Vie de l'entreprise

Social (5/5) : quelles sont les mesures à traiter en priorité par le futur gouvernement ?

Mots clés : Elections - Entreprise du BTP - Gouvernement - Monde du Travail

A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, le Moniteur.fr propose une synthèse des urgences que le prochain gouvernement devra traiter. Aujourd’hui : le social. Jusqu’alors, les entreprises du BTP ont préservé l’emploi malgré des carnets de commandes affaiblis. Elles auront besoin de visibilité en termes d’activité pour s’attaquer au défi de l’allongement de la vie professionnelle.

Le travail coûte-t-il trop cher en France ? Ces dernières semaines, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ce coût qui aurait raison de la compétitivité des entreprises hexagonales.
Qu’en est-il exactement ?

« Sur la période 1995-2009, la productivité horaire du travail (rapport entre la quantité produite et la quantité de travail utilisée) a progressé de 1,3 % en France en moyenne chaque année, dans les secteurs concurrentiels. Cette progression est plus faible que celle de la Suède ( 2,2 %) ou de l’Allemagne ( 1,8 %), mais nettement plus élevée que celle de l’Espagne ou de l’Italie », précise la commission des comptes de la Sécurité sociale dans son rapport de juin 2011.

La France se situe ainsi dans une position intermédiaire par rapport à ses voisins européens. Les auteurs du rapport précisent que « l’évolution atypique de l’Allemagne tient à la modération salariale opérée dans la première moitié des années 2000 ». La politique menée outre-Rhin peut-elle s’apparenter à du « dumping social » ? C’est ce que pense Jérôme Gautié, directeur de l’Institut des sciences sociales du travail de Paris 1, qui écrivait récemment que « la compression des coûts s’est aussi faite en Allemagne par le développement d’emplois à bas salaires dans certains secteurs comme l’hôtellerie (…), ou pour d’autres – comme le BTP – par le détachement de travailleurs officiellement salariés d’entreprises étrangères. »

 

Baisser les charges sociales

 

Une politique qui a certes permis à l’Allemagne d’abaisser son coût unitaire du travail et de faire bondir ses exportations, mais qui n’aurait pas porté ses fruits si ses partenaires européens avaient fait de même.

Dans l’ensemble des pays européens, les salaires représentent la part la plus importante du coût du travail. Mais la part des cotisations sociales patronales pèse plus ou moins lourd selon les pays. Dans l’édition 2012 « Emploi et salaires », l’Insee pointe que « la part des cotisations sociales à la charge de l’employeur varie de 7 % du coût au Danemark, à 28 % en France, 30 % en Suède et 31 % en Belgique ».

Si l’instauration d’une TVA sociale (relèvement du taux normal de TVA à 21,2 % contre un allégement des cotisations d’allocations familiales pour les rémunérations jusqu’à 2,4 Smic), telle qu’elle est prévue par la loi de finances rectificative pour 2012, divise, le financement de notre système de protection sociale reste une question centrale pour les années à venir. En effet, pourquoi faire supporter le financement de certaines prestations universelles, comme la branche famille, par les employeurs ?

 

Préserver l’emploi

 

Autre enjeu majeur pour le secteur en cette conjoncture morose : maintenir les effectifs. Car le BTP a retenu la leçon : au moindre frémissement de la croissance, certains métiers peuvent se retrouver en tension.

Jusqu’ici, les entreprises ont globalement préservé les emplois en actionnant des leviers comme le recours à la formation ou au prêt de main-d’œuvre.
Mais demain ?
La profession n’est pas sereine. En cause notamment, côté travaux publics, les difficultés de financement des collectivités locales. La FNTP craint la disparition de 30 000 emplois. Les effets du plan de rigueur, comme la suppression du prêt à taux zéro dans l’ancien et du dispositif Scellier de soutien à l’investissement locatif, inquiètent en outre le bâtiment. Ce dernier redoute, pour 2012, la suppression de 35 000 emplois, dont les deux tiers en intérim. Les partenaires sociaux discutent actuellement, au niveau interprofessionnel, des accords « compétitivité emploi » qui permettraient de baisser temporairement le temps de travail et les salaires pour faire face à la conjoncture. Un dispositif générateur de souplesse, mais encore faudrait-il que l’employeur dispose d’une visibilité suffisante sur ses carnets de commandes.

Autre enjeu : maintenir les efforts sur l’emploi des jeunes, en continuant à développer l’alternance, d’autant que les contraintes des entreprises en la matière (quota) vont s’intensifier à l’horizon 2015. De quoi anticiper les besoins de demain pour le secteur.

 

Faire face à l’allongement de la vie professionnelle

 

Le recul de l’âge légal de la retraite (62 ans d’ici à 2017) ne va pas sans poser problème pour les salariés du chantier. La possibilité de partir à 60 ans pour travaux pénibles est soumise à des conditions strictes : souffrir d’un taux d’incapacité de 20 %, ou d’un taux de 10 % et prouver une exposition à un facteur de pénibilité durant dix-sept ans. Les chiffres de la Caisse nationale d’assurance vieillesse parlent d’eux-mêmes : au 6 février 2012, sur 2 520 demandes de retraite anticipée de ce type, seules 1 243 ont – tous secteurs confondus – bénéficié du dispositif (841 étaient encore en cours d’instruction). Cela pourrait ainsi ne pas suffire. Une situation d’autant plus préoccupante qu’une étude du groupe Alpha de 2004 pointe un décrochage de l’emploi dans le secteur à partir de 55 ans : le taux d’emploi des actifs chute en effet à 59 % (contre 80 % pour les 50-54 ans).

Les partenaires sociaux du BTP réfléchissent actuellement à la mise en place d’un compte « épargne temps » de branche, pour permettre aux salariés exposés de cesser leur activité plus tôt. Mais quid du financement, puisqu’il n’est pas question d’imposer un abondement à l’employeur ? Il faudra apporter d’autres réponses au secteur.

 

Focus

L'expert Eric Heyer, directeur adjoint du département « analyse et prévision » de l’Observatoire français des conjonctures économiques.« La France n’a pas décroché avec le passage aux 35 h »

« Améliorer la compétitivité des entreprises en limitant les coûts ne doit pas se faire à n’importe quel prix. En Allemagne, la désinflation compétitive (réformes Hartz) a conduit à un développement très important des temps partiels : 35 % des emplois aujourd’hui. Aux Pays-Bas, ce taux grimpe à 50 % ! Dans ces deux pays, entre 1999 et 2010, les créations d’emploi n’ont été réalisées qu’à temps partiel et ont entraîné des destructions d’emploi à temps plein. Sur cette même période, la France – seul pays à avoir réduit sa durée légale du travail – a connu l’un des plus forts taux de croissance de l’emploi (14 %) avec un recours au temps partiel des plus faibles (17 %). La France n’a, de ce point de vue, pas manqué son objectif de partage du travail. Au niveau macroéconomique, le passage aux 35 heures n’est pas la catastrophe mise en avant par le Medef et certains politiques. Rappelons que les lois Aubry ont permis la création de 350 000 emplois en France. Entre 1999 et 2005, période de mise en place des 35 heures, la croissance du PIB par tête en France a été supérieure à celle de l’Allemagne. Même constat quant au pouvoir d’achat. La compression des coûts salariaux en Allemagne a certes permis d’augmenter les marges des entreprises, mais au détriment du pouvoir d’achat des salariés. Entre 1999 et 2010, le pouvoir d’achat par tête a augmenté de 13,6 % en France, alors qu’il n’a augmenté que de 3 % en Allemagne sur la même période. Plutôt que de tout vouloir jouer sur la réduction des coûts, il serait plus profitable de s’orienter vers une compétition qualité-innovation en soutenant des secteurs d’avenir. »

 

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