Construction Numérique

« Sur le BIM, les enseignants pratiquent une pédagogie innovante », Jean-Michel Schmitt, inspecteur général de l’Education nationale

Mots clés : Apprentissages - Entreprise du BTP - Logiciels - Outils d'aide

S’il est encore difficile de s’y retrouver dans les formations initiales au Building information model (BIM), l’Education nationale prend le sujet à bras le corps. Jean-Michel Schmitt est inspecteur général de l’Education nationale en charge des diplômes du BTP, son enthousiasme est communicatif.

Quelles formations de l’Education nationale intègrent déjà le numérique ?

Jean-Michel Schmitt : Deux bacs professionnels du BTP sont en train d’intégrer le numérique dans les sujets des épreuves : celui de « technicien d’études du bâtiment » et celui de « technicien du bâtiment organisation et réalisation du gros œuvre ». Cette intégration peut être progressive puisque les référentiels ne précisent pas la nature du support -papier ou numérique- pour le rendu des travaux. Par ailleurs, nous avons rénové deux BTS : « métier du géomètre topographe et de la modélisation numérique » et « enveloppe du bâtiment, conception et réalisation » en intégrant la dimension numérique via la démarche BIM (Building information model). A la rentrée de septembre 2016, ces deux diplômes comprendront des enseignements du BIM et les étudiants seront évalués sur leurs compétences dans ce domaine. Le prochain BTS qui entre en rénovation est celui de la « Construction métallique ». Comme les modules définissant les compétences attendues en matière de BIM sont très proches entre ces trois diplômes, nous prévoyons de favoriser une synergie entre les étudiants de ces différents BTS au niveau des projets. Il s’agira de faire en sorte que les étudiants puissent travailler de façon collaborative sur une même maquette numérique au sens de l’ingénierie concourante.

 

Quelles sont les autres initiatives en cours de développement ?

J.-M. S. : L’Education nationale développe le concept de « Campus des métiers et des qualifications », qui consiste à créer un réseau de plusieurs établissements d’une même filière professionnelle, du CAP à la recherche. Nous disposons ainsi d’un campus sur le bâtiment innovant à Strasbourg, qui comprend notamment le lycée Le Corbusier d’Illkirsch (Bas-Rhin) et des établissements d’enseignement supérieur strasbourgeois. D’autres initiatives émergent localement. Par exemple, au lycée Schwilgué de Sélestat (Bas-Rhin), un enseignant va porter, en partenariat avec Saint-Gobain et le ministère de l’Education nationale, un projet sur la transition numérique dans le bâtiment. Il s’agit de créer des ressources numériques qui seront en accès libre pour les enseignants sur la plateforme « Ecole numérique et industrie » (ENI) que l’Education nationale développe actuellement. L’objectif est de fournir des modules numériques pour créer des séquences pédagogiques aussi bien pour l’entreprise que pour un établissement scolaire. Le partenariat éducation-entreprise est intellectuel mais aussi financier, puisque dès que l’entreprise investit, l’Etat abonde à parité. Par ailleurs, des journées académiques de formation au BIM pour les enseignants s’organisent dans les différentes académies de France. Celles de Caen, Nantes et Strasbourg sont en pointe sur le sujet.

 

Comment l’Education nationale participe à la transition numérique dans les entreprises ?

J.-M. S. : Il y a plusieurs volets. J’ai commencé par organiser des séminaires sur l’enseignement du numérique dans les formations du BTP et sur l’intégration du numérique dans les diplômes du BTP qui tiraient leur légitimité des demandes et des besoins des entreprises. Bouygues, Vinci, Saint-Gobain, pour ne citer qu’eux, souhaitaient que les futurs jeunes embauchés soient formés au numérique en général. Certains enseignants n’avaient pas attendus et s’étaient déjà engagés dans un travail prospectif de qualité sur la didactique à associer à la démarche BIM. Tous s’orientent vers la mise œuvre d’une pédagogie active et innovante qui entraine la motivation de leurs élèves.


Comment se traduisent ces innovations pédagogiques ?

J.-M. S. : Par exemple, un enseignant de lycée professionnel de Saint-Girons (Ariège) a intégré avec créativité et réussite pédagogique, la démarche collaborative BIM à son enseignement. Ses élèves sont en bac pro « Technicien d’études du bâtiment et travaillent en ilots numériques ». Je cite cet exemple car cette région compte surtout des TPE. Ses élèves partent en stage dans des TPE où le numérique est peu développé. Le professeur leur demande de travailler en numérique pendant ces périodes. Ils partent donc avec un ordinateur portable et les logiciels permettant d’aborder la maquette numérique d’un bâtiment, ce qui suscite la curiosité puis un grand intérêt de la part de l’employeur. A leur manière, ils participent à une forme de médiation scientifique et technologique en direction de professionnels. Non seulement, ils contribuent à opérer la transition vers le numérique dans les très petites entreprises mais, en plus, ils se valorisent eux-mêmes et renforcent leurs compétences. Tout le monde est gagnant.

 

En quoi la formation au BIM est-elle un argument à l’international ?

J.-M. S. : Si les Anglais ont prévu de prendre 50% de part de marchés à l’international grâce au BIM, nous ne restons pas sans argument et sans proposition au niveau éducatif. Sur des projets en Amérique latine ou en Afrique, j’ai pu constater que la problématique de la mise à niveau de la formation professionnelle induite par la transition numérique devenait un enjeu stratégique important. L’Education nationale a ainsi créé les campus d’excellence en formation professionnelle à l’étranger pour accompagner pédagogiquement nos entreprises et les aider à obtenir des marchés. Il s’agit de partenariats tripartites entre une entreprise française, un pays et l’éducation nationale. L’entreprise fournit les supports technologiques utiles à la formation professionnelle, le pays fournit la logistique nécessaire, comme des locaux ou des postes de travail, et l’Education nationale détache un expert expatrié qui va piloter les programmes pédagogiques sur place. L’objectif est de former les futurs utilisateurs de technologies françaises.

 

Quels exemples pouvez-vous donner ?

J.-M. S. : Nous avons créé plusieurs campus avec Dassault Systèmes dans de nombreux pays pour former les futurs utilisateurs de la version 6 du logiciel Catia (logiciel de conception assistée 3D par ordinateur). D’autres grandes entreprises françaises sont partenaires de l’Education nationale pour créer de tels campus (aéronautique, construction navale, énergie, transport, BTP, …). L’éducation et la formation professionnelle sont désormais des valeurs stratégiques au sens de l’intelligence économique. C’est une démarche que les ambassades promeuvent et accompagnent.

 

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