Energie

Rénovation énergétique : des similitudes entre la France et l’Allemagne

Mots clés : Efficacité énergétique - Réglementation thermique et énergétique

L’efficacité énergétique est un sujet qui ne va pas de soi et souvent mal compris des particuliers car complexe et difficilement visualisable. D’où un marché qui peine à exploser. Face à ce constat, dressé de part et d’autre du Rhin, des solutions sont mises en œuvre et peuvent être partagées. C’est l’avis de deux associations, CFEE et DENEFF, respectivement française et allemande, qui ont décidé de collaborer en matière de rénovation énergétique.

L’une est française, l’autre allemande, toutes deux sont engagées dans la promotion de l’efficacité énergétique. Les associations CFEE (Coalition France pour l’Efficacité Energétique) et DENEFF, qui regroupe 131 entreprises industrielles (dont Bosch, Siemens, Knauf Insulation, voire même des entreprises françaises comme Cofely…) ont décidé de mettre en commun leurs expériences. Première manifestation de cette volonté, l’organisation d’un colloque consacré au financement de l’efficacité énergétique dans les locaux de la représentation en France de la Commission européenne. Tout un symbole !

 

La rénovation énergétique ne va pas de soi



« L’efficacité énergétique nécessite des explications. Quand on évoque les énergies renouvelables, tout le monde sait de quoi on parle, car cela se voit, mais c’est beaucoup plus compliqué de faire comprendre l’efficacité énergétique », souligne Carsten Müller, président de Deneff et député du Bundestag, en préambule de ce colloque. Pour autant et comme en France, ce sujet fait consensus quelles que soient les couleurs politiques. En Allemagne, le gouvernement a adopté il y a plus d’un an le Plan national d’actions pour l’efficacité énergétique, marqué par un équilibre entre la promotion du marché et des réglementations. Toutefois, le système fédéral avec des gouvernements à l’échelon des länders permet une grande latitude. « Ainsi dans le sud, explique Carsten Müller,  il y a davantage de réglementation avec une obligation de travaux de rénovation énergétique. Et les résultats  ne sont pas forcément au rendez-vous. Parce qu’ils y sont obligés, les propriétaires freinent à engager des travaux. On a d’ailleurs constaté qu’il y avait un ralentissement des rénovations». 
Le président de Deneff préfère à l’obligation, des incitations, y compris fiscales. « Il faut convaincre que ces opérations sont rentables, qu’il y a des valeurs ajoutées, comme le confort. Et surtout s’éloigner du raisonnement basé sur le retour sur investissement court». Voilà pour le message, qui n’est pas si éloigné de celui délivré en France pour « vendre » de la rénovation énergétique. Quant aux recettes, elles sont aussi sensiblement identiques : le propriétaire a besoin de sécurité, de confiance, d’accompagnement et de garantie de résultats. Les conseillers doivent alors faire preuve de beaucoup de pédagogie.

 

Le duo gagnant : conseillers bancaires et conseillers en énergie


Pour Ferenc Ellermann, directeur du marché des particuliers, Energy Engineers (TÜV Nord Group), un système de réseaux de conseillers spécialisés, la banque jouit de la confiance des particuliers ; c’est donc par elle que doit passer le conseil, mais pas que. « Ce qui fonctionne, explique-t-il, c’est la combinaison entre les conseillers bancaires et les conseillers énergétiques qui vont identifier les besoins et accompagner les propriétaires dans leur démarche. Ce processus standardisé porte ses fruits, le panier moyen des travaux énergétiques s’élève à 51 000 € ». Est-ce que ce modèle est reproductible en France ? Pas si sûr car les banques françaises disent ne pas vouloir proposer la rénovation énergétique car il n’y a pas de marché ;   à l’inverse, si elles ne la proposent pas, on ne crée pas de marché. C’est le chat qui se mord la queue.


Sociétés de tiers-financement


Le financement est aussi le nerf de la guerre en ce qui concerne la rénovation énergétique. Les  évolutions législatives, d’abord la loi Alur qui a donné une définition au tiers-financement, puis la loi sur la Transition Energétique qui a créé un aménagement du monopole bancaire  pour permettre de distribuer des prêts pour financer des travaux de rénovation énergétique permettent à des sociétés de tiers-financement de jouer pleinement leur rôle. C’est le cas de la Sem Posit’if   dédiée   à   la   rénovation   énergétique  des copropriétés en Ile de France. « Sur 15 mois, nous avons traité 4 opérations (en travaux actuellement) et 20 projets sont en portefeuille, ce qui représente environ 40 millions d’euros et plus de 3 000 logements », indique son directeur José Lopez. La Sem Posit’if, dont le modèle économique est basé sur des copropriétés importantes (50 logements minimum) a, par ailleurs, obtenu un prêt de la BEI de 100 millions (sur une enveloppe de 400 millions consacrés au tiers-financement, ouverte par le plan Juncker).

 

Plateformes : la Bretagne exemplaire


Issues de la loi sur la Transition Energétique, les plateformes locales de rénovation de l’habitat occupent une place de choix dans le dispositif d’accompagnement des ménages. La Bretagne est un bel exemple d’occupation du territoire. « Les ¾ du territoire sont engagés dans la démarche, certaines sont d’ores et déjà opérationnelles. Notre objectif est de couvrir l’ensemble du territoire d’ici 2020 », souligne Dominique Ramard, conseiller régional délégué à l’énergie et au climat.  Les aides délivrées par plateforme s’élèvent à 300 000 euros et sont portées par le Conseil régional et l’Ademe. « Le modèle économique n’est pas pérenne, admet-t-il. Il faudra trouver d’autres types de financements. La bonne nouvelle, c’est que certains réseaux bancaires demandent à s’intégrer à la démarche. A terme, elles seront labellisées. Nous imaginons même signer des conventions entres banques et plateformes qui organiseraient la formation des conseillers bancaires et la fluidité entre ces derniers et les accompagnateurs de la rénovation énergétique. En contrepartie, les banques demandent que l’ensemble du territoire breton soit couvert par les plateformes.

Même si Dominique Ramard constate une montée en compétence, il relève un problème de savoir-faire et d’offre de travaux de qualité, et pas uniquement du côté des entrepreneurs et artisans. « Les architectes doivent sortir des postures d’esprit pur et pensant que la rénovation est moins noble ; c’est toute un changement culturel qui doit s’opérer ».


L’appel de Sabine Buis aux banques et assurances

 

En conclusion de ce colloque, Sabine Buis, députée de l’Ardèche et rapporteur du projet de loi pour la Transition Energétique, a rappelé que pour réussir la transition énergétique, la France et l’Allemagne devaient s’engager dans la rénovation des bâtiments. « Dans nos deux pays, ce n’est pas forcément l’argent qui fait obstacle au marché de la rénovation énergétique, mais bien plutôt sa complexité et son manque de transparence ». Pour résoudre ces difficultés, elle a appelé le secteur bancaire à « être pro-actif dans ce domaine » en adaptant son offre selon le profil de ses clients et en collaborant avec les réseaux de conseillers indépendants en énergie.

Concernant le secteur de l’assurance, Sabine Buis souhaite le développement de produits assurantiels : « il y a un besoin de couvrir les éventuels écarts entre les économies d’énergie prévues et celles obtenues suite à rénovations… Car la crainte est bien présente chez le particulier au moment de passer à l’acte, de se retrouver confronté à la non-atteinte de la performance énergétique promise». Notons que, contrairement à la France, véritable désert dans ce domaine, en Allemagne, des acteurs du secteur de l’assurance, comme Klimaprotect, proposent des produits dédiés au marché de la rénovation énergétique.

 

Les améliorations possibles


La députée a ciblé trois axes d’améliorations à apporter. Le premier concerne la fragilité des entrepreneurs locaux, étranglés économiquement par une concurrence féroce. « Un cadre législatif et réglementaire doit être expressément mis en œuvre afin de garantir le développement des PME et des TPE de la rénovation énergétique. La relation entre elles et les grands groupes doit être équilibrée. L’éviction du secteur de milliers d’emplois locaux et non-délocalisables n’est pas tenable sur le long terme. A ce titre, la commande publique doit, elle aussi, être exemplaire ».

Le deuxième axe porte sur le financement, notamment la création d’une agence de financement de la transition énergétique, sur le modèle allemand de ce que propose la KFW, dont l’objectif est d’assurer le refinancement optimal des sociétés de tiers-financement. Un premier pas dans ce sens vient d’être effectué avec l’annonce faite par le président de la République de la création prochaine par la Caisse des Dépôts et Consignations d’un opérateur public tiers-financeur qui prendra à sa charge les travaux de rénovation énergétique et se fera rembourser sous forme de loyer.

Le troisième levier est d’apporter une meilleure lisibilité des dispositifs. « Il convient également de réformer les outils. Je pense ici au CITE. Il est absolument indispensable de maintenir la logique du bouquet de travaux, et d’éviter ainsi les effets d’aubaine » a conclut la députée.

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