Quartier

Territoires : « clarifier le concept d’inégalités écologiques »

Agnès de Fleurieu, Présidente de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, et Christian Garnier, Vice-président de France Nature Environnement, viennent de remettre, à Valérie Létard, leur rapport de la mission « Amélioration de la qualité de vie dans les territoires ». Extrait choisi.

Pour Lydie Laigle, chercheuse au Centre scientifique et technique du bâtiment, la notion d’inégalité écologique est difficile à appréhender car elle « touche des populations et se manifeste sur des territoires ». En ce sens, cette notion implique de pouvoir formaliser ou expliciter le croisement de deux processus en parallèle :

– des inégalités sociales d’accès des différentes catégories de population à des lieux et modes de vie, à des aménités urbaines ou environnementales, des services et biens essentiels, des modes de déplacement et de mobilité …,
– des processus de revalorisation-dévalorisation des territoires : désaffection-revitalisation urbaine, dégradation-requalification environnementale, attractivité économique-précarisation sociale…

La conjonction de ces deux processus implique de ne pas considérer l’inégalité écologique uniquement comme une inégalité de situation, par exemple d’exposition aux risques des différentes populations, mais bien d’entrevoir ses multiples facettes. Elle met également en évidence la question du cumul des inégalités entre des inégalités d’accès aux lieux de vie et aménités, des inégalités d’exposition aux risques environnementaux, et des différences de vulnérabilité croisée (sociale et environnementale) pour les populations concernées.

Le cumul des inégalités n’est pas résérvé au ZUS

Le processus de cumul des inégalités est fréquemment rencontré : s’agissant de la politique de la ville, selon l’observatoire des zones urbaines sensibles (ZUS) de 2004 plus de la moitié des quartiers prioritaires (56 %) sont longés par des voies rapides, un tiers par une autoroute, ce qui génère des nuisances (pollution, bruit); près de 42 % des communes ayant une ZUS sont exposées au risque industriel contre 21 % pour les autres.
Cette situation n’est pas spécifique au ZUS. Dans toutes les villes de vieille tradition industrielle comme Dunkerque, les lieux de vie des populations défavorisées sont concentrés dans les zones particulièrement exposées à la pollution, les autres populations s’installant plus loin, là où les nuisances ont disparu et le cadre de vie plus agréable. Ce phénomène est très généralement observé s’agissant de l’habitat des personnes en situation de précarité.
D’autres cumuls d’inégalités sont particulièrement marqués dans les zones rurales où la difficulté d’accès aux services et à l’emploi contribuent à limiter l’attractivité de ces territoires et aboutit à leur dépeuplement ce qui induit de nouvelles suppressions de services publics ou de commerces, des besoins de mobilité accrus et donc une plus grande dépendance au coût de l’énergie.De façon générale, il est coutumier d’observer que de tout temps les catégories sociales les plus favorisées disposent, en raison d’effets de seuil, de moyens supérieurs pour se soustraire aux principales situations de risques, de pollution ou de dégradation du cadre de vie, ou pour en atténuer les effets.

Une appréhension partielle des inégalités à l’échelle d’un territoire

Au delà de la qualification se pose la question de la mesure des inégalités et de l’absence d’indicateurs fiables permettant de réaliser des diagnostics territoriaux. Comme il a été dit précédemment, les indicateurs utilisés aujourd’hui pour faire des diagnostics territoriaux s’intéressent à des situations objectives par rapport à des critères environnementaux, mesurent des flux, mais non les conséquences sur l’individu. Par ailleurs, ils restent très sectoriels alors que l’appréhension des inégalités à l’échelle territoriale implique d’avoir une vision à la fois intégrative et dynamique.
Au niveau de l’habitat par exemple, il est essentiel de prendre en compte le coût consolidé du logement et du transport lorsqu’on établit des comparaisons de coût entre les différents types de logements à disposition. Toujours dans le domaine de l’habitat, la qualification de l’habitat indigne ne concerne que les caractéristiques techniques du logement mais ne prend pas en compte son « fonctionnement » et les charges afférentes qui amènent certaines populations à ne pas pouvoir se chauffer du fait des coûts induits.
Il ressort de ce constat la nécessité d’un enrichissement mutuel des politiques sociales et environnementales. La prise en compte des dimensions écologiques permet d’avoir une meilleure appréhension des inégalités, par exemple des inégalités face aux nuisances ou à l’accès aux aménités ; de la même façon, la prise en compte des aspects sociaux permet d’avoir un meilleur regard sur les politiques environnementales.

Pour voir l’intégralité du rapport, cliquez ici

 

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