Energie

Stockage d’électricité : le CESE livre ses préconisations

Alors que le projet de loi sur la transition énergétique continue son parcours parlementaire, le Conseil économique social et environnemental (CESE) a validé le 9 juin un avis consacré au stockage de l’énergie électrique. Une occasion de rappeler aux législateurs l’importance de ce secteur.

Compagnon de route des énergies renouvelables (EnR) et à la mobilité durable, le stockage de l’électricité demeure un secteur à bâtir. Le Conseil économique social et environnemental (CESE) a adopté un avis intitulé « Le Stockage de l’énergie électrique : une dimension incontournable de la transition énergétique », le 9 juin dernier. Ce texte compile une série de recommandations pour le développement de ces technologies. Il sera transmis aux parlementaires et au gouvernement. Parmi la multitude de procédés possibles, le CESE estime que trois filières doivent être développées en France : les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), les batteries et l’hydrogène.

Seule technologie de stockage mature, les STEP reposent sur l’action de la gravité. Deux bassins, d’une hauteur différente, sont reliés par des canalisations. En phase de stockage, le surplus d’électricité alimente des pompes. Elles acheminent de l’eau depuis le réservoir inférieur jusqu’au réservoir supérieur. Quand le besoin se fait sentir, l’eau est libérée et redescend. Elle actionne alors une turbine. Ces infrastructures représentent aujourd’hui 99 % des capacités de stockages dans le monde. Dans l’Hexagone, elles représentent une capacité de 4,3 GW.

 

Soutenir l’amélioration des STEP

 

Cependant, l’extension de ce système se heurte à des contraintes géographiques. La majorité des sites montagneux français susceptibles d’accueillir ces infrastructures sont déjà exploités. La création de STEP marines est encore au stade de la recherche. L’augmentation des capacités s’appuierait donc sur l’amélioration des installations existantes, et sur la conversion de certains barrages hydroélectriques en station. Les deux pistes requièrent des investissements importants.

« Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte prévoit deux mesures pour encourager les opérateurs. D’une part, leur délégation pourrait être étendue en cas de travaux. D’autre part, les tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe) affectés à la consommation d’énergie seraient diminués si cette consommation est destinée au stockage », note Alain Obadia, membre du CESE et rapporteur de l’avis.

 

Les accumulateurs à moitié chargés

 

De son côté, le secteur des batteries de stockage stationnaire n’a pas encore trouvé un modèle commercial viable. Les usages de ces équipements sont encore mal définis, et les coûts demeurent élevés. Le développement des transports électriques apportera peut-être les économies d’échelle qui manquent encore. « Cette technologie n’est pas encore rentable. Toutefois, nous devons anticiper l’évolution de marché. Aujourd’hui, l’Asie est le principal exportateur. L’Europe doit structurer une filière forte dans la fabrication de batterie », analyse Alain Obadia.

Au fossé industriel s’additionnent plusieurs obstacles réglementaires. Aucun texte français ou européen ne définit spécifiquement la position des pouvoirs publics vis-à-vis du stockage d’électricité. « Notre avis pointe un vide juridique, notamment pour l’installation de batterie dans un logement. Il serait nécessaire d’élaborer un cadre adapté », déplore le rapporteur. « Par ailleurs, la croissance de ces activités est fortement liée à l’instauration d’une tarification pour les émissions de gaz à effet de serre », ajoute Jean-Louis Schilansky, président de la section des activités économiques du CESE, et président du Centre hydrocarbures non conventionnels (CHNC). Dans ce contexte, les territoires d’outre-mer, où les prix de l’électricité sont bien plus élevés, apparaissent comme un terrain d’expérimentation idéal avant un éventuel déploiement en Métropole.

En outre, les composants chimiques de ces dispositifs préoccupent le Conseil. Il préconise une concertation autour du recyclage du lithium. La reconversion de batteries usagées de véhicules en accumulateurs stationnaires est également une voie à explorer.

 

L’hydrogène, le futur du réseau de gaz

 

Enfin, l’avis souligne l’importance des démonstrateurs de production de gaz à partir d’EnR, une méthode baptisée power to gas par les Anglo-saxons. En général, le surplus d’énergie électrique alimente un électrolyseur qui décompose l’eau en dioxygène et en dihydrogène (H2). Ce dernier est ensuite injecté dans le réseau de gaz naturel et consommé. Il peut également réagir avec du dioxyde de carbone pour former du méthane. Pour le moment, la technique est encore au stade de la recherche et développement. L’emploi de platine, un métal rare et couteux, comme catalyseur de l’électrolyse freine ses progrès.

Par ailleurs, les constructeurs de véhicule commencent à lorgner vers ce combustible. Au Japon, Toyota a lancé en décembre dernier la première voiture à hydrogène destinée au grand public. « Dans le domaine de la mobilité, la France doit rester proche, dans le cas où une rupture technologique se produirait. Des tests avec de larges flottes sont essentiels, indique Alain Obadia. La réglementation en vigueur ne facilite pas ces initiatives. L’installation d’une simple pompe à hydrogène nécessite les mêmes démarches que la construction d’un site Seveso. » Le stockage de l’énergie électrique n’a donc pas fini d’animer le débat public.

 

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