Paysage

Stéphane Le Foll lance le premier plan national pour l’agroforesterie

Mots clés :

Gouvernement et fonction publique

Avec son « plan de développement de l’agroforesterie » dévoilé le 17 décembre, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, espère jeter les bases d’un nouveau modèle de développement rural : en plus de leur qualité paysagère, les arbres enrichissent les sols agricoles, améliorent leur rendement et retiennent l’azote qui pollue les rivières.

« La clé de la réussite résidera dans des démonstrations simples de l’intérêt des agriculteurs à développer des systèmes agroforestiers ». En ouverture des Secondes journées nationales de l’agroforesterie, réunies le 17 décembre à l’école AgroParisTech, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll n’a pas eu de mal à convaincre de la sincérité de son engagement : « Dans le village de 250 habitants où j’ai commencé ma vie d’élu, je mesure les résultats paysagers des plantations d’arbres que nous avons réalisées voici 20 ou 30 ans dans des parcelles agricoles ».

 

Effort colossal

Mais le ministre a également pris la mesure des effets « catastrophiques » des contre-références issues des plantations de haies subventionnées à partir des années 70, puis abandonnées, faute d’adhésion des agriculteurs, sans enrayer le processus de déclin : la France a perdu 6% de ses haies bocagères entre 2006 et 2014. Qualifié de « colossal », l’effort que Stéphane Le Foll appelle de ses vœux, pour que l’agroforesterie s’inscrive dans un « nouveau paradigme », se décline dans les cinq axes du plan national dévoilé le 17 décembre aux militants associatifs, aux collectivités, aux enseignants et aux représentants du monde agricole (voir focus).

 

En ordre de bataille

 

Le ministre, qui conditionne les aides financières de l’Etat à l’émergence de projets agroforestiers, se félicite de l’engouement du monde agricole pour les groupements d’intérêt économique et environnementaux créés par sa loi d’orientation de 2014 pour développer l’agroécologie : les 147 projets validés et les 187 en cours d’évaluation couvrent plus de 250 000 hectares. L’accélération, dans le domaine agroforestier, passe par la fusion entre les deux associations nationales : l’Association française d’agroforesterie (Afaf) et l’Association française arbres champêtres et agroforesteries (Afac). « La rédaction des statuts est bien engagée et nous avons déjà trouvé le nom : Agroforesterie Arbre Agriculture,Territoire », annonce Odile Marcel, présidente de cette dernière.

 

Démonstration scientifique

 

Les secondes journées nationales ont donné la mesure des premiers résultats scientifiques engrangés par l’Institut national de recherche agronomique (Inra) : « Plus profondément enraciné que son cousin forestier, l’arbre agroforestier stocke plus de carbone que nous ne l’avions imaginé jusqu’ici », se réjouit le chercheur Christian Dupraz. Trois ans de recherche ont abouti à ce résultat formalisé cet automne dans la thèse soutenue par Rémi Cardinaël. Le ministère de l’Agriculture y trouve un argument supplémentaire pour son programme 4 pour 1000 : il suffirait que les sols augmentent dans cette proportion leur teneur en carbone pour assainir l’atmosphère terrestre. Les arbres dans les champs contribuent par ailleurs à restaurer la biodiversité et à renforcer les capacités de résistance des plantations aux parasites.

 

Pionniers isolés

 

Tout en renforçant la démonstration, les retours d’expérience du terrain mettent en lumière l’isolement des pionniers : « Personne ne nous aide, sur le choix des variétés », signale Christian Abadie, agriculteur dans le Gers, après avoir planté en 2013 quatre hectares d’arbres taillés en têtards pour produire des plaquettes.  A Guînes (Pas-de-Calais) où le parc naturel régional des caps et marais d’Opale a réuni 80% d’aides pour les 37 540 euros qu’il a investis dans 50 hectares de plantations agroforestières, Marc Lefebvre regrette l’absence d’indicateurs des résultats de sa démarche écologique : « Comment vendre mon concept à mes voisins ? 98% des agriculteurs sont encore réfractaires à ces nouvelles pratiques… »

Les initiatives des établissements de formation suffiront-elles à structurer le réseau d’experts annoncé par le ministre ? « Tant qu’il n’y a pas de métier identifié, nous ne pouvons pas créer de référentiel », prévient Emilie Cavaillès, chargée des aides agroenvironnementales dans les zones défavorisées au ministère de l’Agriculture.

 

Freins économiques

 

La démonstration économique, qui repose sur la vente de bois d’œuvre, de plaquettes pour chaudières ou de fruits, se heurte à des freins : « Avant de considérer l’intérêt de la circulation de l’argent dans le territoire, les collectivités regardent le cours du fuel et du gaz. Si elles décident de s’équiper d’une chaudière à plaquettes, elles choisiront des bois d’opportunité plutôt qu’une ressource locale et durable », regrette Gaëtan Le Seyec, co-gérant de la Scic Argoat Bois Energie, créée en juin 2013 dans le pays de Pontivy (Morbihan) pour la valorisation énergétique des haies bocagères.

En Ille-et-Vilaine, le projet de valorisation du bois d’œuvre issu du bocage, porté par la chambre d’agriculture, n’a pas encore fait ses preuves : un collectif prévoit de se structurer en association pour mettre en relation acheteurs et vendeurs et mettre sur le marché des abribus, des bancs, des charpentes agricoles ou des escaliers.

 

Obstacles administratifs

 

La traduction locale des politiques agroforestières se heurte aussi à la complexité administrative des dossiers : les agriculteurs de Poitou-Charentes n’ont consommé que 65 000 euros, sur les 100 000 affectés en 2009 par le conseil régional à la mesure 222 du plan de développement rural hexagonal, dédié aux systèmes agroforestiers. Pour la période 2014 – 2020 de la politique agricole commune, seules 10 régions métropolitaines ont choisi de mobiliser la mesure 8.2, qui priorise l’agroforesterie intra-parcellaire, compte tenu des aides déjà existantes pour les haies. Alors que cette politique s’applique à des parcelles qui comprennent 30 à 250 arbres par hectares, d’autres réglementations européennes interdisent le paiement direct de subventions aux exploitants de parcelles qui comprennent plus de 100 arbres par hectare…

 

Enjeux sociétaux

 

La foi des militants de l’agroforesterie suffira-t-elle pour déplacer les montagnes administratives ? « Le cadre juridique et financier peut s’améliorer, et les nouvelles régions joueront un rôle majeur », répond Julien Turenne, chef de service à la direction générale de la performance économique et environnementale au ministère de l’Agriculture. A compter du 1er semestre 2016, un comité de pilotage suivra et évaluera le plan. Au-delà de leurs arguments écologique et économique, les promoteurs de l’agroforesterie identifient des enjeux majeurs pour la société française : la réconciliation des villes et des campagnes, dans une économie circulaire qui replace l’agriculture au centre du jeu, avec l’appui des professionnels du paysage.

 

Clés paysagères

 

L’association de ces derniers passe par deux démarches évoquées à la seconde journée nationale de l’agroforesterie : la mise en œuvre des schémas régionaux de cohérence écologique et l’émergence du label « végétal local ». Les paysagistes peuvent aussi expliciter les perspectives ouvertes par la symbiose entre arbres et agriculture, comme en témoigne le travail commandé pour le début 2016 par l’agence de l’eau Seine-Normandie : à partir des scénarii élaborés par les agronomes d’Alterres 2050, l’agence Initial représente les paysages agricoles durables du Thiérache, de la Beauce et de la métropole parisienne de la fin du XXIème siècle.

Focus

Les cinq axes du plan

Issues du rapport remis en mars dernier par le conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER), les 23 mesures du plan de développement de l’agroforesterie se déclinent dans cinq axes, après concertation avec les parties prenantes : mieux connaître les systèmes agroforestiers ; adapter le cadre juridique ; créer un réseau de conseil et de formation ; valoriser les produits agroforestiers et porter le savoir-faire scientifique et technique de la France à l’international. « Grâce à la bonne écoute du ministère, nous avons pu introduire la notion de végétaux  locaux et l’introduction de l’axe 4 sur la valorisation économique », se félicite Baptiste Sanson, qui a représenté l’association française arbres champêtres et agroforesteries.

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    Une mauvaise bonne idée ?

    Ces espaces arborés ouverts créeront de nouvelles situations d’opportunité pour le développement des ongulés (cerfs, chevreuils, sangliers, mais aussi bouquins et chamois), déjà très élevé sur tout le territoire national, et donc de nouveaux antagonismes avec agriculteurs dans ces nouvelles zones d’agroforesterie et forestiers des zones voisines, alors que, pour des motifs autant culturels que démographiques, diminue le nombre de chasseurs. Comment gérer ce nouveau souci et qui s’en chargera ?
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