Energie

RT 2012 : « les BET thermiques seront-ils à la hauteur ? »

Ancien Président du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes de Franche-Comté, Jacques Allier plaide pour une nouvelle façon de collaborer entre architectes et thermiciens.

Dans un récent article d’Eric Leysens, « La RT 2012 rimera-t-elle avec bâtiments basse consommation ? », on pouvait lire l’assertion sarcastique de François Amblard : « On connaît la compétence en thermique des architectes et des personnes réalisant les DPE ».
Le président de la Chambre de l’Ingénierie et du Conseil de France (CICF) semblait regretter que l’établissement de l’attestation de prise en compte de la RT 2012, à l’issue de l’achèvement des travaux, puisse être effectuée, entre autres, par les architectes qu’il n’hésite pas à comparer aux diagnostiqueurs de la performance énergétique. Si l’on peut regretter que les diagnostiqueurs n’aient pas tous une réelle formation « bâtiment », on ne peut en dire autant de professionnels diplômés au terme de cinq ou six années d’études. Certes, et c’est toute sa richesse, la profession est hétéroclite puisque certains architectes sont aussi ingénieurs, polytechniciens, urbanistes, experts, contractants généraux…
Mais l’ensemble des architectes, dans leur pratique quotidienne, ne peut que constater l’écart entre le titre revendiqué de certains « ingénieurs thermiciens » et leurs connaissances. Il est bon de rappeler que le titre d’ingénieur n’est pas protégé, et que n’importe quel technicien doté d’un logiciel adéquat peut prétendre au titre.
Ah le logiciel ! Quelle merveilleuse invention pour les professionnels qui n’ont pas les compétences requises. Combien de fois un architecte a t’il entendu « Il n’est pas possible de calculer votre installation, ce n’est pas prévu dans mon logiciel »
Combien de « pseudo ingénieurs », lors du calcul d’une liaison non répertoriée dans les règles Th-U, ont « estimé » le pont thermique par l’approximation de la disposition « la plus approchée ». En cette période favorisant la sur-isolation du bâti et l’ossature bois, elles sont nombreuses les situations non répertoriées ! Les architectes sont en droit d’attendre d’un professionnel du calcul thermique une bonne connaissance de la norme NF EN ISO 10211-21 et qu’il sache calculer ces points particuliers.
Combien se cantonnent aux calculs conventionnels, optimisés réglementairement, alors que les conséquences estivales de la sur-isolation l’été sont ignorées ? Combien disposent d’un logiciel de simulation thermodynamique simple, utilisable en phase d’avant-projet, quand tout est encore modifiable ?
Quelles valeurs attribuer aux résultats de ces calculs réglementaires, établis avec trois décimales derrière la virgule mais « oubliant » le relevé des masques affectant le site considéré ?
On est bien loin d’un André Missenard, d’un Roger Cadiergues, ou dans le domaine structurel, de l’approche d’un Luigi Nervi, dont les calculs servaient à justifier son intuition du travail du béton armé. Sommes-nous en présence de partenaires de conception faisant appel à leur « ingéniosité » ou de calculateurs en chambre (il y a longtemps que beaucoup ont déserté les chantiers) ?

Cependant, à l’inverse du président de la CICF, je me garderai bien d’une attitude corporatiste et de généraliser l’incompétence de certains à une profession entière. De plus en plus, l’approche énergétique devra se faire conjointement à l’approche architecturale.
Assurément, les façons de collaborer entre architectes et thermiciens devront évoluer. Pour cela trois conditions me semblent indispensables :
1. Les architectes doivent améliorer leurs connaissances thermiques ;
2. Les thermiciens doivent comprendre les grands principes de la conception architecturale et acquérir une culture minimale;
3. Un nouveau processus de collaboration doit être mis en place.
Du coté des architectes, le mouvement a commencé. Des formations d’acquisition des bases ou de mise à niveau se mettent en place. Certains architectes acquièrent les logiciels de calculs réglementaires. Depuis 3 ans, à la faveur de la prise de conscience déclenchée par le programme Adelie, les Architecteurs ont mis en place une ingénierie concourante qu’ils appellent « Santé Bas Carbone » grâce notamment à André Pouget et Dusan Novakov. Le Pôle énergie Franche-Comté envisage une formation innovante réunissant ces deux professions.
Pour que cette synergie existe, il est indispensable que les maîtres d’ouvrages renoncent à la mode incompréhensible d’une demande de résultats dans des temps toujours plus courts à des prix toujours plus bas.
Etablir une véritable collaboration avec les moyens de produire ensemble une architecture durable, confortable, saine, respectueuse de l’environnement pour la satisfaction des maîtres d’ouvrages et des utilisateurs, voilà le véritable défi qui attend nos deux professions.

 

 

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  • - Le

    un peu moins de corporatisme

    vous citez nos voisins européens en oubliant ou omettant de parler de leurs architectures, si Minergie et Passiv’hauss sont devenus des standards peut être serait il pour une fois se poser les bonnes questions ! Et que nos architectes y regarde de plus prêt et surtout que l’on arrête les normes franco française, et là peut être nous réussirons à avancer tous ensembles
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  • - Le

    Suite 1

    Il est vrai que parfois une approche théorique sur certains projets n’est pas possible compte tenu des logiciels utilisés et ce n’est pas de l’incompétence. Les moteurs de calcul (issus du CSTB) ne permettent pas toujours la prise en compte des spécificités de tel ou tel projet et ceci pour la raison simple qu’il s’agit de calculs réglementaires et non de calculs de dimensionnement. Cette nuance met d’ailleurs en évidence deux choses : – Le calcul réglementaire ne doit pas être confondu avec l’étude des installations et systèmes, qui reste la véritable conception – Le calcul réglementaire est un travail supplémentaire de plus en plus lourd qui vient s’ajouter aux tâches du thermicien pour lequel il faut d’ailleurs le rémunérer.
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  • - Le

    Maitrise d'oeuvre ?

    Dans tous les cas un architecte n’est absolument pas thermicien et réciproquement. Il convient effectivement à ce que chacun reste dans sa spécialisation, tout en étant dynamique! (favorable à ce qui a été dit ci dessous) La prise en compte des pathologies du bati qui vont inéluctablement naître, dans une conception de batiment finalement réalisé
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  • - Le

    BON SENS ET EXPERIENCE PRATIQUE

    A la très bonne intervention de Monsieur Jacques Allier, j´ajouterai la remarque suivante. Avant de faire de savants calculs et de vouloir réinventer la roue, je propose qu´on se laisse guider par le bon sens et l´esprit pratique en écoutant et en travaillant avec des entreprises de construction bois qui maitrisent la construction BBC et passive depuis très longtemps sans avoir dû utiliser des logiciels sophistiqués, ceux-ci n´existant pas à l´époque. Cessons de nous poser des questions sur la bonne application de la RT 2012, nos voisins européens, comme l´Autriche par exemple, l´applique depuis une dizaine d´années et ils en sont aujourd´hui à coût sensiblement égal en moyenne à 30Kwh/m/a en habitat social neuf ou réhabilité. Soyons attentifs et ouverts au savoir-faire et à l´expérience de ces entreprises de construction pour appliquer la RT 2012 sans « oui, mais », pour construire au même prix non pas le juste nécessaire mais bien de la qualité durable.
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  • - Le

    PERTINENCE THERMIQUE

    Qui que vous soyez, bossez le sujet de la thermique pour vous formger votre propre avis. Prenez le temps de le faire car les temps changent et vivez la rupture avec sérennité. Etonnez-vous, vous qui devrez rendre des comptes à la maîtrise d’ouvrage, qu’au regard de la garantie de résultat, aucune allusion ne soit faite SUR AUCUN MEDIA des motifs de perte de performance des isolants et de leur impact environnemental. YADUBOULOT !
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  • - Le

    Petit complément d'information

    Pour faire suite à ce très bon article de Monsieur Allier, je viens rectifier le nom de la structure citée en fin d’article. Il ne s’agit pas de
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  • - Le

    Petit complément d'information

    Petite rectification sur le nom de la structure citée dans ce très bon article de Monsieur Allier : ce n’est pas la maison de l’Energie de Franche-Comté, mais plutôt le Pôle énergie Franche-Comté qui est à l’oeuvre dans ce sens.
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