Règles techniques

RT 2012 : la mise en œuvre reste problématique

Mots clés : Entreprise du BTP - Information - communication - événementiel - Maîtrise d'ouvrage - Maîtrise d'œuvre - Réglementation thermique et énergétique

Un sondage réalisé par Ipsos Public Affairs  pour « Le Moniteur » et « Les Cahiers Techniques du Bâtiment » révèle que 89% des maîtres d’œuvre,  maîtres d’ouvrage et  entreprises du BTP, ont déjà mis en œuvre les exigences de la réglementation thermique 2012. Mais la pratique reste difficile pour les professionnels qui peinent à répercuter les surcoûts.

Ambitieuse, nécessaire, stimulante… mais difficile et indigeste. C’est en résumé ce qui ressort du sondage que « Le Moniteur » a fait réaliser par Ipsos Public Affairs sur la mise en œuvre de la RT 2012. Applicable à tous les bâtiments neufs dont le permis de construire est déposé depuis le 1er janvier 2013, sauf exceptions ou dérogations, la nouvelle réglementation thermique devrait en principe faire partie du quotidien de la plupart des professionnels. Or, et c’est la première surprise de cette enquête, 10 % des maîtres d’œuvre, 11 % des maîtres d’ouvrage et 10 % des entreprises ne l’ont encore jamais mise en œuvre. Si on ajoute ceux qui n’y ont été confrontés qu’occasionnellement, ces chiffres passent respectivement à 25 %, 21 % et 43 % (55 % dans le cas des entreprises de second œuvre technique). A l’inverse, les maîtres d’ouvrage sont ceux qui la pratiquent le plus (70 % sur tous leurs projets), suivis par les maîtres d’œuvre (54 %) et les entreprises (24 %). Normal, puisque les maîtres d’ouvrage se trouvent le plus en amont dans la chaîne de construction. « Nous sommes nombreux aussi à avoir anticipé la mise en place de cette réglementation au travers des opérations de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) », précise Valéry Guénet, chef de service qualité construction chez France Habitation (bailleur social).

 

Confusion dans l’information

 

A l’autre bout de la chaîne, les entreprises sont assez nombreuses (41 %) à se dire mal informées. « Pour les artisans, le problème n’est pas tant le manque d’informations que la qualité des informations reçues. Les industriels tiennent des discours très orientés en faveur de leurs propres solutions, ce qui aboutit finalement à davantage de confusion », regrette David morales, gérant de l’entreprise Morales (plafonds, cloisons, isolation), à Encausse-les-Thermes (Haute-Garonne). Par ailleurs,  seules 46 % des entreprises elles considéraient qu’elles étaient opérationnelles au moment où le sondage a été réalisé. Autre chiffre frappant : les maîtres d’œuvre sont encore 63 % à trouver la mise en œuvre de la RT 2012 plutôt difficile ou très difficile. « La RT 2012nous impose une nouvelle façon d’aborder les projets, ce qui nous rend plus conscients des problèmes. Ce travail n’a rien d’évident quand il s’agit d’une première réalisation », explique Pascal Brunel-Orain, architecte DPLG gérant de PBO Architecture. Au plan technique, le point le plus souvent mis en avant par l’ensemble des professionnels est l’obtention de l’étanchéité à l’air, devant la conception générale du bâti.

 

Plus de la moitié des structures sans formation spécifique

 

Pour se préparer, beaucoup ont investi ou vont investir en matériels, en logiciels et en formations. Des investissements qui sont d’ailleurs le plus souvent jugés faibles. Seuls 26 % des maîtres d’œuvre, par exemple, estiment que leurs dépenses en logiciels ont été ou seront plutôt élevées (20 %) ou très élevées (6 %). De même, les entreprises ne sont que 20 % à trouver leurs investissements en matériels – déjà réalisés ou à venir – plutôt élevés (18 %) ou très élevés (2 %). Pour les formations, en revanche, ce sentiment de devoir beaucoup dépenser grimpe à 36 % pour les maîtres d’œuvre (47 % pour les architectes), à 34 % pour les maîtres d’ouvrage et à 34 % pour les entreprises. Pour autant, et cela explique sans doute le nombre important de structures non encore opérationnelles, toutes n’ont pas mis en place des formations spécifiques. C’est le cas pour seulement 39 % des maîtres d’œuvre (avec un maximum de 41 % pour les architectes), 44 % des maîtres d’ouvrage et 41 % des entreprises (avec un maximum de 46 % pour le second œuvre non technique). Mais tous ceux qui l’ont fait, ou presque, se disent satisfaits du résultat. D’un point de vue technique, les acteurs de la filière expriment également leur satisfaction vis-à-vis de l’offre des industriels, les architectes allant même jusqu’à regretter de ne pas pouvoir davantage faire appel aux innovations de certains petits fabricants, faute d’Avis techniques. Les fenêtres (sauf pour les entreprises) et les isolants sont les produits qui procurent le plus de satisfaction. C’est un peu moins le cas pour les équipements de VMC (27 % d’insatisfaits chez les architectes) et de chauffage (22 % d’insatisfaits chez les économistes, 20 % chez les bailleurs sociaux).

 

Inadaptation aux contraintes budgétaires

 

Si les économistes se montrent globalement les plus critiques quant à l’adaptation de l’offre industrielle aux projets, c’est sans doute aussi parce que le principal grief fait aux produits développés pour la RT 2012 est leur coût trop élevé. Un avis que partagent d’ailleurs plus des trois-quarts des professionnels de la filière. Les maîtres d’ouvrage sont ainsi 80 % à juger cette offre inadaptée aux contraintes budgétaires, et les spécialistes du second œuvre technique 83 % à penser de même… Ils reprochent à la RT 2012 un surcoût de l’ordre de 10 % en moyenne, que les entreprises parviennent toutefois à répercuter en grande partie auprès de leurs clients (par exemple, à plus des deux tiers pour 46 % d’entre elles dans le gros œuvre). Ce n’est, en revanche, pas le cas des maîtres d’œuvre qui ne sont que 29 % (28 % des architectes et 31 % des BET) à le répercuter à plus des deux tiers. « A l’agence, nous appliquons un forfait pour les nouvelles missions énergétiques : 700 euros pour une maison standard. Mais beaucoup de cabinets travaillent à perte », observe Pascal Brunel-Orain. Ajoutée à la crise économique, la RT 2012 aurait donc aggravé les difficultés financières dont souffraient déjà bon nombre d’agences d’architecture. Ce qui ne les empêche pas, avec toute la maîtrise d’œuvre, d’avoir un jugement plus positif (40 %) que négatif (35 %) quant à l’impact global de cette réglementation sur leur métier. A cet égard, les maîtres d’ouvrage sont les plus enthousiastes (45 % d’avis positifs, 40 % d’avis négatifs) et les entreprises les plus réticentes (40 % d’avis positifs, 46 % d’avis négatifs).

Focus

Méthodologie

Sondage réalisé pour « Le Moniteur » par Ipsos, du 13 au 30 septembre 2013, auprès de 850 professionnels interrogés par téléphone. L’échantillon comprend 350 maîtres d’œuvre (100 architectes, 200 bureaux d’études techniques/ingénieurs conseil, 50 économistes de la construction), 200 maîtres d’ouvrage (100 promoteurs immobiliers/constructeurs de maisons individuelles/investisseurs-grandes entreprises, 100 bailleurs sociaux) et 300 entreprises de BTP (100 de gros œuvre, 100 de second œuvre technique, et 100 d’autre second œuvre).

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