Entreprises de BTP

Suez Consulting à Sarajevo : une histoire européenne

Mots clés : Conception - Rénovation d'ouvrage - Services urbains

Grâce à des fonds communautaires, la filiale d’ingénierie du géant français des services urbains travaille depuis 1998 et la fin de la guerre à la reconstruction de la capitale de Bosnie-Herzégovine.

Drôle de bâtiment que « Vijecnica », la mairie en bosnien, que les Sarajéviens nomment aussi  « Nacionalne biblioteke », la Bibliothèque nationale, mais qui est désormais un lieu d’exposition. Si l’extérieur intrigue avec ses façades neomauresques – concession de l’occupant austro-hongrois à la population musulmane –, l’intérieur de ce bâtiment de la fin du 19ème siècle éblouit par la hauteur exceptionnelle de l’atrium central, la beauté colorée de sa verrière, la flamboyance des peintures murales et la sveltesse des colonnettes orientalisantes. On ne pénètre pas non plus dans cet édifice, conçu par l’architecte tchèque Aleksandar Wittek, sans une certaine émotion. « Vijecnica » a été presque entièrement détruit par les bombardements serbes en août 1992, lors du siège de la ville (1992-1996). 70% des fonds de la bibliothèque disparaissent alors. La reconstruction de ce bâtiment emblématique, achevée voilà un peu plus de deux ans et qui a duré pas moins de 15 ans, revêt donc une portée toute particulière. Si Suez Consulting a réalisé depuis 1998 des centaines de missions sur fonds de l’Union européenne afin de rebâtir le pays, la supervision des travaux de rénovation de la « Vijecnica » est sûrement celle dont la filiale ingénierie du géant français des services urbains Suez est la plus fière. Hassan Ibrahimpasic, le souriant, mais taiseux directeur de Safege Bosnia, montre fièrement la plaque à l’entrée sur laquelle est inscrit « Nadzor (contrôle) : Safege », l’ancien nom de Suez Consulting.

 

 

La première entreprise française après le siège

 

« Nous avons été la première entreprise française à Sarajevo après la guerre. Nous avions gagné un contrat de trois ans avec l’Union européenne qui portait sur l’eau, l’assainissement, les transports,  la rénovation des bâtiments publics comme le Parlement… Tout était détruit », se souvient Didier Wynrocx, directeur international adjoint de Suez Consulting. Notre mission était d’identifier les projets, de les qualifier, de lancer les appels d’offres, de les suivre et de faire le « monitoring ». Au final, nous avons lancé des projets pour 500 millions d’euros. » Didier Wynrocx a supervisé le « Projet Bosnia » avec une équipe 100% locale : « Tout comme dans l’ensemble des pays des Balkans, en plus des expatriés envoyés sur place, nous avons trouvé des ingénieurs nationaux très qualifiés. C’est peut-être un peu moins vrai aujourd’hui. »

 

« Des problèmes de gouvernance »

 

Durant toutes ces années, l’ancien Safege a été très actif dans son cœur de métier, l’environnement (maîtrise d’œuvre des travaux des collecteurs d’eaux usées à Zivinice, de la réhabilitation des décharges municipales de Knezevo et Trebinje…). Il a aussi beaucoup œuvré dans les transports autoroutiers (préparation de la conception et études de la section traversant la Bosnie-Herzégovine du corridor transeuropéen Vc). « C’est une compétence moins connue de Suez Consulting, mais nous réalisons 22% de notre chiffre d’affaires dans le transport et l’aménagement urbain et même entre 40 et 50% dans la région des Balkans », rappelle Loïc Voisin, le directeur général de Suez Consulting. Si l’entreprise est toujours très présente en Bosnie-Herzégovine, avec notamment l’attribution récente de missions de supervision de la réhabilitation du toit du Palais présidentiel (715 000 €) ou de la construction des cours de justice de Doboj (715 000 €) et de Banja Luka (8,8 millions d’€), elle est aussi active dans toute la région des Balkans, qui représente 22 millions d’habitants et 120 milliards d’euros de PIB. La Bosnie-Herzégovine reste en effet un marché de taille modeste (3,8 millions d’habitants/17,8 milliards de dollars) sous perfusion des fonds des  bailleurs internationaux (UE, BERD, FMI), mais aussi des financements des pays du golfe Persique, l’Arabie saoudite notamment, attirés par le seul État majoritairement musulman d’Europe (avec l’Albanie). Reste que les projets ont du mal à sortir de terre, en raison de la corruption, mais aussi d’un manque de communication, hérité de la guerre, entre les représentants des différentes entités de ce pays désormais candidat à l’entrée dans l’Union européenne : la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine, la République serbe de Bosnie et le District de Brčko. « Il y a des problèmes de gouvernance », admet pudiquement Loic Voisin. Le problème de la Bosnie- Herzégovine est institutionnel. Notre rôle en tant que Suez Consulting est de fournir la meilleure prestation technique et de dépassionner le débat. » Et même à l’intérieur des collectivités locales, les financements ne sont pas à trouver. « Il n’y a pas de grands projets autres que celui de reconstruire la ville », admet le maire de Sarejevo, Ivo Komšić, plus désireux de faire visiter sa « Vijecnica » que de répondre aux questions des journalistes. Un coup d’œil sur les tramways à bout de souffle qui traversent la ville suffit pour comprendre qu’il y aurait quelques projets structurants à mener d’urgence.

 

 

Assistant exclusif des chemins de fer serbes

 

Pour une entreprise hexagonale qui veut venir travailler dans la région –  et qui affrontera surtout la concurrence des Allemands et des Autrichiens –, il est donc tentant de raisonner sur l’ensemble des Balkans afin d’avoir une taille critique de marché. « D’autant que beaucoup de projets financés par l’Union européenne sont transrégionaux », souligne l’ambassadrice de France en Bosnie-Herzégovine, Claire Bodonyi. Suez consulting est présent sur l’ensemble de la zone, par exemple sur le corridor 10 qui traverse la Serbie, sur une étude de faisabilité de l’assainissement de plusieurs régions en Macédoine, en tant qu’assistant exclusif des chemins de fer nationaux en Serbie … Mais il faut se montrer diplomate, les tensions restant très vives entre les différentes communautés. « À court terme, il faut raisonner pays par pays, mais à plus long terme, pour l’ensemble de la région des Balkans, estime Loïc Voisin. Il faut être prudent dans les relations entre les pays, mais aussi  l’intérieur d’un même État en s’appuyant sur des équipes locales. Une entreprise qui arrive sans rien comprendre à la complexité des Balkans va à coup sûr échouer ». Le dirigeant en tout cas, s’enorgueillit du rôle joué depuis plus de 15 ans par Suez dans la région : « Nous avons travaillé sur la question de la gestion des bassins versants dans les Balkans, ce qui a permis de régler le problème de l’eau entre ces pays. On touche là du doigt l’intérêt de l’Union européenne qui est de garantir la paix sur le continent ».      

 

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