Collectivités territoriales

Radiographie de la grande région Sud-Ouest

Mots clés : Conjoncture économique

Aussi grande que l’Autriche, la future région Aquitaine Poitou-Charentes Limousin, sera la première région agricole et forestière d’Europe, disposant du troisième PIB régional en France et d’une démographie attractive. Etat des lieux des enjeux, atouts et faiblesses de la future grande région.

Dans sa dernière séance plénière de président de région Aquitaine, Alain Rousset a prévenu: «nous n’annexons pas deux régions, nous allons créer un territoire qui aura un potentiel extraordinaire, agricole, industriel, de formation, d’attractivité». A quelques semaines des élections régionales, voici ce que l’on peut déjà dire de ce nouveau territoire, issu de 40 ans de décentralisation et qui retrouve à peu près les limites de l’Aquitaine d’Aliénor, du sud de la Loire aux Pyrénées. Petit rappel: lorsqu’il succède à sa mère en 1170, Richard Cœur de Lion, comte de Poitiers, est couronné duc d’Aquitaine à Limoges.

Première certitude, le siège de la nouvelle région, à Bordeaux, pourra accueillir sans nouvel hémicycle les 183 conseillers régionaux: 102 aquitains (85 actuellement), 57 picto-charentais (contre 55) et 24 limousins (43 actuellement). Selon l’Insee, elle sera la plus grande région de France (83 339 km2), soit l’équivalent de l’Autriche ou de la République tchèque, peuplée de 5,7 millions d’habitants (comme le Danemark). Paradoxalement elle sera aussi la moins dense de l’Hexagone, hors Corse avec 69,4 habitants/km2 (117 de moyenne nationale). Et se situe donc au 4e rang des régions en termes de population.

La grande région compte 25 grandes aires urbaines dont celles de Bordeaux (1,14 million habitants), Bayonne et Limoges (283 000 habitants chacune), Poitiers (254 000 habitants), Pau (241 000) et La Rochelle (206 000).

 

Un PIB de 158 milliards d’euros

 

Première région forestière d’Europe en superficie (2,8 millions d’hectares), première région agricole d’Europe en chiffre d’affaires, elle accueille 398 000 entreprises et affiche un PIB de 158 milliards d’euros, le 3e après Ile-de-France et Rhône-Alpes-Auvergne. C’est aussi une région «verte», avec le premier parc de production photovoltaïque de France, dont dernièrement la plus importante unité de production d’Europe (300 mW à terme) connectée au réseau cette semaine à Cestas (Gironde).

Avec notamment 720 km de littoral, elle accueille chaque année 13 millions de touristes, propose 14,9 millions de nuitées hôtelières (2e après Paca), ce qui le situe comme premier employeur touristique national.

C’est aussi une grande région étudiante, avec 195 758 lycéens, 181 000 étudiants, 37 200 apprentis répartis sur 396 lycées et six pôles universitaires: Bordeaux, Limoges, Poitiers, La Rochelle, Pau et les pays de l’Adour (UPPA). Avec onze pôles de compétitivité, la grande région consacre 103 millions d’euros à la recherche et transferts de technologie, ce qui la place au premier rang après l’Ile-de-France.

Autre atout, une démographie dynamique, liée à l’attractivité plus qu’au solde naturel: les villes et le littoral concentrent les nouveaux arrivants. Un habitant sur cinq vit dans la métropole bordelaise et si les villes-centres se dépeuplent, c’est au profit de leur périphérie.

Corollaire de cette attractivité, c’est aussi une des régions qui accueille le plus des jeunes couples avec enfants et de jeunes retraités: un habitant sur quatre est âgé de plus de 60 ans. Les projections de l’Insee prévoient un apport d’un million d’habitants d’ici à 2040.

 

Concentration dans les pôles urbains mais une ruralité présente

 

Autre aspect de l’évolution démographique: selon l’Insee, les villes-centres perdent souvent des habitants, au profit de leur périphérie. Ainsi la ville de Pau (Pyrénées-Atlantiques), qui compte 1 300 habitants de moins par an entre 2007 et 2012, ou encore de Brive-la-Gaillarde, La Rochelle, Limoges ou Châtellerault où la population décroît de 500 habitants par an. Seule Bordeaux échappe à cette tendance et gagne en moyenne 1 200 habitants par an. Si la population diminue de 0,3% par an dans les villes-centres des grandes aires urbaines, la population périphérique augmente ainsi de 1,5% chaque année autour des grandes villes et de 0,7% autour des villes moyennes, ce qui renforce la périurbanisation et l’étalement urbain. Sans surprise, les villes-centres des grands pôles urbains sont très attractives pour les jeunes, notamment les étudiants. Ainsi, il y a 7 500 nouveaux arrivants dans la tranche des 15-24 ans à Bordeaux, Limoges, Poitiers et Pau. A l’inverse, dès que l’on s’éloigne de ces pôles urbains, l’écart se creuse entre une population vieillissante et un exode prononcé des jeunes, surtout dans les communes isolées. Autre phénomène accentué: 12 000 jeunes actifs de 25 à 39 ans quittent les villes centre des aires urbaines de toute taille et s’installent dans les couronnes des grandes aires urbaines. En cause, bien entendu le prix de l’immobilier.

Si l’on en croit l’observatoire national de la chambre des notaires, les transactions sont parties à la hausse, et les prix de l’accession ne cessent de grimper: 260 000 euros en moyenne pour une maison à Bordeaux, 142 000 à Limoges, 145 000 à Poitiers et pour les appartements anciens 1560 euros/m2 à Poitiers (+13,7), 3100 euros/m2 à Bordeaux, 1090 euros/m2 à Limoges et 2440 euros à Bayonne.

A l’échelle 1/7e du territoire national, la future région Sud-Ouest, quel que soit son nom, décrit bien ce passage vers un territoire à plusieurs vitesses qu’observent les géographes Laurent Davezies (La Crise qui vient) et Christophe Guilluy (La France périphérique). Mais aussi un territoire qui absorbe un peu mieux les chocs économiques et dispose d’atouts naturels et humains sur lesquels le nouvel exécutif régional doit pouvoir s’appuyer.

 

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