Paysage

Sécurité routière : la défense des arbres s’organise

Mots clés : Politique des transports

L’augmentation du nombre d’accidents routiers mortels, en 2014, relance le procès des allées plantées. Sous couvert de soutien aux audits d’infrastructure, leurs défenseurs craignent que la mesure 26 du plan ministériel présenté le 26 janvier n’encourage les abattages, à l’issue d’un recensement des alignements identifiés comme dangereux.

Selon un reportage diffusé par France 2 le 26 février, les arbres auraient causé 1200 morts, parmi les 3388 victimes de la route recensées l’an dernier par l’Office national interministériel pour la sécurité routière, un chiffre en augmentation de 3,7 % en un an. Cette mise en accusation a poussé les défenseurs des allées plantées à s’organiser : deux pétitions lancées simultanément sur avaaz.org et cyberacteurs.org résument leurs arguments. « Le risque d’être tué sur un territoire donné ne dépend pas de la richesse de ce territoire en arbres d’alignement », insiste la centralienne Chantal Pradines, experte auprès du conseil de l’Europe et auteure d’une étude réalisée en 2012 pour l’association belge de la route.

 

Surévaluation statistique

 

La même ingénieure met en évidence une surévaluation du rôle des arbres : la statistique ne retient que leur seule responsabilité y compris quand les victimes ont subi une percuté une suite d’obstacles. Cité, entre autres exemples, dans son étude sur « les arbres de bord de route et la sécurité routière », un accident survenu dans le Tarn en 2010 illustre son propos : « la voiture traverse la route, saute le fossé, défonce un portail en fer, arrache un pin sylvestre, percute une voiture garée et finit dans un jardin privé »…

Malgré ces constats et faute de fonds pour des acquisitions foncières qui permettraient d’éloigner les plantations de la circulation, le recours à l’abattage reste la réponse courante des pouvoirs publics, depuis les années 60. Sur 30 000 arbres recensés en 1987 en Seine-Marne, il n’en reste plus que 17 000 un quart de siècle plus tard, selon Chantal Pradines. La Moselle, de son côté, a perdu le quart de son patrimoine depuis 2001 : 30 000 arbres subsistent, au lieu de 40 000.

 

Elagages intempestifs

 

Alors même que dans un document de réflexion de 2006 tiré de l’oubli par notre confrère Terra Nova, le service d’études techniques des routes et autoroutes (Sétra) plaidait pour une approche sécuritaire qui mobilise la contribution du paysage à la lisibilité des routes et à la concentration du conducteur, le réflexe de s’en prendre aux arbres renverrait-il à une perte de compétences des administrations concernées ? Louis Dubreuil, gérant de Sycomore Paysage, dans le Puy-de-Dôme, n’en doute pas : « Fini, le temps des ingénieurs des ponts et chaussées formés aux plantations ». L’ingénieur paysagiste en veut pour preuve la multiplication, dans son département, d’élagages potentiellement destructeurs, réalisés en dehors de tout plan de gestion.

 

Itinéraire européen

 

Pour sortir par le haut de ce débat, Chantal Pradines espère associer la France au projet d’itinéraire culturel européen d’allées plantées. La Pologne, la Tchéquie et la Suède participent au groupe de travail dont la prochaine réunion se tiendra en novembre. A l’issue de mobilisations citoyennes qui ont sauvé des allées plantées des Länder de l’Est, l’Allemagne a montré l’exemple, avec sa Deutsche Alleenstrasse de 2900 km : l’itinéraire trace une diagonale du nord-est au sud-ouest du pays, entre Rügen et Constance. Les défenseurs des allées plantées espèrent également susciter le soutien du ministère de l’Ecologie, dont le plan Paysage annoncé fin 2014 prévoit la plantation d’un arbre par Français dans les 10 prochaines années.

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  • - Le

    Destruction de nos allées plantées

    Je suis tout à fait d’accord sur le fait que les arbres ne sont généralement pas responsable mais les conducteurs ne souhaitent pas admettre leur responsabilité. Je regrette que dans cet article ne soit pas rappelé ce que j’ai lu récemment sur votre site précisant avec détails que dans d’autres pays, en G.B. notamment, on copie avec envie et pour des raisons de sécurité, notre habitude d’avoir des routes bordées d’arbres. [Info à donner à Chantal Pradines]
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