Culture

Royan, le «Brasilia français» dessiné et poétisé

Mots clés : Architecte - Rénovation d'ouvrage - Tourisme

Avec «Royan. Eloge des architectes de la reconstruction», les éditions Le Croît Vif rendent hommage à la station balnéaire charentaise…

Cet ouvrage est un opuscule délicieux, tout comme l’est la station balnéaire charentaise de Royan, sorte de «Brasilia français», exemple unique en tous les cas dans l’Hexagone d’une ville nouvelle bâtie sur les préceptes de Le Corbusier «tropicalisé» par les grands maîtres brésiliens des années 1940 (Oscar Niemeyer, Lucio Costa, etc.). En 76 petites pages, ce livre de dessins (Philippe Reyt) et de poésies (Thomas Grison) rend hommage à la singulière histoire du Royan d’après-guerre. Presque en totalité détruite par les bombardements alliés, sa reconstruction fut confiée par l’Etat à partir de juillet 1945 au bordelais Claude Ferret. Directeur des études à l’école d’architecture de la capitale girondine, il a l’intuition qu’il ne faut pas reconstruire le centre-ville à l’identique, mais faire de Royan un manifeste du Mouvement moderne. Pour cela, ils s’entoure tout au long des années cinquante et soixante, d’une soixantaine de jeunes architectes qui s’inspireront beaucoup, de leur propre aveu, du célèbre numéro de septembre 1947 de la revue «L’Architecture d’aujourd’hui » consacré au Brésil.

Géographe de formation et à présent auteur de comics, Philippe Reyt a su parfaitement capter la paradoxale légèreté des formes bétonnées de Royan, du célèbre marché en forme de coquillage géant, avec sa coque mince d’à peine 8 centimètres, sans aucun pilier intérieur (André Morisseau, Louis Simon et Bernard Laffaille) à l’intrigante église en béton armé précontraint, si fragile car formulé avec du sable marin salé (Guillaume Gillet, Bernard Laffaille), en passant par l’ancienne gare routière et sa couverture hélicoïdale (Louis Simon).

Devenue la galerie Louis Simon, c’est là que sont exposés les croquis figurant dans le livre. Ceux-ci, entre dessins d’archi en partie colorés et référence à la ligne claire des BD de l’époque, mêlent bâtiments, scènes de vie et portraits des architectes d’alors. «Je me suis intéressé non seulement à l’architecture, mais aussi aux gens qui ont habité ces bâtiments depuis 70 ans et en ont fait un usage qui n’était peut-être pas prévu à l’origine par ses concepteurs», note Philippe Reyt. De longs plans transversaux sont aussi là pour rappeler que Royan fut une œuvre urbanistique majeure avec ce centre-ville coupé par un axe perpendiculaire à la mer, l’ensemble se voulant comme un arc avec une flèche pointée vers l’océan. Les textes de Thomas Grison, dédiés à chacun des architectes, constituent un contrepoint bienvenu et soulignent toute la poésie de ce «joyau 1950», qui mériterait une destinée comparable au Havre d’Auguste Perret, désormais classé au Patrimoine mondial de l’Unesco…  

«Royan. Eloge des architectes de la reconstruction» – 76 p. Editions Le Croît Vif, 19 euros.

Exposition dans le cadre du mois de l’architecture du 1er au 29 avril 2017 à la Galerie Louis-Simon, Royan.

 

 

 

 

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