Réalisations

Siège du Parti communiste français : les volutes du Colonel-Fabien

Mots clés : Architecte

Engagé au Parti communiste brésilien en 1945, l’architecte Oscar Niemeyer fuit la dictature de son pays en 1964 et trouva refuge en France. Un mot de Malraux au général de Gaulle lui permit d’exercer. Sa seule œuvre parisienne marque le paysage du XIXe arrondissement.

Sous la coupole blanche, la salle de réunions du comité central n’a pas bougé depuis son inauguration en 1978. Les chaises dessinées par Niemeyer, usées par des centaines de réunions n’ont pas vieilli. Les milliers de petites plaques métalliques disposées en quinconce et suspendues sur toute la surface du plafond qui culmine à onze mètres rappellent un peu le look 70 des robes à pastilles de Paco Rabanne, mais font un remarquable piège à bruit et reproduisent une lumière proche de celle du jour. Sur le côté, des hublots ouvrent sur les cabines de traduction. En face, les portes taillées en biais s’écartent électriquement façon « Star-trek ». On hésite entre le gadget et l’architecture futuriste, comme les visiteurs qui arpentent le siège du Parti communiste français chaque année lors des Journées du patrimoine.

 

La maison du peuple

Emergeant du sol comme une bulle ou un objet non identifié prêt à décoller, le dôme blanc tranche du tout au tout avec le projet réalisé dix ans plus tôt, un bâtiment foncé ondulant sur 67 mètres, entièrement vitré dont le socle de béton, incurvé, est posé sur cinq pilotis à 1,50 m du sol. Les deux moitiés ont pourtant été conçues ensemble, en 1966. La première tranche fut financée par la vente de l’ancien siège du Parti, au carrefour Châteaudun-Lafayette, la seconde dut attendre sept ans que les cotisations des militants renflouent les caisses.

En quelques jours, et gracieusement, Niemeyer crayonna cette maison du peuple sur une parcelle triangulaire, à l’angle de la place du Colonel-Fabien. Il poursuivait deux objectifs : libérer le plus possible d’espaces verts et dissimuler par son bâtiment l’immense et disgracieux pignon aveugle d’un immeuble HBM. Aidé de Jean Deroche, de Paul Chemetov, de Jean-Maur Lyonnet et, surtout, de Jean Prouvé, il imagina une vague dont l’amorce respecte l’alignement de la rue Mathurin-Moreau puis se courbe vers le fond du terrain en dégageant un grand parvis en pente sur lequel viendra se « poser » la coupole dont la charpente en bois recouverte de béton est à demi enterrée pour limiter son emprise au sol. « J’ai cherché à répondre aux sollicitations générales du programme, écrivit Oscar Niemeyer à l’époque (*), à l’exigence de prévoir un immeuble bien protégé avec des entrées discrètes et facilement contrôlables. »

Ces contraintes l’éloignent des halls vitrés que suggéreraient les étages transparents : on entre dans l’immeuble par un escalier plongeant dans les entrailles du terrain. Le rez-de-chaussée, que Niemeyer avait baptisé la clairière, n’est éclairé que par des meurtrières horizontales dont l’ombre portée change avec le jour. Au-dessus, les six étages de bureaux sont aménagés sur des plateaux libres de 11,5 m de large reliés à l’arrière à une tour où se croisent la cage d’ascenseur et les colonnes techniques.

 

Innovations techniques

Les innovations techniques sont nichées dans chaque détail : les cloisons sont modulables et les surfaces à géométrie variable. La façade couleur bronze est entièrement vitrée, mais percée régulièrement d’ouvrants dont le système sans montants, conçu par Prouvé est invisible de l’extérieur et a fait s’extasier plusieurs générations d’architectes. Dans chaque bureau, une étagère métallique et un radiateur sont accrochés à la structure dépourvue d’allège. Dès 1966, le bâtiment était climatisé et nettoyable grâce une aspiration centralisée. Au sixième étage, au-dessus des bureaux de la direction, la cantine – souvent reléguée en sous-sol dans les immeubles tertiaires – offre une vue panoramique sur tout-Paris. De part et d’autre, deux jardins d’hiver sont conçus tels des bureaux à ciel ouvert. Comme un pochoir, leur plafond a été découpé suivant le dessin d’une colombe de la paix.

 

Echapper à l’image du bunker

Les niveaux les plus visités sont situés plus bas, au rez-de-chaussée et dans les sous-sols. Le décor n’a plus rien à voir avec les plans lumineux des étages. Des courbes et des contre-courbes porteuses se répondent d’une salle à l’autre. Le béton brut de décoffrage révèle partout une magnifique rudesse de nœuds et de veines qui donne à l’ensemble un aspect étonnamment chaud. Comme pour échapper à l’image du bunker empli de secrets politiques, le bâtiment a depuis longtemps ouvert ses portes. Bien avant le défilé Prada qui vit accourir la jet-set parisienne, les ambiances de Niemeyer avaient séduit des couturiers et des photographes de mode. Le rez-de-chaussée accueille régulièrement des expositions dont celle du passage du millénaire, consacrée à… Jésus.

Niemeyer est reparti au Brésil, laissant dans le XIXe arrondissement quelques-unes des courbes des montagnes de Rio que Le Corbusier voyait dans son architecture. Nulle part ne figure le titre de siège du Parti communiste, sauf peut-être dans les initiales de la place du Colonel-Fabien. Mais ce bâtiment mondialement connu est aussi emblématique qu’une statue. Il demeure l’une des seules représentations architecturales politiques contemporaines de la capitale.

 

Oscar Niemeyer interviewé sur le chantier du PCF à retrouver en vidéo sur www.ina.fr

(*) « Révolution », supplément du 27 juin 1980 consacré au nouveau siège du comité central du PCF.

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