Paysage

Sud-Ouest : trois villes fleuries apprivoisent l’eau

Comme chaque été, les 21 groupes qui composent le jury national des villes et villages fleuris de France sillonnent l’élite des communes, candidates à la quatrième fleur ou en compétition pour s’y maintenir. L’intensité de la mobilisation des techniciens et des élus, du 22 au 24 juillet était visible à La Rochelle, Périgueux et Poitiers. La réconciliation de l’eau et de la ville fait partie des thèmes communs.

Quoi de mieux qu’un vélo pour sentir l’espace urbain ? Forte de 30 000 habitants, Périgueux s’y prête d’autant mieux qu’une véloroute contourne son centre historique, le long du canal de l’Isle, et offre au regard des visions contrastées : vers l’intérieur, la cathédrale Saint-Front, inscrite au patrimoine mondial ; vers l’extérieur, le jardin des vagabondes, friche en voie de recolonisation végétale, suivie par le service des espaces verts avec le concours du lycée agricole.

L’ancienne voie navigable de l’époque des gabarres va connaître une nouvelle jeunesse urbaine : « Comment retrouver la ville à travers la rivière et le canal ? J’ai demandé à un groupe de travail pluridisciplinaire d’orienter nos réflexions sur ce sujet. Nous en attendons le rendu en septembre », annonce Antoine Audi, maire de la capitale du Périgord.

 

Passerelle douce à Poitiers

 

L’apprivoisement urbain des rivières porte également le mandat d’Alain Clayes, maire de Poitiers (92 000 habitants), ville irriguée par la Boivre et le Clain. Dans le prolongement de la passerelle conçue par l’Agence Lancereau/Meyniel pour relier le quartier des Couronneries au centre-ville, le nouveau jardin public du Bois l’Abbesse prend forme sur 9000 m2, devant la future Cité judiciaire.

Toujours au bord du Clain et sur le thème du décloisonnement par liaisons douces, l’agence de paysage In Situ a remporté en juillet, parmi 47 concurrents, la maîtrise d’œuvre de l’îlot Tison, avec l’architecte Dietmar Feichtinger. Une passerelle flottante en bois et inox franchira la rivière en 2018, à l’issue du réaménagement d’un espace boisé d’1,3 ha en cours d’acquisition par la collectivité, et riche des souvenirs attachés à l’ancienne scierie, au lieu de baignade ou aux étendoirs à linge. « L’écriture du programme a associé les services chargés de l’urbanisme, de l’espace public, de l’immobilier, des transports et des eaux », témoigne Charlotte Sauvion, chargée du pôle projets au service des espaces verts et co-pilote de ce programme aux côtés de Pascal Tranchant, ingénieur en ouvrages d’art. La transversalité interservices fait partie des clés méthodologiques revendiquées par Alain Clayes, dans la conduite des projets du mandat.

 

Dompter la mer à La Rochelle

 

Pour les 80 000 habitants de La Rochelle, la relation à l’eau concerne d’abord les fureurs de la mer, encore fraîches dans la mémoire locale : lors de la tempête Xynthia en 2010, l’océan a submergé plusieurs quartiers. Comment entretenir la vigilance ? Dans le cadre du plan d’action et de prévention contre les inondations (Papi), la consultation des habitants a abouti à marquer les arbres d’un trait bleu au niveau atteint par les flots.

Mais la relation entre la mer et la ville ne s’arrête pas à cet épisode conflictuel : dès 1995, La Rochelle a mis fin au projet d’urbanisation du marais de Tasdon, avec la création d’une réserve naturelle volontaire de 18 hectares. A l’aide de jumelles et à travers les fenêtres grillagées de l’observatoire ornithologique installé au cœur du site – et accessible uniquement sur rendez-vous – le jury des villes et villages fleuris a pu vérifier la présence des avocettes, identifiables par les courbures de leur bec. Bientôt, une liaison douce traversera le marais et desservira un collège. Comment concilier la protection du milieu et la pression urbaine ? Hélène Rouquet, chef du service Nature et paysage créé en février dernier, attend pour le 15 septembre les offres en vue d’une étude qui répondra à cette question sur un périmètre de 68 hectares.

 

Gourmandise à Périgueux

 

En aval des projets, la solidité du lien entre écologie et fleurissement reposera sur l’entretien. Sur ce sujet, Périgueux se place dans une position de recherche et d’expérimentation, en partenariat avec Jean-François Lyphout, fondateur de l’association Fortiech, productrice de purins biologiques. Egalement engagée dans l’entretien sans produits phytosanitaires, La Rochelle entraîne les promoteurs dans son sillage : une opération de 600 logements, conduite par la SAS Mangin autour du futur commissariat, sert de test pour l’établissement d’un cahier de prescriptions appelé à se reproduire sur l’ensemble des opérations d’aménagement. Fort de sept parcs gérés dans le cadre d’une contractualisation avec la ligue pour la protection des oiseaux, Poitiers a déjà franchi ce cap : le cahier des charges écologiques des opérations d’aménagement figure en annexe du Plan local d’urbanisme. Pour maîtriser les coûts de l’entretien écologique des allées tout en luttant contre les troubles musculo-squelettiques de ses agents, la ville a développé un rabot tracté, tandis qu’un un robot sur chenille traite les terrains en pente.

L’art horticole survivra-t-il aux techniques environnementales ? Périgueux répond par le renouvellement créatif : sur un thème imposé qui change tous les trois ans, Laurent Briquet, directeur des espaces verts, invite ses équipes à imaginer des solutions déclinées dans les massifs de la ville. La gourmandise, en cours de fleurissement avec une dominante jaune orange, ponctue les parterres autant que les bonnes tables de la ville.

 

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