Performance énergétique

Retour d’expérience de logements BBC : 10 enseignements

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Conception - Efficacité énergétique

Jean Carassus, économiste, Chantal Laumonier, sociologue, Bernard Sesolis, Damien Janvier, Rémi Wrona, ingénieurs ont produit pour Cerqual l’étude « Vivre dans un logement BBC, un constat prometteur ». Ils en détaillent pour LeMoniteur.fr les principaux enseignements.

L’étude « Vivre dans un logement BBC, un constat prometteur »[1] de Cerqual, qui s’appuie sur l’analyse détaillée de six résidences (voir carte ci-dessous) ayant bénéficié du label « Bâtiment Basse Consommation Effinergie® », label qui a anticipé la RT 2012, visait à répondre à trois questions :

– Quelles sont les consommations réelles des logements comparées aux consommations conventionnelles définies par le label ? Comment expliquer les écarts ?

– Quel est le vécu des occupants ? Quelles convergences ou divergences existe-t-il entre leur vécu et le confort mesuré ?

– Quels sont les choix techniques, les coûts d’investissement, d’entretien et d’occupation ?

 

 

Dix enseignements de ce retour d’expérience peuvent être mis en avant. Un enseignement est à caractère général, trois concernent les consommations, trois les professionnels, trois les occupants.

 

Enseignement n°1 : Les logements BBC, ça marche. Ce n’était pas gagné d’avance.

 

L’échantillon analysé concerne six parmi les toutes premières opérations BBC lancées en France. Bien que se situant au tout début de la courbe d’apprentissage des professionnels, les opérations étudiées n’ont présenté aucun dysfonctionnement significatif.

Certains maîtres d’ouvrage s’étaient « entraînés » en pratiquant les labels HPE (Haute Performance Energétique) et THPE (Très Haute Performance Energétique).

Ce résultat n’était pas gagné d’avance, vu le niveau des exigences du label BBC Effinergie® qui divisent par 2 à 4, selon l’énergie et la zone climatique, les consommations maximum de la réglementation thermique 2005 :

Figure 2. Consommations maximum de référence pour les 5 usages réglementaires [2] RT 2005 et label BBC Effinergie® en kWhep/m².an

Dispositif

RT 2005

Label BBC Effinergie®

Energie utilisée

Electrique

Gaz

Toutes énergies

Zone Climatique H1

250

130

60 ou 65*

Zone Climatique H2

190

110

45, 50 ou 55*

Zone Climatique H3

130

80

40

*Le label BBC décompose les zones H1 et H2 en plusieurs sous-zones Opérations situées à moins de 400 m d’altitude

 

Enseignement N° 2 : Les consommations réelles peuvent se situer au-dessus mais aussi au-dessous du calcul conventionnel BBC Effinergie®. La consommation d’énergie tous usages peut être même inférieure à la convention allemande Passivhaus.

 

Pour le chauffage, 12 ménages ont une consommation réelle supérieure à la convention mais 6 ménages dans 4 résidences ont une consommation réelle inférieure à la convention BBC.

 

 

Deux ménages, à Garges-lès-Gonesse et à Laval, n’ont pas consommé d’énergie pour le chauffage et ont donc bénéficié de transferts de chaleur.

Pour les cinq usages pris en compte par la réglementation thermique, 12 ménages ont une consommation réelle supérieure à la convention, 6 ménages, dans 3 résidences, ont une consommation réelle inférieure à la convention BBC. Ce ne sont pas les mêmes ménages que précédemment.

 

 

Pour les consommations tous usages (celles prises en compte par la réglementation et celles liées à l’électro-ménager et à l’électronique domestique : télévision, ordinateurs…), il n’y a pas de convention française.

Le label allemand Passivhaus en définit une, d’un niveau très performant, que nous avons transposée dans le contexte français, recalculée en convention française à 97 kWhep/m².an, vu notamment les différences de coefficient énergie primaire-énergie finale. 11 ménages sont au-dessus de la convention Passivhaus, 7 sont au-dessous de la convention.

 

 

Enseignement N°3 : Même dans le cas d’un dépassement significatif de la consommation d’énergie par rapport à la convention BBC, la baisse de la consommation réelle par rapport à la réglementation 2005 est très importante.

Prenons l’exemple du ménage dans la résidence « tout électrique » de Pessac (Gironde) qui a consommé, pour les cinq usages pris en compte par la réglementation, 73,1 kWhep/m²Shon.an alors que la convention BBC Effinergie® est de 46,1 kWhep/m²Shon.an, soit un dépassement de 59 %. La consommation réelle est près de trois fois moins importante que celle du même logement régi par la réglementation 2005.

Le ménage dans la résidence à chauffage individuel gaz de Monteux (Vaucluse) qui a consommé pour les usages pris en compte par la réglementation 70 kWhep/m²Shon.an alors que la convention BBC Effinergie® est de 46,2 kWhep/m²Shon.an, a donc effectué un dépassement de 52 % par rapport à la convention. La consommation observée correspond à une consommation près de deux fois moins importante que celle du même logement régi par la réglementation 2005.

Enseignement N°4 : Quand on prend l’indicateur consommation en kWh par personne et par an à la place de l’indicateur usuel kWh/m².an, les résultats sont inversés. Un autre indicateur essentiel est le coût en € de la consommation d’énergie par mois.

Les résultats de l’étude présentés en kWh par personne et par an inversent les résultats présentés en KWhep/m²Shon.an. Si on ne tient pas compte des 2 ménages qui ne chauffent pas leur logement, les ménages qui sont en dessous de la convention Passivhaus au m² sont ceux qui consomment le plus par personne, entre 4300 et 7100 kWh par an.

A l’inverse, la majorité des ménages qui sont au-dessus de la convention Passivhaus au m² consomment moins de 4000 kWh par personne et par an. La question de la densité d’occupation est essentielle pour analyser les consommations réelles. Une bonne performance en kWhep/m² an peut provenir d’une sous-occupation du logement.

 

 

Dans l’échantillon étudié, une proportion significative de ménages paient pour l’énergie consommée tous usages moins de 60 € TTC par mois, abonnements inclus.

 

 

Enseignement N°5 : Les professionnels ont intérêt à multiplier les retours d’expérience détaillés, si possible avec une période de deux ans après livraison. L’erreur ou le succès sont riches d’enseignements. Les professionnels doivent veiller particulièrement au confort thermique d’été.

L’esprit de ces retours d’expérience doit prendre à contre-pied la culture française dominante qui veut que l’erreur soit assimilée à une faute qui doit être dénoncée, au lieu d’être considérée avant tout comme une source d’apprentissage.

Les enseignements tirés de tels retours d’expérience sont précieux. Ils permettent de tester les choix techniques, d’apprécier les premiers problèmes de maintenance, de mesurer les consommations réelles (avec si possible une période d’observation de deux ans après livraison, la première année étant souvent une année de rodage), de connaître le vécu et le comportement des occupants, de prendre conscience de l’importance de leur information…

Un enseignement important pour les résidences situées dans la moitié Sud de la France est de veiller au confort thermique d’été, tant en ce qui concerne l’immeuble (orientation, inertie, ventilation, volets…) que le conseil aux occupants (utilisation de la ventilation, des volets, aération nocturne…). Dans les périodes de grande chaleur, la température peut sortir de la zone de confort :

 

 

Enseignement N°6 : La maîtrise des coûts d’investissement est liée à la courbe d’apprentissage des professionnels.

Méduane Habitat, le maître d’ouvrage de la résidence de Laval (Mayenne) a réalisé son opération à 1 230 € HT le coût de construction par m² habitable (€ valeur 2009), il construit aujourd’hui ses résidences BBC, selon les caractéristiques techniques de l’opération, entre 1050 et 1150 € HT le m² (€ valeur 2013).

Certes la conjoncture a fait que le marché de la construction est maintenant plus favorable aux maîtres d’ouvrage qu’aux entreprises de bâtiment, mais deux facteurs ont fortement joué :

–    Une tendance à la baisse du prix de certains composants mis sur le marché par les industriels,

–    Et surtout la courbe d’apprentissage des maîtres d’ouvrage, des maîtres d’œuvre et des entreprises de bâtiment.

Quand ces professionnels en sont à leur 3ème ou 4ème opération BBC, ils savent faire des choix qui ne coûtent rien (orientation de l’immeuble), qui font faire des économies (compacité) et qui évitent les surinvestissements inutiles.

 

Enseignement N°7 : Les professionnels ont intérêt à privilégier les techniques simples et robustes.

L’étude montre qu’on peut faire des logements BBC performants sans ventilation double flux, sans triple vitrage, sans solaire thermique, sans solaire photovoltaïque.

L’essentiel est que l’immeuble soit bien orienté, plutôt compact (mais la liberté de choix architecturaux est grande), bien isolé et bien ventilé.

Il convient de faire attention aux idées reçues : une des opérations les plus performantes de l’échantillon est la résidence « tout électrique ».

Les techniques simples et robustes doivent être privilégiées avec trois préoccupations : facilité de maintenance, coût d’entretien maîtrisé, facilité d’utilisation par les occupants.

 

Enseignement N°8 : L’usage et le comportement des occupants sont déterminants pour le niveau des consommations réelles. Les six facteurs clés.

L’étude met en évidence six facteurs clés relatifs à l’usage et au comportement des occupants ayant une influence, qui peut être très forte, sur la consommation d’énergie :

–    le nombre de personnes dans le logement,

–    la durée d’occupation durant la journée, la semaine et l’année,

–    le niveau d’équipement d’appareils domestiques et l’intensité de leur usage,

–    la température intérieure choisie en hiver,

–    les pratiques d’aération du logement, notamment l’ouverture des fenêtres et des portes sur jardin,

–    la plus ou moins bonne maîtrise de la chaudière, de la ventilation, des volets et du chauffe-eau solaire quand il y en a un.

Ces facteurs clés expliquent qu’il est normal qu’il y ait toujours une différence, parfois importante, entre le calcul conventionnel BBC des consommations et les consommations réelles.

La convention retenue par la réglementation définit une température extérieure et un seul mode d’occupation, notamment fondé sur des températures de consigne de chauffage qui sont de 19°C en semaine jusqu’à 10h et après 18h et le week-end, et de 16°C entre 10h et 18h les jours de semaine.

Contrairement à ce que pense un grand nombre de professionnels et de chercheurs, cette convention n’est pas conçue pour prévoir les consommations mais pour comparer des logements (vides) avant livraison.

De fait dans la réalité, il y a une très grande diversité de nombre de personnes occupant le logement, de durée d’occupation durant la journée, la semaine et l’année, de température extérieure et intérieure, de pratiques d’aération et de maîtrise des équipements du logement.

 

Enseignement N°9 : Le vécu des logements BBC par leurs occupants est globalement bon dans l’échantillon étudié. Le comportement des ménages est très diversifié. Le confort thermique d’été est parfois insuffisant.

Le niveau de satisfaction des ménages interviewés est globalement bon. L’usage et le comportement sont très diversifiés. En simplifiant, trois catégories d’occupants peuvent être distinguées:

–    Les habitants qui connaissent les principes du BBC et les usages recommandés – ils valorisent le bon usage ou la technique (« On essaie d’utiliser à bon escient tous les avantages de la maison »),

–    Les habitants qui connaissent assez bien les caractéristiques du BBC mais connaissent mal les usages recommandés ou jugent qu’ils ne sont pas applicables – ils ne s’approprient pas bien le BBC (« Théoriquement on n’a pas besoin d’aérer parce qu’il y a le double flux, on devrait laisser fermé jour et nuit mais on a encore cette habitude de se dire j’ouvre pour aérer »).

–    Les habitants qui ne connaissent pas les caractéristiques du logement BBC ni les usages recommandés – ils y vivent comme dans un logement classique (« On ne sait pas à quoi ça correspond, mais on n’a pas cherché à comprendre parce que ça allait bien », « C’est un peu compliqué parce qu’on ne nous a pas trop expliqué »).

Les deux dernières catégories peuvent pratiquer « l’effet rebond » qui consiste à profiter du logement BBC pour améliorer son confort (avec notamment une température intérieure relativement élevée l’hiver) et non pour économiser l’énergie.

Dans le Sud de la France, l’insuffisance de confort thermique d’été dû à une trop forte température dans les logements pendant les périodes de grande chaleur est mal vécue par les habitants.

 

Enseignement N°10 : Les questions de l’information et du conseil aux occupants sont sous-estimées par les professionnels.

De même qu’il existe un processus d’apprentissage pour les professionnels, il y en a un pour les occupants. Cela ne peut pas se réduire à une brochure d’information, même si celle-ci est bien sûr indispensable. Cela passe par une bonne information (par les bailleurs, les syndics de copropriété) sur les consommations et un accompagnement, si possible à trois moments, l’entrée dans les lieux, après quelques mois de « rodage », au bout d’un an sur la base des consommations réelles.

Au-delà du comportement dans le logement, les ménages ne doivent-ils pas modifier progressivement leur mode de vie ? Le promoteur de la résidence en accession à la propriété de Bollwiller (Haut-Rhin) le pense. La brochure d’information qu’il a diffusée s’intitule « Du bâtiment économe à la consommation responsable ». Après les rubriques « Dépensez peu d’énergie en hiver », « Vivez confortablement en été »…, sont présentés les thèmes « Optez pour des achats responsables » et « Déplacez-vous en douceur ».

 

 


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  • - Le

    interressant mais non représentatif

    D’aucuns ayant un peu taquiner les chiffres, sait qu’une étude doit être représentative. Hors, la taille de l’échantillon est insuffisant, c’est d’ailleurs écrit en page 4 du rapport. Il n’en est pas moins intéressant car il confirme et appuie sur l’importance de l’usage, mais ça ne reste qu’un témoignage.
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