Règles techniques Point de vue

Simplifier les exigences de la RT 2012, oui mais dans le bon sens !

Mots clés :

Bâtiments d’habitation

-

Conception

-

Efficacité énergétique

-

Réglementation technique

-

Plancher (structure)

Le groupe de travail 1 «Simplifier la réglementation et l’élaboration des normes de construction et de rénovation » de la démarche « Objectifs 500 000 » propose de supprimer l’exigence sur le coefficient linéique des ponts thermiques à la jonction plancher intermédiaire/ mur extérieur pour des immeubles collectifs. Cette « simplification » serait un retour en arrière selon André Pouget, à la tête du bureau d’études thermiques du même nom et bien connu dans le monde du bâtiment. Et vous qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à commenter cet article.

Parmi les avancées liées à la RT2012, il est une mesure relativement discrète et pourtant  particulièrement efficace qui change radicalement la production des bâtiments neufs et inverse une tendance de plusieurs décennies. Cette mesure particulièrement simple, pragmatique, aussi facile à prescrire qu’à contrôler figure dans l’article 19 de l’arrêté du 26 octobre 2011 : « le coefficient de transmission thermique linéique moyen des liaisons entre les planchers intermédiaires et les murs donnant sur l’extérieur ou un local non chauffé, Ψ9, n’excède pas 0,6 W/(ml.K) ». D’où l’obligation de traiter les ponts thermiques. Une première dans une réglementation thermique, la RT,2012 vise à améliorer la qualité d’un bâti au-delà du niveau des prestations d’isolation thermique. En plus de la limitation des besoins BBio max, modalité pas toujours opérante, cette nouvelle exigence complémentaire intervient sur  la définition intrinsèque des enveloppes, des façades et ceci sans imposer une mode constructif plutôt qu’un autre.

Déjà en avril 1972, Maurice Croiset du  CSTB prévenait : « … il est nécessaire de renforcer l’isolation et bien souvent on ne pourra le faire qu’en corrigeant les ponts thermiques, faute de quoi il serait illusoire d’augmenter l’épaisseur des isolants … »! Vain avertissement, car depuis 40 ans et malgré la succession de réglementations thermiques, peu de progrès significatifs ont été réalisés… Jusqu’à la RT 2012 et son article 19, où ce sage conseil du CSTB a enfin été pris en compte.

Or, suite aux travaux menés par le groupe 1 de la démarche « Objectifs 500 000 » sur la simplification des normes de construction, il est envisagé de faire  « remonter » le coefficient linéique des ponts thermiques à la jonction plancher intermédiaire/ mur extérieur de 0,6 à 1 pour des immeubles collectifs.
Supprimer cette exigence serait évidemment un retour en arrière, pas uniquement en termes de performance mais aussi pour la pathologie des constructions et ses répercussions sur la qualité de l’air intérieur et la santé des occupants !


 

Une dégradation importante de la qualité difficilement rattrapable

 

A isolation thermique équivalente en partie courante, les déperditions globales de la façade peuvent varier de façon sensible selon le mode constructif et/ou le traitement du pont thermique du plancher intermédiaire avec le mur. Ainsi, dans le cas de l’ITI (isolation thermique par l’intérieur), on constate en moyenne, deux fois plus de déperditions pour une façade aux ponts thermiques non traités par rapport à celles aux ponts thermiques traités (1), ceci à isolation équivalente en partie courante ! Pire, ce résultat décevant, ce « point faible » durera toute la vie du bâtiment, autrement dit, nos enfants devront consacrer du temps, des euros, de l’énergie pour les mettre à niveau pour respecter les exigences du Facteur 4 !

 

Des risques aussi sur la santé pour les occupants

 

Au-delà des considérations de maîtrise d’énergie, ô combien louables certes, l’amélioration de la qualité du bâti a des répercussions directes sur la pathologie des constructions. Les ponts thermiques non traités (points froids) sont tristement connus pour la question des condensations de vapeur d’eau.

Pour mieux appréhender le risque encouru, nous avons réalisé une étude des températures de surface de parois au droit d’un plancher intermédiaire et façade isolée par l’intérieur. Ces calculs concernent quatre solutions (1) de traitement rencontrées actuellement représentatives en ITI et, en parallèle, le cas de l’ITI sans traitement particulier. Si la température est en dessous de 12.6°C, il y a risque de développement de moisissures avec ces effets indésirables, en dessus les risques sont écartés.
Résultats : en moyenne avec les 4 solutions « pont thermique traité » la température est de 14/15°, donc pas de risque, alors que si le pont thermique n’est pas traité, la température superficielle est environ de 8°C, donc risques !

Les phénomènes de moisissures ont des répercussions sur la santé, augmentation de la sensibilité aux infections à des maladies beaucoup plus graves. D’après les spécialistes du sujet, l’inhalation de spores entraîne des pathologies comme rhinite, bronchite allergique, asthme… Eviter les « ponts froids » dans nos logements concerne directement la question importante de la qualité de l’air intérieur, de la qualité sanitaire à l’usage de ces constructions.

 

Un levier pour dynamiser l’innovation et une offre variée

 

Depuis sa parution et même avant pour certains, cette nouvelle exigence (art. 19) de la RT 2012 a particulièrement dynamisé l’offre des solutions de traitement comme des familles constructives. La profession du bâtiment est montée en compétence, elle a  investi, innové et apporte de nouvelles réponses pour construire toujours plus performant, plus durable. Pour nous prescripteurs, cette exigence très structurante nous facilite grandement la tâche pour concevoir performant et durable !  Rapidement résumée, cette offre très variée se présente selon quatre principales familles: l’ITI Isolation Thermique par l’Intérieur, ou l’ITR répartie, ou l’ITE par l’extérieur ou enfin les systèmes constructifs à ossature « voie sèche ». Chacune de ces quatre familles compte de nombreuses variantes et combinaisons, sans oublier tous les systèmes spécifiques sous avis techniques et autres solutions émergentes prometteuses.

 

Avancer dans le bon sens des bâtiments responsables

 

A l’heure où s’échafaudent les principes du futur label environnemental et dans le contexte des réflexions sur les Bâtiments Responsables, l’abandon de cette mesure semblerait anachronique, ubuesque, pour sûr irresponsable. Les exigences « thermiques » RT mutent inévitablement vers des considérations environnementales RE ( ?), selon une approche globale, transversale pour des bâtiments responsables, avec de nécessaires « garde-fous » sur la qualité de l’air, le confort, la santé des occupants… Depuis plus de trente ans, des architectes, industriels, bureaux d’études se sont activés pour un bâti de qualité, garant de la pérennité et salubrité du bâtiment et donc pour la santé des occupants. Il nous semblait primordial de formuler cet avis en forme de conseil, d’écrire cette  position sûrement largement partagée pour avancer ensemble dans le bon sens.

 

 

(1) solutions par planelles et maçonneries isolantes ou rupteurs thermiques ou béton isolant, cas de l’ITI (déperditions globales = partie courante et liaison plancher intermédiaire/façade, hors baies).

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
  • - Le

    Rupteurs de ponts thermiques en liaison mur / plancher

    J’approuve tout à fait l’idéologie de ce bureau d’étude thermique de grande renommée. Au niveau des planchers intermédiaires, le pont thermique linéique périphérique des liaisons mur/plancher est dû à un point faible du procédé d’isolation thermique. La discontinuité de l’isolation laisse en effet la chaleur s’évacuer vers l’extérieur en passant par le plancher. Il est ainsi possible d’utiliser des rupteurs de pont thermique (élément isolant introduit dans la liaison entre le plancher et le mur). Nous élaborons des solutions simples et peu onéreuses pour contrer ces déperditions thermiques dans vos logements. Vous pouvez retrouver toutes nos solutions sur www.seac-gf.fr
    Signaler un abus
  • - Le

    qui demande ces modifications ??

    encore les memes !! des promoteurs voulant augmenter leur marge sans se préoccuper des reglementations dont l’objectif est de péréniser le confort sanitaire et énergétique des batiments au détriment des usagers !! deja qu’ils ne respectent pas les normes sur l’isolation des murs en utilisant des complexes isolants en polystyrene qui entrainent des moisissures en face arriere et qui sont detruits par le passage des gaines !!! il faut que ça cesse !
    Signaler un abus
  • - Le

    RT 2012....

    Eviter les « ponts froids » dans nos logements concerne directement la question importante de la qualité de l’air intérieur, de la qualité sanitaire à l’usage de ces constructions. : Sans doute. Mais existe t-il des études sur le sujet permettant d’asseoir définitivement cette affirmation ?
    Signaler un abus
  • - Le

    Défaire et refaire c'est travailler

    Bonjour à toutes et tous, Tant de tergiversations, pour finalement compliquer encore. Plutôt que de mettre en place x groupes de travail pour parlementer indéfiniment autour de règles qui finiront encore plus compliquées qu’au par avant, ne ferait-on pas mieux d’en créer de nouvelles, plus compréhensibles (par des niveaux CAP, majorité des intervenants) et claires, ET + EFFICACES. Moi je rêve de règlements dont les objectifs seraient les mêmes pour la construction, la réno, les PTZ et les éventuelles aides… BREF, SIMPLIFIONS QUOI ! Mais tentons d’approcher excellence, nous obtiendrons de l’acceptable, contrairement à ce qui s’est fait dans le passé.
    Signaler un abus
  • - Le

    Simple évidence

    Il est tout simplement évident que le 0,6 W/(ml.K)est simple à obtenir en conctruction neuve !!!! Comment obtenir ψ ≤ 0,6 W/(ml.K) ? En isolation par l’intérieur pour un mur en maçonnerie courante : Par exemple, un plancher de 15 cm d’épaisseur à entrevous béton ou terre cuite avec planelle en nez de plancher de résistance thermique > 0,16 m².K/W En isolation par l’extérieur :(spécifique à l’existant) Tout type de mur Tout type de plancher Donc , quelle serait la raison (justifiée) de remonter cette exigence à 1 W/(ml.K)en immeuble collectif ?? La simplification des normes ne doit pas etre un « retour arrière »
    Signaler un abus
  • - Le

    Oui du bon sens !

    Elle a bon dos la RT 2012, ne lui enlevons pas les choses simples (elles ne sont pas nombreuses) qui vont dans le sens de l’amélioration de la qualité. A simplifier par ailleurs, il y a le choix…
    Signaler un abus
  • Voir tous les commentaires (6)
    Commenter cet article
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X