Construction Numérique

Strains fait la révolution structurelle

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La start-up s’est donné la mission de dépoussiérer le calcul de structure. Elle lancera cet été sa suite logicielle innovante.

Les vingt ans passés chez l’ingénieriste Setec TPI auront permis à Xavier Cespedes de calculer des structures d’ouvrages d’art parmi les plus complexes au monde. Dernier en date et pas des moindres, le pont sur le Bosphore, et son tablier extra-large à la fois suspendu et haubané, au contre-calcul duquel il a participé. Passé maître des « moutons à cinq, voire six pattes », Xavier Cespedes quitte Setec à l’été 2014, en compagnie des six collaborateurs de son équipe – tous concepteurs de haut vol issus des Ponts, de Polytechnique et de Centrale – pour créer leur start-up, Strains. Les sept aventuriers ont une conviction commune : le monde du calcul de structures a atteint un point de basculement historique. Car les logiciels existants, aussi sophistiqués soient-ils, ont peu évolué sur le fond, et ne permettent pas de calculer le comportement des structures complexes à la rupture. « Les ingénieurs sont donc toujours obligés d’achever leur calcul à la main ! », constate Xavier Cespedes. Une méthode anachronique, qui ne « peut plus passer auprès des jeunes ingénieurs ». Autre point d’achoppement : l’émergence du BIM bouscule le secteur des logiciels, et l’adaptation est souvent difficile.

Pour combler ce manque, Strains s’est donné pour mission de créer une suite logicielle de calcul de structure élégante, moderne et « full-BIM », baptisée « Digital Structure ». Ses clients potentiels se trouvent évidemment du côté des bureaux d’études privés, mais aussi publics – divisions ingénierie des grands donneurs d’ordre (EDF, SNCF Réseau…).
Hébergés au sein de l’incubateur Télécom Paris Tech, Xavier Cespedes et ses associés ont effectué une première levée de fonds de 300 000 euros en décembre 2015, auprès de l’investisseur IT Translation. Une somme qu’ils ont plus que doublé en gagnant le concours d’innovation numérique organisé par la Banque publique d’investissement (BPI) en 2015.

Cette manne n’était pas de trop, car « la maturation d’un logiciel est longue », explique Xavier Cespedes, qui s’est entouré, pour le développer, de trois thésards, accueillis en collaboration avec le laboratoire Navier de l’Ecole des ponts. Le premier module, qui permet de calculer à la rupture les éléments de charpente métallique, devrait être commercialisé cet été. Suivront un module « béton armé » et un module transversal. En attendant, Strains, dont la solution semble susciter l’intérêt d’acteurs de poids comme Systra, Vinci Construction Grands Projets ou Egis, vient de décrocher son premier partenariat d’envergure, avec Bouygues Construction. La major va expérimenter le logiciel de Strains sur sa future tour Alto, à La Défense. « Nous devrons prouver que notre solution permet d’optimiser la conception du ferraillage de la tour », relève Xavier Cespedes, confiant pour ce baptême du feu. Car, comment la quantité phénoménale de matière grise injectée dans son logiciel pourrait-elle se traduire autrement que par des gains de matière brute ? !

 

Chaque semaine, « Le Moniteur » vous propose de découvrir une start-up spécialisée dans les métiers de la construction.

Focus

300 000 euros levés auprès de l’investisseur IT Translation en décembre 2015.
10 collaborateurs travaillent actuellement chez Strains.

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L’avis de l’expert

Prometteuse. « Le marché des logiciels de calcul structurel est dominé par des développeurs européens et américains. Le fait qu’une start-up française décide de se lancer dans la création d’un logiciel de nouvelle génération est une très bonne nouvelle. D’autant que la qualité des collaborateurs de Strains est d’un niveau qui me permet d’attendre qu’ils apportent des innovations par rapport aux solutions existantes. C’est pourquoi il faut leur faire confiance et les aider. Le renouveau du calcul structurel est, avec le BIM et l’imprimante 3D, l’une des facettes numériques qui vont permettre de faire entrer le génie civil dans une nouvelle ère. »

Jean-Marc Tanis, président de l’Union des associations françaises de génie civil

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