Entreprises de BTP

Retour sur les années « corruption » au procès des HLM

Le procès fleuve des HLM de Paris s’est penché lundi sur la « corruption » qui régnait dans les années 1980-1990 au siège de l’Opac parisien, où son directeur général d’alors Georges Perol a été décrit comme un maître absolu à la « poigne de fer ».

Cet octogénaire, qui encourt dix ans de prison pour trafic d’influence, dirigeait de 1982 à 1993 l’office HLM de Paris (Opac), dont les attributions des énormes marchés sont soupçonnées d’avoir été l’occasion de détournements de fonds.
Depuis l’ouverture du procès le 23 janvier, les chefs d’entreprises se sont succédé à la barre pour expliquer comment ils versaient des commissions à des « consultants », condition indispensable pour pouvoir être agréés ou décrocher des marchés auprès de l’Opac, l’un des plus gros donneurs d’ordres de Paris.
Alimentés en cash sur des comptes étrangers, ces consultants, comme Jean-Claude Mery, aujourd’hui décédé, ou Jacky Chaisaz, sont suspectés d’avoir ensuite reversé au moins une partie des fonds pour alimenter le financement occulte du RPR.

Lundi, le tribunal tentait de disséquer le complexe fonctionnement de l’Opac, afin notamment de déterminer les responsabilités entre Georges Perol et son adjoint François Ciolina dans les détournements de marchés publics qui leur sont reprochés.
« Je ne commençais à savoir qu’un appel d’offres était lancé que le jour où les plis étaient ouverts », s’est défendu Georges Perol, rappelant qu’il a « dû passer 5.000 à 6.000 marchés en 10 ans » et qu’il avait procédé à de nombreuses délégations de pouvoirs.
Pourtant, les témoignages évoqués par le président Olivier Leurent ont dressé le portrait d’un autocrate qui range ses documents dans des armoires blindées et interdit qu’on dresse un organigramme ou un répertoire téléphonique de l’Opac de manière à ce que tout passe par lui.
Féru de secret, « il avait même embauché un chauffeur chinois qui ne parlait pas le français », racontera un témoin cité par le juge.
« Avec six milliards de chiffre d’affaires, si le patron n’a pas un minimum d’autorité, la boutique ne peut pas tourner », réplique Georges Perol à la barre.

François Ciolina assure de son côté avoir été peu à peu écarté des centres de décision jusqu’à son départ en 1993, un départ négocié alors que Georges Perol lui reprochait plusieurs irrégularités, comme la construction d’une terrasse sans permis pour l’appartement d’une femme qui lui était proche.
« Un certain nombre de personnes souhaitaient mon départ et M. Méry n’était peut-être pas étranger à tout cela », a lancé M. Ciolina, rappelant qu’il avait été tabassé en 1991 dans un parking, sans qu’on ne trouve jamais les responsables.
Devant le juge d’instruction, Ciolina avait assuré que Georges Perol intervenait dans l’attribution des marchés, arrêtant notamment la liste des candidats aux appels d’offres restreints.
« Les membres de la commission d’appel d’offres avaient un peu l’impression d’être une chambre d’enregistrement », relève le président.
Selon l’ordonnance de renvoi, Ciolina avait aussi affirmé au juge d’instruction « qu’après les délibérations de la commission d’appel d’offres, Georges Perol sursoyait à la notification des marchés pour permettre à Jean-Claude Méry de négocier avec l’attributaire ».
Mais à l’audience, M. Ciolina s’est fait beaucoup moins disert, lui qui la semaine dernière était déjà revenu sur des propos liant M. Perol à Jean-Claude Méry.
Jean-Louis Pany (AFP)

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