Profession

«Sortir les architectes de leur malaise face à l’Ordre», par Cristina Conrad, André Jollivet, Martine Pattou et Dominique Tessier, architectes

Mots clés : Architecte

Les élections au Conseil national de l’ordre des architectes (Cnoa) se dérouleront du 1er au 21 novembre. Cet Ordre reste pourtant mal connu et globalement perçu comme très éloigné des préoccupations des architectes…

Des élections au Conseil national de l’ordre des architectes (Cnoa) vont se dérouler du 1er au 21 novembre 2013. Lorsque l’on questionne les architectes sur l’Ordre national, la majorité ne comprend pas à quoi il sert et se sent loin de celui-ci. La représentation professionnelle nationale n’est pas perçue comme le relais de leurs préoccupations, auprès de l’État et de la maîtrise d’ouvrage, surtout en période de crise… Ce qui est attendu de l’institution, c’est une vision d’avenir, une ligne stratégique, une méthode et une organisation structurelle qui soient efficaces pour défendre la qualité architecturale et les conditions de sa conception.

 

Consensus mou

 

Une profession réglementée confère un cadre, une protection et une position éthique. La reconnaissance du titre est un atout majeur pour défendre l’architecture dans une société libérale. Cet avantage est un levier dont ont su se saisir – car l’« union fait la force », certains Ordres : médecins, pharmaciens, notaires, avocats ou géomètres qui savent mieux se faire entendre. Les thèmes décisifs et d’actualité pour l’architecture et la profession ne manquent pourtant pas : tutelle ministérielle, barèmes de rémunération, procédures PPP ou conception réalisation, accessibilité PMR, seuil du permis de construire, plans locaux d’urbanisme intercommunal (PLUI), enseignement, etc. Force est de constater que la position de l’Ordre sur tous ces sujets est restée atone depuis des années. Les architectes ne se sentent pas entendus et la liste « Défense profession architecte » (DPA) n’est que le reflet de cette frustration grandissante. A force de vouloir ménager la chèvre et le chou, l’Ordre entretient un consensus mou, il ne tranche jamais alors qu’il vaudrait mieux engager des débats et changer de cap s’il le faut, tout en expliquant les raisons. La parole du Cnoa reste absente ou inaudible.

 

Vase clos

 

A dire vrai, le Cnoa souffre d’une pathologie structurelle issue de son mode électif qui le rend inapte à sa destination. L’accession au statut de « conseiller national » est un véritable parcours du combattant. Il faut avoir été élu en région durant au moins trois ans, puis être adoubé par les 389 grands électeurs composés par moitié d’élus régionaux qui poursuivent leur mandat et par une autre moitié de nouveaux élus (une semaine avant l’ouverture du scrutin national). La première moitié ne connaît pour ainsi dire que ses pairs locaux et la seconde moitié ne connaît encore personne dans l’institution. Le vote se fait donc par affinité ou par ouï-dire. Les voix des grands électeurs sont si difficiles à obtenir, que l’on évite de s’y risquer sans un parrainage préalable. C’est ainsi que depuis des décennies, les réseaux d’amitié ou d’intérêt cooptent les places, puis préparent la place de leurs successeurs, qui eux-mêmes préparent le retour de leur prédécesseurs.

 

Heureux élus

 

Le législateur a, par ordonnance  promulguée en 2005 une disposition interdisant aux élus régionaux et nationaux de se représenter à des mandats consécutifs au terme de six ans. La loi Warsmann a malheureusement réintroduit en 2011 la possibilité de faire jusqu’à 24 ans de mandat (12 en région + 12 au national)  barrant ainsi l’accès aux responsabilités des nouvelles générations. Ce mode de scrutin interne alambiqué encourage les élus régionaux et nationaux à se préoccuper davantage de la recherche d’affinités et de bonne entente interne plutôt qu’à satisfaire les besoins des architectes. Les heureux élus peuvent ainsi se contenter pendant trois ans de gérer l’institution et de la reconduction de leur mandat dans le silence d’une majorité consentante. Il mine l’initiative et l’action pour la défense de la qualité architecturale et la mobilisation de toutes les intelligences disponibles.

 

«Wait and See»

 

C’est un rituel, le Cnoa attend qu’on lui communique les projets de lois pour en faire l’analyse : c’est «Wait and See». Or, pour agir efficacement, il faut devancer les textes de loi et être une force de proposition. Lorsque la loi est prête à être votée, il est trop tard. Le scénario de révision du seuil de recours aux architectes via la modification de la surface Shon en surface de plancher et la prorogation de la dérogation permettant aux bailleurs sociaux de recourir aux procédures de conception-construction en ont été la dernière démonstration vivante. Dans ces cas, comme sur l’anonymat des concours, les règles d’accessibilité, la réforme du permis de construire, la suppression des « marchés de définition », etc. Les architectes ont, à juste titre, le sentiment de s’être fait avoir et de ne pas avoir vu l’Ordre anticiper et intervenir.

 

Ligne stratégique

 

Si l’on veut être présent et écouté sur la scène publique et politique, il faut construire sa place dans une sphère multi-professionnelle et internationale. La méthode la plus efficace est de créer, partout où cela est possible, des alliances d’intérêt commun avec des partenaires de la construction en travaillant en amont sur tous les obstacles récurrents à la qualité architecturale. Par exemple, avec l’Union sociale de l’habitat (USH) et la maîtrise d’ouvrage privée pour les règles d’accessibilité. Avec la Capeb et les PME de la construction pour les PPP, les écoles d’architecture pour l’enseignement et la diffusion de la culture architecturale ; la Fédération française du bâtiment (FFB) et Syntec pour la maîtrise des coûts ; les élus péri-urbains et ruraux sur le thème de l’étalement urbain, les élus écologistes sur la transition écologique, les économies d’énergie et le développement durable, les Ordres européens pour les rémunérations et la reconnaissance universelle de l’intérêt public de la création architecturale, etc. Cela permettrait d’occuper tous les terrains en même temps et de faire reconnaître la profession positivement par nos partenaires.

 

Organisation du travail

 

Les conférences de région qui réunissent 50 à 60 personnes de tout l’Hexagone démontrent, année après année, leur inefficacité. Ces grands rassemblements font tribune interne mais n’engendrent que très rarement des actions lisibles. Or les architectes, avec leurs moyens propres, ont montré dans plusieurs régions leur capacité collective à réaliser aussi bien des manifestations de grande ampleur et un travail de terrain minutieux en persévérant envers les autorités, les élus, les consœurs, confrères et le public.  L’organisation nationale doit, à l’instar de ceux-là, se donner enfin les moyens de l’efficacité. Outre la modification du mode électif, il faut définir une représentation nationale fidèle du territoire mais aussi aux divers modes d’exercice de la profession, il faut revoir l’organisation du travail des conseillers dans l’objectif  de constituer un « nous collectif » qui au-delà des conseillers, réunisse l’ensemble des architectes. Pour cela, il faudrait rebattre les cartes financières, définir les priorités d’actions et mettre en œuvre une véritable décentralisation, en renforçant les structures inter régionales. Outre ses attributions régaliennes, le Conseil national aurait pour missions essentielles, de fédérer les actions autour de thématiques fortes, identifiées collectivement, et de relayer celles-ci auprès des pouvoirs publics et organismes nationaux. Chaque inter-région aurait une responsabilité claire dans l’élaboration d’une pensée commune et d’actions en découlant. En progressant lui-même dans son travail et sa réflexion, le Cnoa doit rassembler autour de lui, les architectes français dans leur diversité ainsi que des personnalités d’un haut niveau créatif et intellectuel. L’Ordre en les mobilisant, augmentera son audience auprès des médias et du public et son impact auprès des instances politiques.

 

Cristina Conrad, architecte, est candidate à l’élection au Cnoa dans la liste “Construisons ensemble l’institution de demain”. Dominique Tessier, architecte, est conseiller national au Cnoa. André Jollivet, architecte, est président de la Maison de l’architecture et de la Ville de la région Paca. Martine Pattou, architecte, conseillère nationale au Cnoa, sortante.

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  • - Le

    pourquoi ?

    A ceux qui se demande pourquoi un ordre allez donc voir ici http://www.leclio.fr/ : un ordre est là pour mettre de l’ordre (étonnant!) et cela n’a rien à voir avec la défense de la profession. Cela rend bien fragile tous ces discours et cet article déplacé. Un ordre c’est une chance pour une profession que les autres corps de métier nous envie quand ils en sont dépourvus (voir ingénieurs, urbanistes, etc…). Nos « sages » désignés par des élections devraient être à la hauteur de leur mission et assumer vraiment ce noble rôle, plutôt que d’illusionner les électeurs qui doivent se mobiliser dans des syndicats (ne pas confondre SVP ;-)
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  • - Le

    Les apparences parfois trompeuses !

    @Stéphane BOSC : l’augmentation de la cotisation de 20€ a permis d’augmenter le seuil d’exonération (de 19 000€ à 23 000€) à partir duquel les confrères les plus touchés par la crise peuvent obtenir un dégrèvement de leur cotisation. Nous étions même quelques présidents de régions à demander cette année que ce seuil passe à 33 000€, avec une augmentation de la cotisation de 50€, pour justement aider un nombre encore plus important de confrères dans la difficulté. Ce qui a été fermement combattu … par le président du CROAIF, en la personne de son président ! Donc oui en temps de crise, augmenter la cotisation même de 50€ de ceux qui gagnent à peu près «correctement» leur vie (qu’est-ce que 50€ de plus pour quelqu’un qui gagne plus de 33 000€/an?), peut être un acte de solidarité pour aider les confrères en difficulté!
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  • - Le

    terminé

    Dissolution de cette institution, ratatouille indigeste.
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  • - Le

    votez pour moi !!

    il est amusant de voir comme ce texte nous renvoie et nous rappelle au monde politique et à ses travers. Texte électoral certes, rappelant ce discours d’élus au pouvoir qui se présente contre son ‘chef’. Le parallèle avec la classe politique actuelle est amusant et assez intéressant. Le sentiment de devoir ‘faire’ avec un système dont l’efficacité et l’utilité sont souvent difficiles à percevoir. Depuis combien de temps entend-on le fameux refrain des 170 m2 ou de la défense des honoraires… Quels ont été les résultats ??? je me souviens de deux cas où j’ai pensé à l’Ordre, quand nous a été imposée la complémentaire santé pour les salariés (et surtout Malakoff…) et quand en ce début d’année après un long courrier nous expliquant que c’est la crise… l’Ordre nous annonce une hausse de la cotisation…
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  • - Le

    la voix de son Maître

    C’est amusant de constater que les personnes qui sont « aux affaires » à l’ordre depuis pas mal de temps se rendent compte la veille des élections qu’il faudrait réformer cette vieille institution poussiéreuse. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait pendant leur mandat ? Il faut aussi réformer le mode de scrutin de ces élections qui ne permettent pas l’élection de « listes » mais d’individus qui se regroupent ensuite. Enfin l’Ordre a tellement avalé de couleuvres (PPP par exemple, code des marché publics…). A quoi sert-il encore à part permettre à certains de garantir leur accès à la commande publique ? MF
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