cloison/doublage/faux plafond); Bareau (menuiseries intérieures); SPTB (carrelage faïence); Series (revêtements muraux et peintures); 2SRI (sols souples); Schindler (ascenseurs); IDVerde (espaces verts); Belle Environnement (fontaine); AMG Fechoz (machinerie scénique); Axians (audiovisuel et Eclairage); Hugon (fauteuils de l’amphithéâtre); Provence Froid (équipements cuisines); Sare (panneaux photovoltaïques).

Coût travaux: 21 millions d’euros HT (1 15O euros/m2).

Durée du chantier: 18 mois.

 

Focus

Explorer un futur positif

Des start-up, des plate-formes collaboratives ou des collectifs d’innovation tels que Kisskissbankbank, OuiShare, Cog’Innov ou MakeSense, mais aussi des cadres et professionnels de grands groupes, des élus, des formateurs, des experts, des makers, des codeurs ou des artistes numériques. Voilà les premiers campers qui seront accueillis à Aix-en-Provence dès le début du mois d’octobre. Inspiré des universités américaines, mais aussi des think tanks et des fab labs, thecamp est un « camp de base » d’où partiront des « expéditions pour explorer un futur humain et durable ». Véritable laboratoire du futur dédié aux technologies émergentes (réalité virtuelle, robotique, intelligence artificielle, biotechnologies) et aux nouveaux usages (intelligence collective, modèles économiques durables, gouvernances partagées…), ce campus international est un nouvel écosystème : un lieu d’inspiration, d’échanges, de création et d’expérimentations à grande échelle. thecamp est un centre de formation, d’échanges et d’expérimentations ouvert à tous. Des secteurs aussi importants que l’énergie, le logement, la mobilité, le traitement des déchets, la préservation de l’environnement, l’éducation ou la santé sont concernés.

 

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