Entreprises de BTP

Reprise : le bâtiment devra encore patienter, certainement jusqu’au début 2016

Mots clés : Efficacité énergétique - Entreprise du BTP - Monde du Travail

Les entreprises du bâtiment font le grand écart, entre un premier trimestre 2015 à l’image de 2014 avec baisse d’activité et perte d’emplois et un horizon plus prometteur avec hausse des ventes des constructeurs et promoteurs ainsi que celle des mises en chantier de locaux industriels, augurant une reprise en 2016, selon la FFB. Seul le secteur de l’entretien, y compris la rénovation énergétique ne décolle pas.

C’est une situation pour le moins contrastée que vivent aujourd’hui les entreprises et artisans du bâtiment : leur situation immédiate est toujours difficile mais plusieurs signes positifs leur laissent entrevoir une amélioration de la situation à l’horizon 2016. C’est en résumé le message qu’a fait passer Jacques Chanut, le président de la Fédération française du bâtiment, vendredi 18 septembre, lors du traditionnel point de conjoncture. Dans ces conditions, pas facile de jongler avec une gestion actuelle très serrée qui prend en compte les trésoreries à sec et se préparer à la reprise qui exige des besoins en trésorerie (achat de matériaux et de matériels, paye des salariés, etc…), et alors que les délais de paiement clients s’allongent. Pour soutenir les entreprises qui devront naviguer dans des eaux mouvantes, – on le sait, la période de reprise est souvent délicate voire « mortifère » -, la FFB anticipe et appelle à une mobilisation générale de toute la filière. « Il faudra que les fournisseurs et les négociants, mais aussi les banques et les assureurs-crédit aillent au-delà des lignes de crédit actuellement accordées », indique Jacques Chanut.
Cette demande est d’autant plus légitime que l’activité est encore en berne, l’organisation professionnelle reste d’ailleurs sur sa prévision annoncée il y a quelques mois : une baisse de -1,5% qui pourrait même être supérieure à -1,8%, « à moins que la reprise se fasse dès maintenant », rajoute le président.

 

« Noir, c’est noir »…

 

Le premier semestre 2015 s’inscrit dans la droite ligne de 2014. Les logements autorisés et commencés sont en repli respectivement de 7,9 % et 5,8 % sur les sept premiers mois de l’année, comparé à la même période de l’an dernier. En rythme annuel, les ouvertures de chantier ressortent ainsi à près de 334 000 unités contre 355 000 en 2014. Dans le non-résidentiel neuf, hors hôtellerie et locaux agricoles, la baisse est de -11,8% et -11,7% pour les surfaces autorisées et commencées. « On peut même qualifier de chute vertigineuse les évolutions relevées pour les bâtiments administratifs, dont les permis et ouvertures de chantier baissent respectivement de 16,7 % et 22,1 %. Les locaux commerciaux suivent de près, avec  8,8 % et  23,2 % », commente Jacques Chanut. Quant au marché de l’amélioration-entretien, les évolutions demeurent clairement baissières et ce, malgré l’essor des ventes dans l’ancien et la mise en place des mesures en faveur de la transition énergétique. Pour la FFB, le crédit d’impôt (CITE) est encore mal connu des ménages et la baisse de l’énergie n’aide pas à booster le marché.
Conséquence : l’emploi est durement touché. Le premier semestre affiche le plus mauvais score enregistré depuis l’entrée dans la grande récession de 2008, avec 44 600 postes de travail en moins (-3,8%) qu’au premier semestre 2014, y compris intérim en équivalent-emplois à temps plein. Quant aux défaillances d’entreprises, elles ont progressé de 2,4% sur un an, malgré une nette inflexion au deuxième trimestre.

 

… « Il y a un espoir »

 

Toutefois, plusieurs facteurs laissent présager une amélioration de la situation à l’horizon 2016. « Il se passe quelque chose sur les marchés », note Jacques Chanut. En matière de logement neuf, le dynamisme du crédit immobilier, comme des ventes des CMIstes ou des promoteurs (de l’ordre de +20 % en glissement annuel sur le premier semestre pour ces deux segments), devrait conduire à une hausse des permis et mises en chantier d’ici l’entrée dans l’hiver. Pour le non-résidentiel neuf, la vigueur du crédit à l’investissement, mais aussi la progressive amélioration des mises en chantier de locaux industriels et assimilés s’avèrent de bon augure, même s’il ne faut guère espérer d’impact réel pour le bâtiment avant 2016. Le décalage entre les ventes et les mises en chantier et donc l’activité des entreprises et artisans du bâtiment s’explique par les délais très longs, environ 200 jours (1) pour les maisons individuelles et plus pour le collectif et le non résidentiel. Raison pour laquelle, la FFB ne table pas avant l’hiver 2015-2016 pour enregistrer les effets de la reprise.

Si l’éclaircie est réelle sur ces marchés, il n’en est pas de même pour l’amélioration-entretien et pour la rénovation énergétique en particulier. Aucun signe annonciateur d’une reprise dans ce domaine n’est décelé. Pour dynamiser le marché, la FFB souhaite, « à titre d’opération « coup de poing », une extension du crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) aux résidences secondaires pour un an ». Une mesure facile à mettre en œuvre avec un coût limité et à effet rapide, selon elle. « Dans le même temps, il importe que l’objectif parfaitement justifié de la transition énergétique ne débouche pas sur des obligations insupportables pour les acteurs de l’immobilier, au risque d’éteindre une demande déjà atone. Il faut être clair : l’appareil de production est prêt, il s’est adapté et continuera de le faire. Le chaînon manquant se situe bien côté demande », rappelle Jacques Chanut.

 

Inquiétudes

 

Le président de la FFB a profité de ce point de conjoncture pour préciser les dossiers que son organisation surveille de près. A commencer par les territoires ruraux et faiblement urbanisés. Ces zones, où la commande privée, structurellement faible, souffre particulièrement de la crise et où la commande publique a fortement reculé depuis 2014, «  faute de redressement de l’investissement public, risquent de subir à brève échéance une saignée à blanc de l’appareil de production du bâtiment ».  Tout en saluant les mesures annoncées par François Hollande pour redynamiser ces territoires (extension aux petits bourgs du PTZ+ avec travaux dans l’ancien, élargissement du champ des dépenses éligibles au FCTVA – Fonds de compensation pour la TVA – aux travaux d’amélioration-entretien des équipements publics), l’organisation professionnelle souhaite qu’une attention particulière soit apportée à ces territoires ruraux à l’occasion des débats en loi de finances pour 2016 sur les dispositifs annoncés.

Par ailleurs, pour ne pas casser la dynamique en cours dans la construction, la FFB demande de « ne pas charger la barque ». En ligne de mire, le projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine qui, selon elle, « rouvre la boîte de Pandore de la généralisation de l’intervention de l’architecte, y compris en deçà de 170 m² et pour la réalisation des lotissements ». « Depuis plus de 10 ans, les professions unanimes soulignent les surcoûts associés à de telles mesures, en particulier pour les opérations d’accession en individuel par les ménages les plus modestes », s’inquiète le président.

 

 

 (1) Selon la société de caution CGI Bat

 

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