Performance énergétique

RGE = « Rien ne garantit l’efficacité » pour l’UFC – Que Choisir

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Démarche environnementale - Efficacité énergétique

Le président de l’association de consommateurs, Alain Bazot n’a pas eu de mots assez forts, mardi 27 mai, lors de la présentation d’une étude portant sur la rénovation énergétique des logements, pour dénoncer les résultats, qu’il juge désastreux, de la politique actuelle, allant même jusqu’à parler de « bérézina ». Un échec qu’il lie notamment à la piètre performance des professionnels.

Alors que le projet de loi sur la transition énergétique est en préparation et pourrait être examiné par le Parlement en septembre, l’UFC-Que Choisir a décidé de s’intéresser sur le terrain à la performance des professionnels dans le domaine du conseil en rénovation énergétique des logements. Et comme à son habitude, l’association de consommateurs frappe fort. Le bilan ? « Désastreux ».

L’UFC-Que Choisir est partie du constat que la politique actuelle de rénovation énergétique des logements est peu efficace compte tenu des sommes investies. Ainsi en 2011, 21 milliards d’euros ont été investis (14 milliards par les particuliers, 7 milliards de fonds publics) pour seulement 5 % (134.000) de logements rénovés de façon performante (source Ademe). Elle s’est donc mise à la recherche, sur le terrain, des raisons de « l’échec », selon les mots d’Alain Bazot, son président, de cette politique et a choisi de cibler dans un premier temps, les diagnostiqueurs.

 

5 maisons, 29 professionnels

 

Entre mars et avril 2014, UFC a donc testé la qualité des prestations de ces professionnels. Des prestations portant sur l’évaluation « thermique », l’offre de travaux et l’information sur les aides à la rénovation pour cinq maisons construites avant 1975 et dispersées dans toute la France. 34 professionnels ont été contactés, 29 se sont déplacés (5 partenaires EDF, 5 partenaires GDF Suez et 19 indépendants « RGE »).

Sur chaque champ d’évaluation le résultat est, au mieux, médiocre. Ainsi concernant l’évaluation du bâti, seuls 58 % des prestataires ont visité l’ensemble de la maison – « et parfois c’était une visite « trois petits tours et puis s’en vont » » a grincé Alain Bazot – et 3 % seulement des professionnels, et aucun pro RGE, ont rendu un diagnostic prenant en compte les 3 critères fondamentaux : enveloppe du bâti, ventilation, système de production de chaleur.

« Pas étonnant dès lors que ces diagnostics mènent à de piètres propositions de travaux », en conclut Alain Bazot. Un seul prestataire a ainsi proposé une approche globale. Tous les autres ont fait des recommandations partielles portant en grande majorité sur le chauffage et, en une occasion, « alors que visiblement le problème venait d’un manque d’isolation » a raillé Alain Bazot. « Surtout, les professionnels RGE se sont montrés « corpocentrés », en proposant uniquement des travaux en lien avec leur corps de métier. »

« Enfin sur le conseil financier, le consommateur a la garantie d’avoir un service vraiment minimum », a expliqué Alain Bazot. « C’est un conseil générique, non personnalisé et il est parfois difficile de s’y retrouver. EDF propose ainsi un document de 33 pages recensant pas moins de 27 formes différentes de crédit ! »

Au final, seuls huit prestataires sur les 29 ont rendu un rapport d’évaluation thermique assorti d’une proposition de travaux. Quinze autres (en majorité les professionnels RGE) ont remis un devis et six n’ont rien remis.

 

Bilan « désolant »

 

Le bilan est « désolant » pour l’UFC Que Choisir. Si, pour les partenaires d’EDF et de GDF Suez, le diagnostic préalable est plutôt bien réalisé, les propositions de travaux sont parcellaires et le conseil sur le financement personnalisé inexistant alors que la prestation est payante et chère (290 € pour EDF et 390 € pour GDF Suez). C’est encore pire pour les professionnels RGE (dont la prestation est gratuite) : pas d’évaluation globale, une logique « corpo-centrée » qui biaise les propositions de travaux et un conseil sur le financement personnalisé inexistant. Surtout, relève l’association, aucune des préconisations de ces professionnels ne sont, à l’heure actuelle, opposables. C’est-à-dire que si les économies promises ne sont effectivement pas réalisées, le consommateur ne peut pas se retourner vers la personne qui lui a préconisé les travaux.

Comment dès lors expliquer une telle inadéquation entre les besoins du consommateur et l’offre des professionnels ? L’association met tout d’abord en cause une filière, souvent des TPE très spécialisées, inadaptée pour la rénovation globale. Elle accuse ensuite « une formation RGE caricaturale et trop théorique assortie d’un contrôle hypothétique tous les quatre ans qui n’a rien de pédagogique ». « Pour nous RGE, signifie pour l’instant « rien ne garantit l’efficacité », a attaqué Alain Bazot. Elle dénonce enfin la complexité des dispositifs d’aide publique, qui changent trop souvent.

 

Pour un « architecte-énergéticien »

 

UFC propose donc de renforcer la formation et le contrôle pour l’attribution de la mention RGE (pour mémoire, la formation FEEBat propose 5 modules de formation aux travaux d’économies d’énergie de deux jours en moyenne dont le 4e, « Porter l’offre globale de rénovation énergétique » nécessite d’avoir suivi deux modules auparavant soit une formation de six jours), et appelle à développer une filière d’experts indépendants, capables de coordonner les travaux de performance énergétique. « Une sorte « d’architecte-énergéticien », un chef d’orchestre,  qui suivrait l’ensemble des travaux et pourrait se rendre garant et être responsable des allégations faites concernant les économies d’énergies » (voir Focus)

Enfin, elle pousse le ministère de l’Ecologie à calibrer les aides publiques de manière à inciter les consommateurs à choisir la meilleure performance possible et propose : une progressivité des aides en fonction des économies réalisées, et un cumul de l’éco-PTZ et du CIDD pour les rénovations les plus ambitieuses.

Le temps presse : l’éco-conditionnalité des aides publiques qui doit s’appuyer sur la mention Reconnu Garant de l’Environnement doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain. On attend maintenant la réaction des professionnels.

 

A consulter :

L’étude de l’UFC – Que Choisir

 


Focus

"L'architecte-énergéticien" dont rêve l'UFC -Que Choisir

L’UFC-Que Choisir propose de créer un cadre réglementaire permettant l’émergence d’experts, indépendants tant des professionnels que des fournisseurs d’énergie, qui tiendraient lieu de véritables « architectes-énergéticiens ». L’indépendance de ces experts serait garantie par leur financement direct par le consommateur, estime l’UFC. L’UFC propose d’utiliser les certificats d’économie d’énergie (CEE) pour financer une partie du coût de cette évaluation lors de la phase d’audit.

Cet expert qui serait certifié par un organisme indépendant et/ou par l’administration aurait un rôle de suivi sur toute la durée du projet de rénovation énergétique :

En amont, il réaliserait l’analyse préalable et complète de la maison, établirait l’audit des lieux et les propositions de travaux, et chiffrerait l’objectif précis de réduction de consommation d’énergie permis par ces travaux et les gains économiques qui en découleraient.

-Durant les travaux, il jouerait le rôle d’interlocuteur unique, entre le consommateur et les professionnels des divers corps de métier en charge des travaux. Un véritable rôle de maitre d’oeuvre et de coordonnateur des professionnels, pour le compte du consommateur.

– A l’aboutissement des travaux, il effectuerait un audit de sortie des travaux, et vérifierait l’atteinte – ou non – des objectifs définis en amont. Chaque évaluation du bâti pré-travaux et post-travaux serait ensuite envoyée à l’ADEME. En cas de non-respect des engagements, sa responsabilité pourrait être engagée auprès du consommateur, comme de la banque si un prêt a été concédé pour les travaux. Il pourrait éventuellement mener des actions récursoires contre les professionnels si les travaux n’ont pas été effectués dans les règles de l’art.

L’envoi de ces évaluations pré- et post-travaux pourrait permettre aux pouvoirs publics d’avoir une image fiable du parc de logements et de son évolution, estime l’UFC. Ces informations pourraient aussi avoir un intérêt pour l’administration dans le cadre de l’évaluation des politiques publiques afin d’apprécier et de mieux calibrer les différents dispositifs d’aides et subventions ou de mieux déceler les dysfonctionnements sur le terrain.

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  • - Le

    Le label ne fait pas le prestataire !

    Avec des travaux cauchemardesques (entreprise pourtant labélisée Qulibois et Partenaire EDF Bleu Ciel) comment le résultat est-il possible pour un professionnel « reconnu » ? Mon installateur dont le nombre de chantier désastreux est connu comment peut-il continuer à exercer (via une nouvelle enseigne) et être de nouveau labélisé (Qualibois) ? Les contrôles ne sont peut-être pas si stricts que vous le mentionnez … Le label ne fait pas le prestataire. Malheureusement, quelques prédateurs, font du tort au professionnel compétent que vous semblez être.
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  • - Le

    Encore et encore

    Beaucoup de bruit pour de bien petits pas.. ces querelles de métiers prouvent bien une chose ; la rénovation thermique et énergétique a besoin de transversalité et d’un changement d’état d’esprit de tous les acteurs. La présence de vrais professionnels de la relation est indispensable sur ces chantiers pour que chaque professionnel reste au cœur de son savoir- faire et de son efficacité. La vraie question est celle de savoir qui ( de ces métiers )acceptera de reconnaitre son ignorance, ses limites organisationnelles pour mieux coopérer avec d’autres. La chose est dite…
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  • - Le
    Qu UFC que choisir s’amuse à taper sur le dos des entreprises RGE (dont je fais partie) m’horripile. On ne peut résumer la rénovation énergétique et la construction neuve peu gourmande en énergie aux seuls diagnostiqueurs de tous poils (qu’ils soient EDF ou non)dont les préconisations sont très en dessous de ce qui devrait être fait. Je rappelle à tout hasard que pour être RGE il faut absolument être formé, et être audité sur des chantiers de référence. Donc, pas de droit à l’approxiamtion. Pour ma part, nous nous sommes positionnés sur la construction de maison passive et BBC effinergie, avec nos fenêtres triple vitrage passives,et nous avons même des projets en cours de rénovation de maison existante à rendre passive…. Alors j’invite instamment UFC Que Choisir à venir visiter le prochain salon Passibat à Paris (Parc Floral)les 25 et 26 novembre prochain. Le 27 ils pourraient visiter des réalisations concrètes. Merci au Moniteur de leur transmettre mon message. Viviane
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  • - Le

    Ou comment ré-inventer l'architecte

    Les « experts, indépendants tant des professionnels que des fournisseurs d’énergie », « véritables « architectes-énergéticiens » », « financement direct par le consommateur » sont …. les architectes. Pour qu’un architecte soit labellisé « architecte-énergéticien » les pré-requis devraient être : avoir déjà mené des chantiers de réhabilitation, et suivi une formation en rénovation énergétique du bâti. Et ceux-ci existent déjà. Généralistes, ils interviennent au service de leur client, en toute indépendance des entreprise « corpocentrés », et en garantie décennale. Les architectes sont qualifiés pour repenser la valeur d’usage en même temps que l’efficacité énergique. Il suffit de le dire … et de le faire savoir.
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  • - Le

    architecte énergéticien

    L’architecte-énergéticien rêvé par l’étude existe déjà : les bureaux d’études thermiques Ils sont méconnus du public et pourtant ils ont les compétences pour auditer et suivre les travaux de rénovation thermique. Ils sont même bouder en amont des travaux car cela représente un coût supplémentaire que les Maîtres d’Ouvrages pensent pouvoir se passer. Niveau coût, nous parlons à peine de l’épaisseur du trait par rapport à l’ensemble des travaux. En revanche, les BET sont sollicités après la livraison des travaux quand les clients sont mécontents et qu’ils veulent suivre en justice les prestataires…pourtant là c’est trop tard ! Comme BET, nous avons beaucoup de personnes qui nous appellent pour leurs litiges et trop peu pour les assister dans le conseil et la mise en œuvre. Dimitri Pihouée
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  • - Le

    Ou comment redécouvrir l'architecte

    Les « experts, indépendants tant des professionnels que des fournisseurs d’énergie », « véritables « architectes-énergéticiens » », « financement direct par le consommateur » sont …. les architectes. Pour qu’un architecte soit labellisé « architecte-énergéticien » les pré-requis devraient être : avoir déjà mené des chantiers de réhabilitation, et suivi une formation en rénovation énergétique du bâti. Et ceux-ci existent déjà. Généralistes, ils interviennent au service de leur client, en toute indépendance des professionnels « corpocentrés », et en garantie décennale. Il suffit de le dire … et de le faire savoir.
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  • - Le

    RGE= Qui gagne ?????

    Bonjour, Votre article me fait réagir car tout ce que vous reprocher aux RGE et Pros, je le fais sans être RGE. Je suis un BE et MO qui devra se mettre au RGE, cependant, et je le rencontre beaucoup dans ma profession, les labellisés sont des structure ayant des moyens et pas forcément des compétences. Les petits artisans, BE, MO et autre consciencieux n’ont pas forcément les fonds nécessaires pour se payer les formations. Il faudrait donc revoir le principe d’attribution du RGE non pas par des théories mais par un suivi sur le terrain de ce que font les différents prestataires d’une rénovation. On est une fois de plus en train de favoriser les grosses structures et enrichir les organismes de formations qui ne serviront plus quand tout le monde sera RGE.
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  • - Le

    UFC a raison

    Malheureusement, l’UFC a raison. – Instabilité des aides, des conditions d’attribution, … – 95% des travaux devraient concerner l’isolation du bâti (isolation, ouverture,…) – Les autres corps d’état mentent en avant leurs services pour survivre – Les mentions RGE sont coûteuses et inutiles au regard de ce qui précède Il est logique que les diagnostiques soient tronqués. Le bâtiment est mal en point et ce n’est pas RGE qui le sauvera du naufrage.
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  • - Le

    ILS EXISTAIENT

    Dans les années 1980, au siècle dernier, L’AFME (Agence Française pour la Maitrise de L’Energie maintenant ADEME) avait avec le concours de l’IFE (Institut Français de l’Energie) avait organisée une formation de quatre mois sur l’optimisation de l’énergie dans les bâtiments ; qu’ils soient particuliers, industriels, hospitaliers…. Cette formation n’était accessible que sur lettre de motivation et d’une audition de contrôle par des professionnels. Les prétendants et élus à cette formation avaient toutes les capacités en qualité d’indépendant, d’aborder l’aspect économie d’énergie dans sa globalité. Mais c’était au siècle dernier.
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