Performance énergétique

Rénovation énergétique : l’Ile-de-France cherche des arguments

Mots clés : Efficacité énergétique - Gestion et opérations immobilières - Marché de l'immobilier

Avec son parc immobilier vieillissant, l’Ile-de-France aurait besoin d’une large rénovation énergétique. Toutefois, plusieurs facteurs freinent encore ce mouvement. Une journée d’information organisée par le CAUE 92 le 16 juin dressait un état des lieux de ce chantier désirable, mais qui peine à démarrer.

Depuis 2007 et le Grenelle de l’Environnement, les pouvoirs publics ont tenté plusieurs approches pour promouvoir la rénovation énergétique. Les arguments environnementaux ou financiers se sont révélés peu efficaces, tout du moins à court terme. Peut-être a-t-on oublié un peu vite le confort et le bien-être des habitants. C’était en tout cas la thèse défendue lors de la journée d’information « Rénovation énergétique et qualité architecturale dans les logements collectifs et individuels », organisé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) par le Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement des Hauts-de-Seine et l’agence locale de l’énergie Grand Paris Seine ouest énergie le 16 juin dernier.

Contexte de la manifestation oblige, les réflexions se sont focalisées sur le parc résidentiel francilien. Toutefois, ce dernier présente des caractéristiques communes à l’ensemble des grandes villes françaises. La région possède un patrimoine urbain vieillissant. Une étude de 2014, rédigée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) Ile-de-France, la Préfecture d’Ile-de-France et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), estimait que 79, 4 % des résidences principales du territoire ont été construite avant 1981.

Par ailleurs, une part non négligeable de la population est en situation de précarité énergétique : « 360 000 ménages consacrent plus de 10 % de leurs revenus à l’énergie, et 640 000 ménages affirment avoir froid. Seulement 10 % entrent dans ces deux catégories. Les petites factures ne doivent pas être ignorées. Elles peuvent être le signe de restriction », souligne Lucile Mettetal, chargée d’étude habitat au sein de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France.

Autant d’éléments qui appellent une politique de rénovation énergétique de grande ampleur. Cependant, la même enquête de l’Ademe précise que 72 % de ces mêmes résidences principales se situent dans des immeubles collectifs. En outre, si le patrimoine francilien est ancien, c’est en partie dû à des particularités esthétiques remarquables, qui méritent d’être conservées.

 

Le choix du pragmatisme

 

L’Ile-de-France se trouve donc devant un défi ardu. Pour réussir sa politique de rénovation, elle doit convaincre des copropriétés plutôt réfractaires, et respecter son histoire architecturale. Dans ce contexte, les intervenants affichaient un pragmatisme de rigueur. « Nous devons embarquer l’efficacité énergétique dans d’autres travaux. Seule, elle ne convainc pas les propriétaires. D’autres aspects, tels que des pathologies, l’accessibilité, ou le confort, sont plus à même de motiver un chantier », analyse André Pouget, ingénieur thermicien et fondateur du bureau d’étude Pouget Consultants.

La nécessité d’adapter un bâtiment archaïque à la demande actuelle apparaît également comme une pratique intéressante. Lors de la réhabilitation de La Faisanderie à Fontainebleau (Seine-et-Marne), le cabinet d’architectes Eliet et Lehmann ne s’est pas contenté d’isoler l’enveloppe par l’intérieur. Il a réorganisé les appartements de 4 barres d’immeubles de 1952. Des chambres d’étudiants, et des espaces destinés au commerce ont été ajoutés. « Tout à trouver preneur », indique Denis Eliet, architecte de l’agence. L’opération, terminée en 2014, fait l’objet d’un retour d’expérience complet, disponible sur le site internet de l’association Ekopolis.

En milieu occupé, la démarche se complique. « On ne peut pas imposer une rénovation complète d’un immeuble à une date précise. En cas d’opération dans les parties communes, nous ajoutons une liste de recommandations pour chaque propriétaire. Si celui-ci entame un jour des travaux, il pensera peut-être à nos préconisations », explique André Pouget.

 

Les courettes au secours des immeubles haussmanniens

 

Une fois que les parties prenantes sont convaincues, les maitres d’œuvre doivent encore composer avec des façades classées, tout particulièrement dans le centre de Paris. La réponse prend la forme d’un mélange d’isolation par l’extérieur et l’intérieur. Les édifices haussmanniens possèdent en général une arrière-cour, invisible depuis la rue, et souvent dégradée. La pose en extérieur peut alors trouver sa place. «  Dans ce cadre, nous prêtons attention à ce que l’isolation par l’extérieur n’altère pas la continuité du bâtiment. Nos ensembles sont préfabriqués à partir de prototypes réalisés sur le chantier. Nous avons une réflexion commune avec les entreprises sur ces méthodes », indique Patrick De Jean, architecte de l’agence De Jean et Marin Architectes, habitué à ce type de chantier.

Quant à l’isolation par l’intérieur, elle pose le problème d’une intervention sur un site occupé. Un temps de pose écourté pourrait décider quelques opposants. En septembre 2011, Pouget Consultants a effectué l’isolation thermique par l’intérieure d’une chambre parisienne en 10 h. Les panneaux isolants sous vide ont ajouté 5 cm d’épaisseur aux murs. « C’était un challenge. Le produit revient 2 à 3 fois plus cher pour une résistance thermique équivalente. Cependant, si l’on prend en compte la surface économisée et le gain de temps, cette opération revient moins chère qu’avec des matériaux traditionnels. Il manque néanmoins des entreprises formées à ces méthodes de pose rapide », commente André Pouget. La rénovation énergétique attend donc encore des produits et des usages adaptés.

 

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