Entreprises de BTP

Sûreté et délinquance sur chantier : les entrepreneurs marseillais contre-attaquent

Mots clés : Délinquance - Monde du Travail - Parquet

Vols, chantages à l’embauche, rackets, menaces, intimidations… les entreprises intervenant dans les zones sensibles de Marseille n’en peuvent plus ! Le Parquet vient de créer le premier “Groupement Local de Traitement de la délinquance” dédié exclusivement au bâtiment et la FBTP 13 se mobilise pour créer un lot “zéro” dans les marchés publics, prenant en charge la sûreté des chantiers. Deux initiatives, uniques en France, qui ne peuvent qu’interpeler de nombreux territoires.

Dans les Bouches-du-Rhône, le coût des exactions devient surréaliste : 50 millions d’euros en 2014 selon les estimations de la FFB 13(1) et presque 100% des chantiers des zones de Sécurité Prioritaires sont concernés. “Cela atteint parfois 5% du montant d’un chantier et c’est totalement à la charge des entreprises, s’indigne Johan Bencivenga, son Président. A titre d’exemple, une entreprise de génie climatique a dû refaire 3 fois les installations sanitaires d’une résidence d’un bailleur social et le coût de la sécurité d’un des chantiers phares de Marseille a atteint les 800 000 euros en 36 mois ! De plus, dans certains quartiers, personne ne veut vous assurer ou alors à un coût totalement prohibitif.”

 

Mais le tableau n’est pas terminé pour autant, car se rajoute désormais l’explosion des menaces et intimidations sur le personnel. “Par leur simple présence, nos collaborateurs gênent l’activité des délinquants et des trafiquants de drogue, continue Johan Bencivenga. “Les véhicules sont arrêtés et fouillés à l’entrée des quartiers et un chef de chantier s’est même fait séquestrer dans le coffre de sa voiture. Nous avons, également, droit à des propositions de gardiennage à des prix délirants, suivi de de vols, suite à nos refus. Enfin, un élu local a eu le malheur d’annoncer 40 emplois d’insertion des jeunes sur un chantier contre 4 réels et cette confusion s’est traduite par des représailles ! Venir tous les jours dans ces zones devient carrément de l’héroïsme. Nous en arrivons à ne travailler que le matin car, les trafics se faisant la nuit, les dealers dorment encore et le nombre de salariés faisant jouer leur droit de retrait augmente.”

 

Le premier “GLTD“ Bâtiment : une union sacrée contre la délinquance


La dégradation est d’autant plus inquiétante que la ville de Marseille s’engage, avec l’appui de l’ANRU dans un programme de rénovation massif de 1,2 milliard d’euros pour rénover 17 cités sensibles(2), notamment situées le long de la future rocade de contournement L2.

Face à cette situation insupportable, le Parquet de Marseille, en concertation avec la Sûreté Publique, la ville et la FBTP 13, vient de créer le premier “Groupement Local de Traitement de la délinquance“ (GLTD), dédié exclusivement à un métier : le bâtiment. Cette union sacrée permet une évolution des procédures pour plus d’efficacité, avec, notamment la possibilité d’instruire des dossiers et d’entamer des poursuites en préservant l’anonymat des plaignants, afin d’éviter les risques de représailles. “L’idée est aussi de pouvoir porter une requalification criminelle à certains méfaits afin d’arriver vraiment à les sanctionner, précise Johan Bencivenga. C’est une première en France et il faut saluer l’engagement du Parquet. Trois magistrats vont être détachés par, Brice Robin, le procureur de la République de Marseille, pour suivre prioritairement ces affaires.”

 

La demande d’un lot Sûreté chantier, dit lot “zéro”


Autre action forte de la FBTP 13 : profiter des élections départementales pour obtenir la création d’un nouveau lot “Sûreté”, dit “lot zéro”, dans les marchés publics prenant en charge le coût des mesures de sureté des chantiers et de sécurité des personnels. Une idée parfois évoquée… mais jamais retenue jusqu’ici. “Nous souhaitons que les élus du futur Conseil départemental examinent au plus vite la faisabilité de ce “lot zéro” et que nous l’expérimentions sur les chantiers à venir, insiste Johan Bencivenga. Nos entreprises n’ont plus les moyens de financer le coût croissant de ces mesures et elles ne sont en rien responsables de la situation. Notre souhait est juste de pouvoir travailler normalement sur nos chantiers. C’est un enjeu capital. N’oublions pas que le bâtiment est, bien souvent, la dernière économie réelle encore présente dans ces quartiers et que nous jouons un rôle d’insertion capital avec 1700 jeunes placés ces cinq dernières années dans nos entreprises.”

(1) Avec un recul de de 5% en 2014, l’activité du BTP dans les Bouches du Rhône se situe aux alentours des 4 milliards d’euros, dont 535 M€ en marché public. Ces 10 500 artisans et entreprises emploient 42 000 salariés

(2) Pour en savoir plus sur la rénovation urbaine à Marseille 

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  • - Le

    Bâtiment et Travaux Publics

    Faut il rappeler aux rédacteurs du Moniteur ! que BTP veut dire Bâtiment et Travaux Publics .. C’est un « GLTD Bâtiment et Travaux Publics » et que le GLTD n’est pas exclusivement dédié au métier du Bâtiment mais bien « aux métiers du Bâtiment et des Travaux Publics » mais peut être considerez vous que la Rocade L2 est un chantier de Bâtiment !!!
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