Paysage

Sports de plein air, nature et ville : Marseille éclaire le débat

Mots clés : Architecture - Démarche environnementale - Gouvernement - Sport

Les sportifs de plein air découvrent les professionnels du paysage. Les dernières « journées des paysages » du ministère de l’Ecologie ont orchestré leur dialogue, les 18 et 19 septembre à Marseille, en partenariat avec le Parc national des Calanques et les écoles du paysage et de l’architecture, sur le thème suivant : « La place des activités, manifestations ou infrastructures sportives dans les paysages ».

Les éboulis des Calanques illustrent la tension entre la pratique de l’escalade et la préservation des écosystèmes : « Ces héritages des glaciations sont devenus inactifs depuis des millénaires, avec la fin des épisodes de gel-dégel, mais ils abritent toujours une flore protégée, voire endémique, qui ne peut se reconstituer après le bouleversement des pierres provoqué par un groupe », explique Alain Vincent, chargé des interfaces ville nature au parc national des Calanques. Depuis le belvédère du cap Sugiton, ce passionné d’escalade pointe les taches marrons qui, de l’autre côté de la calanque de Morgiou, trahissent les dommages irrémédiables causés par les sportifs qui sortent des itinéraires réservés à leur pratique.

 

Quadrature du cercle

 

Au-delà de l’émotion provoquée par la vision saisissante de la chaîne côtière qui s’étend de Marseille à La Ciotat, la pause du 18 septembre au Cap Sugiton a plongé les participants aux dernières journées paysage du ministère de l’Ecologie dans le vif du sujet : le seul parc national français situé au cœur d’une métropole se débat, depuis sa création en 2012, pour concilier l’inconciliable. D’un côté, 200 événements annuels rythment des pratiques sportives qui motivent en grande partie les 2,5 millions de visiteurs recensés en 2016.

Ces pratiques font partie intégrante de l’esprit du lieu : Gaston Rebuffat y a ouvert les voies des escaladeurs, et le commandant Cousteau a inventé ici la plongée sous-marine individuelle. Mais avant même la préservation de la culture des hommes, le plus jeune parc national de France doit d’abord se concentrer sur sa mission première de préservation du patrimoine naturel.

 

Deux bons plans

 

Pour résoudre la quadrature du cercle, le groupement d’intérêt public parie sur le paysage. En 2014 et en 2017, ses deux succès aux appels à projets de plans de paysage du ministère de la Transition écologique ont attesté du soutien de l’Etat à cette stratégie, même si personne n’y voit de remède miracle : « L’agence Coloco a réalisé le plan de paysage le plus abouti possible, dans le contexte de la métropole naissante, de la diversité des acteurs et des propriétaires, où se retrouvent les villes, le département, l’ONF, l’armée, le conservatoire du Littoral », commente Luc Talassinos, chargé de mission Paysage à la direction régionale de l’écologie, de l’aménagement et du logement de Provence Alpes Côte d’Azur.

Après ce premier plan finalisé en 2016, support des schémas en gestation pour les diverses pratiques sportives, le parc passe à un exercice totalement inédit : les fonds sous-marins feront l’objet du second plan, dont le parc rédige actuellement le cahier des charges. La problématique ne diffère guère : « Utilisées pour remplacer l’ancrage des bateaux qui abîme les fonds, les bouées artificialisent la surface, et les plongeurs rechignent à accepter les bouées de sub-surface», soupire Luc Talassinos. Mais au moment de démarrer le processus de planification, le chargé de mission ne désespère pas d’aller plus loin que sur la surface terrestre, dans la définition détaillée de l’application.

 

Surfréquentation 

 

Quel parti tirer de la voie de compromis paysager esquissée par Marseille, entre sport et nature ? Des Gorges du Verdon au Cap Fréhel, la question de la surfréquentation hante les gestionnaires des grands sites de France, sans pour autant qu’ils n’acceptent de la trancher par la loi abrupte des seuils : « Sous la pression de ceux qui nous le demandent, nous y réfléchissons depuis trois ans, mais donner des chiffres refléterait mal la volonté de préserver une ambiance et un esprit », se défend Jean Carmille, animateur du Grand site des gorges du Verdon.

 

Gestionnaire désarmé, sportif frustré

 

La voie du compromis paysager passe souvent par des détours : « Pour désengorger la côte d’Opale, nous proposons des plans B aux touristes qui peuvent alors découvrir d’autres sites remarquables des environs », plaide Melissa Desbois, chargée de mission Sports et Nature pour le compte des trois parcs naturels régionaux de l’ancienne région Nord-Pas-de-Calais. A la Montagne Sainte-Victoire où déferlent cette année les touristes japonais attirés par une exposition Cézanne dans leur pays, un schéma de randonnées de contournement et de balcons vise à appréhender le site à travers des points de vue qui préserveront son intégrité.

Mais l’élargissement du territoire ne suffit pas toujours à répondre à la question de Cyrille Naudy, directeur du site et directeur adjoint de la métropole d’Aix-Marseille: « Organiser des courses, on sait faire. Réguler les randonnées et les escalades aussi. Mais comment gérer l’image mondiale transmise à l’occasion d’une étape du tour de France ? » Au moins le séminaire marseillais aura-t-il permis au gestionnaire désarmé de mieux comprendre le sportif frustré : « Nous servons souvent de variable d’ajustement, quand nous essuyons des refus après avoir joué le jeu des demandes d’autorisation, sur des sites autorisés aux clubs du troisième âge », soupire Pascal Bahuaud, porte-parole de fédération française de triathlon et organisateur du « raid in France ».

 

Changer les perceptions

 

Pour sortir par le haut de ce débat émergeant, Antoine Le Bellec, chargé de mission au pôle de ressources national des Sports de nature, appelle à un approfondissement des définitions et des méthodes : « Jusqu’ici, les échanges entre les sportifs de plein air et le ministère de la Transition écologique se sont focalisées sur l’environnement, et pas du tout sur le paysage. Du coup, je m’interroge : c’est quoi, concrètement, le paysage ? »

Le morceau de phrase de la convention européenne est alors venu à la rescousse des professionnels : « Tel que perçu par les populations »… L’art du paysagiste, face à l’engouement des urbains pour les sports de plein air, consisterait à réussir le mariage entre la perception des visiteurs extérieurs et celle des populations locales. Parmi les interventions paysagères qui ont montré cette voie, la chargée de mission sport et nature de la Drôme, Marie-Pierre Bufflier, cite un exemple frappant : «Depuis que nous avons signalé les sites d’escalade, les grimpeurs se sentent accueillis, et les habitants regardent avec plus de fierté le paysage de leur quotidien ».

 

JO: le 9 – 3 montre l’exemple

 

Les jeux olympiques de 2024 offriront-ils une occasion de réussir une telle métamorphose des paysages tels que perçus par les populations riveraines ? La Seine-Saint-Denis se tient prête à relever ce défi. Outil de convergence entre sport et urbanisme, le Schéma de cohérence des équipements sportifs (Scotes) ouvre des voies nouvelles, magistralement présentées par Adrien Theis et Martin Citarella, représentants respectifs du  département et du comité départemental olympique et sportif : sur un même site qualifié de « pôle inclusif », les équipements classiques cohabitent avec des aires ouvertes aux inorganisés. Les franges des grands parcs du département s’enrichissent d’aires ouvertes. Les JO accéléreront ce processus grâce à l’extension du parc Georges Valbon, le plus grand du département.

Au bout de leur démonstration, revient l’utopie énoncée par le grand témoin de la journée, Jérôme Mazas, professeur à l’école de paysage de Marseille : celle de la ville, conçue comme un terrain de sport. Quatre de ses étudiantes ont ouvert la voie dans un travail intitulé « sport, outil d’urbanité », dont une version en ligne offre une vision entraînante : elles transforment la gare Saint-Charles en piste de danse.

 

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