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Rénovation urbaine : trois questions à se poser en attendant la liste des 200 quartiers prioritaires

Mots clés : Gouvernement - Urbanisme - aménagement urbain

Pourquoi la liste des 200 quartiers qui bénéficieront d’une partie des 5 milliards d’euros de l’ANRU n’est toujours pas publiée ? L’effet de levier de 20 milliards attendu par le gouvernement sera-t-il au rendez-vous ? Des professionnels du secteur répondent au Moniteur.fr.

C’est une liste qui vaut de l’or. L’annonce des 200 quartiers prioritaires de la politique de la ville, ces territoires qui bénéficieront d’environ 85% des 5 milliards d’euros de budget de l’agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) dans le cadre du nouveau programme de renouvellement urbain (NPNRU), n’en finit plus d’être repoussée. En septembre dernier, le ministère indiquait que cette fameuse liste serait connue non pas début d’octobre, mais  plutôt à la fin du mois, à l’issu d’un conseil d’administration de l’ANRU (voir notre article).

Aujourd’hui, nouveau report. La liste ne sera pas dévoilée d’ici la fin de la semaine, mais plutôt « durant la première quinzaine du mois de novembre », précise-t-on au ministère. Ces nombreux décalages nous laissent le temps de nous interroger sur le NPNRU.

 

Pourquoi est-ce que la sélection des 200 quartiers prend autant de temps ?

 

D’abord, parce que les montants en jeu sont énormes : cinq milliards de subventions pour 200 quartiers, alors qu’il existe 1 300 quartiers potentiellement éligibles (voir notre article). En période de crise, « tous les maires s’activent pour bénéficier de cette manne », indique Renaud Epstein, maître de conférences à l’université de Nantes et auteur de « La rénovation urbaine. Démolition-reconstruction de l’Etat » aux éditions Les Presses de Sciences Po. En d’autres termes, de très nombreuses sollicitations ralentissent la procédure.

Cette lenteur s’explique également par le mode de fonctionnement du NPNRU. En 2003, lors du lancement du programme de rénovation urbaine (PNRU), la liste des quartiers bénéficiaires n’avait pas été prédéfinie. Les crédits étaient octroyés par le biais d’un système d’appel à projets. « Ce mode d’allocation des crédits de l’ANRU a mis les villes sous pression, décrypte Renaud Epstein. Les élus locaux ont dû élaborer leur projet de rénovation urbaine dans l’urgence, les premiers arrivés étant les mieux servis. » A l’époque, les élus avaient donc intérêt à aller très vite. Aujourd’hui, ils ont plutôt intérêt à prendre le temps de sensibiliser les membres du conseil d’administration de l’ANRU sur la situation de leurs quartiers. 

« D’autre part, les périmètres figés engagent l’État, les collectivités locales et leurs partenaires pour plusieurs années. Souvenons-nous des zones urbaines sensibles qui étaient créées pour quelques années et qui perdurent depuis 1997, s’exclame Sylvie Rebiere-Pouyade, présidente de l’Inter-réseau des professionnels du développement social urbain (IRDSU). Aujourd’hui, on fait attention aux choix que l’on fait, parce que cela engage pour plus longtemps que prévu ! »

 

Les collectivités locales auront-elles les moyens d’investir, et donc d’enclencher l’effet de levier de 20 milliards d’euros espéré par le gouvernement ?

 

« Si la dotation de solidarité urbaine ne compense pas la baisse des dotations, nous ne financerons pas la politique de la ville », prévenait Jean Touzeau, maire de Lormont et vice-président de la Communauté urbaine de Bordeaux délégué à la politique de la ville, dans le cadre d’une audition à l’Assemblée nationale sur les crédits de la politique de la ville le 14 octobre dernier.

En pleine sélection des quartiers prioritaires de la ville, peu d’élus se risquent à affirmer qu’ils n’auront pas les moyens d’investir aux côtés de l’ANRU. Mais la question est sur toutes les lèvres.

 « La capacité d’investissement des villes dans les projets de rénovation urbaine est très incertaine, estime Renaud Epstein. Les maires vont-ils choisir de consacrer une part substantielle de leurs budgets d’investissement à ces projets, comme dans la décennie passée ? Dans un contexte budgétaire contraint, les villes vont devoir faire des arbitrages, entre les investissements dans les centres villes et dans les quartiers en difficulté. » Pour autant, les programmes ANRU sont des projets structurants pour les communes. Pour avoir les moyens d’intervenir, les collectivités locales devront faire preuve de pragmatisme. A l’exemple des « collectivités capables d’introduire dans leur environnement local des moyens de péréquation et de s’organiser en mode projet pour aller chercher du financement européen », estime Sylvie Rebiere-Pouyade. Selon cette experte, les collectivités qui arriveront à tirer leur épingle du jeu seront « celles qui auront l’ingénierie nécessaire ainsi que la capacité à imposer à leurs interlocuteurs leurs projets de territoires intégrés. »

 

Quelles erreurs commises dans le cadre du PNRU doit-on éviter de répliquer à l’occasion du NPNRU ?

 

Pour certains professionnels, il faut d’abord clarifier la stratégie poursuivie. « D’un côté, on affiche un objectif de mixité sociale, de renouvellement de la population qui est vue comme la source des problèmes des quartiers, de l’autre, on met désormais en avant le principe « d’empowerment », qui valorise les ressources de cette population, considérée comme un point d’appui pour engager les quartiers dans une dynamique de développement, relève Renaud Epstein. Il y a là une incohérence évidente. »

Pour d’autres, comme l’inter-DSU, il est nécessaire de « décentraliser » les prises de décisions pour « laisser une plus grande marge de manœuvre aux préfets pour discuter avec les collectivités et les organismes HLM du renouvellement urbain des quartiers dans le cadre du contrat de ville. » Objectif de cette proposition : associer plus fortement le NPNRU aux autres dispositifs de la politique de la ville.

 

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