Paysage

Quatre entreprises du paysage militent pour la diversité génétique

Mots clés : Démarche environnementale

L’essaimage français de la plus vieille banque de semences du monde matérialise l’engagement de quatre entreprises du paysage en faveur de la biodiversité ordinaire. Elles ont profité du salon Produrable, qui a fêté ses 10 ans les 14 et 15 mars à Paris, pour dresser un bilan d’étape du fonds d’investissement Denatura, créé en 2015.

Elles se sont connues par le biais de l’écopâturage. Actives dans les régions lyonnaise, parisienne, lilloise et angevine, les entreprises de paysage Edelweiss, Plaine Environnement, SAEE Flandres et Tarvel ont créé le fonds Denatura pour mettre en perspective une activité intrinsèquement liée au développement durable : « La nature constitue la matière première des entreprises du paysage », rappelle Benoît Lambrey, président du fonds pour la diversité biologique hébergé par l’entreprise Tarvel (groupe Segex) depuis sa création en 2015.

 

Le sauvetage des solognots

 

Parmi les pionniers français du pastoralisme dans les villes et aux abords des infrastructures pour l’entretien des espaces verts, Philippe Feugère mesure le chemin parcouru : « En moins de 10 ans, nous avons doublé le cheptel de moutons Solognots. L’espèce est repassée au-dessus du seuil d’alerte qui les classait en voie de disparition », se réjouit le P-DG de Plaine Environnement, basé en Seine-Saint-Denis, et désormais représentant officiel des Solognots au salon de l’Agriculture. La coopération entre les fondateurs de Denatura a rendu possible ce résultat, au bénéfice d’une race de moutons qui contribuent à la lutte contre les plantes invasives, et dont la stature imposante s’adapte aux contextes urbains et périurbains.

 

Jardins conservatoires

 

L’inversion de la courbe des Solognots a précédé l’engagement du premier projet mené sous la bannière de Denatura : pour sauver les collections de semences accumulées depuis les années 1920 par l’Institut Vavilov de Saint-Pétersbourg, le fonds mobilise les sponsors à travers son salarié permanent, Benjamin Canon. Le groupe Seb a saisi l’opportunité d’une réserve foncière, dans l’enceinte de son siège social d’Ecully (banlieue de Lyon) pour accueillir en 2016 le premier jardin français de l’institut russe, avec un double objectif : conservation des collections et pédagogie de la biodiversité, à travers des dons de graines offerts aux salariés. La plantation de pois et haricots plus riches en protéine que les espèces disponibles sur le marché contribue par ailleurs à stimuler une piste de recherche suivie par l’industriel : Seb travaille à la mise au point de matériels adaptés à ces légumes et à faible consommation d’énergie.  

« Les trois quarts des espèces cultivées ont disparu de la planète depuis 1945. Nicolaï Vavilov avait pressenti, dès les années 20, la nécessité de préserver un patrimoine fragile, et qui pourrait manquer aux générations futures », explique Benoît Lambrey. 75 % des variétés conservées par l’institut, et plantées dans sa douzaine de stations, datent d’avant la seconde guerre mondiale. Mais en l’absence de soutiens publics, l’appétit des promoteurs met en péril plusieurs de ces stations qui survivent en grande partie grâce à des bénévoles. Constitués en Collectif Vavilov, le centre de ressource en botanique appliquée de la métropole lyonnaise, le bureau d’études PermaCité et l’entreprise Tarvel ont trouvé dans Denatura le relais qui leur manquait pour mobiliser les sponsors.

 

Effet réseau

 

Deux communes du Val d’Oise, Saint-Prix et Andilly, ont manifesté leur intérêt pour héberger un nouveau jardin Vavilov. Fin 2017, la Communauté d’agglomération de Montmorency (Cavam) accueillera une conférence du collectif soutenu par Denatura. « D’ici trois ans, nous espérons la mise en place d’un réseau d’une quinzaine de jardins conservatoires et pédagogiques », annonce Benjamin Canon. Simultanément, De Natura observe les effets démultiplicateurs de sa première initiative : avec la laine produite par les Solognots mobilisés par les fondateurs du fonds pour pâturer aux abords des gares et des voies ferrées, l’entreprise d’insertion Atelier de La Bruyère fabrique en Haute-Loire les semelles des bottes des cheminots qui travaillent sur les réseaux.  « Un plus pour la sécurité des voies, le confort des agents, l’empreinte écologique et la performance sociale », commente Marine Le Lay, chef de projet à SNCF Réseaux.

Pour renforcer sa notoriété, le fonds bénéficie d’une nouvelle légitimité institutionnelle : le ministère de l’Agriculture l’a invité à participer à ses travaux sur les ressources phyto-génétiques, qui visent à restaurer la collection française de semences. Dans cette instance officielle, De Natura défendra une conviction partagée par ses fondateurs et par le collectif Vavilov : la diversité génétique appartient à l’humanité.

 

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