Chantiers

Prouesse thermique dans un bâtiment historique

Mots clés : Architecte - Conservation du patrimoine - Établissements industriels, agricoles, ICPE

Un architecte stéphanois remet à niveau le « bâtiment des énergies » des anciennes usines Manufrance, une « épave thermique » inscrite à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques.

«Au départ, beaucoup doutaient que nous puissions un jour transformer ce bâtiment en BBC, se souvient l’architecte Julien Rivat, sur le chantier du 53, cours Fauriel, à Saint-Etienne (Loire). Du coup, nous avons placé la barre encore plus haut pour en faire un bâtiment labellisé Passivhaus ! » Une gageure, en effet, compte tenu de l’état de cet édifice industriel datant de 1902 et des contraintes architecturales résultant de son inscription à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH). « Construit pour abriter les chaudières des anciennes usines Manufrance, aujourd’hui réhabilitées en pôle tertiaire, cet immeuble conçu par l’architecte Léon Lamaizière posait à l’époque plus de problèmes de refroidissement que de chauffage, plaisante Julien Rivat. Mais après avoir visité ce qui était considéré comme une épave thermique – malgré une première réhabilitation dans les années 1980 -, j’ai été frappé par certaines caractéristiques bioclimatiques, sans doute involontaires, mais très intéressantes. » Et de citer l’absence de masque sur les façades, l’orientation sud-sud-est, la quasi-absence d’ouvertures au nord, la désolidarisation dalles-façades (limitation des ponts thermiques) ainsi que la présence d’une belle verrière, cachée derrière des dalles de faux plafond et une mince couche de laine de verre. En dépit de son isolation quasi inexistante et de son étanchéité à l’air catastrophique, le potentiel du gros œuvre est incontestable et convainc rapidement l’architecte qui recherche justement de nouveaux locaux pour son agence de douze personnes.

 

 

« Pour un bâtiment passif neuf, ce qu’on fait, en principe, c’est une isolation par l’extérieur, rappelle-t-il. Mais du fait de l’inscription ISMH, il n’en était pas question : là résidait toute la difficulté. » Le projet passe, en l’occurrence, par l’installation de menuiseries aluminium à triple vitrage, le remplacement du polycarbonate de la verrière par un double vitrage (triple vitrage écarté en raison d’un trop grand risque de casse), la pose d’une isolation thermique renforcée (260 à 360 mm de laine de bois selon les endroits) et aussi par le soin apporté à l’étanchéité à l’air. Hormis quelques soucis à cet égard, notamment la présence de défauts sur une ferme et sur la jupe d’étanchéité d’une menuiserie, c’est la découverte d’amiante dans une peinture qui a constitué la plus mauvaise surprise du chantier. « Pour que tout soit exemplaire, nous avons préféré déposer que confiner, mais l’intervention (traitement chimique puis sablage) s’est révélée coûteuse et difficile », commente l’architecte. Quant au confort d’été – question d’actualité réputée épineuse en ce qui concerne les bâtiments passifs -, Julien Rivat dit compter sur la stratification liée à la hauteur sous plafond, sur ses vitrages à facteur de contrôle solaire, sur ses châssis de désenfumage « intelligents » (équipés de sondes de température) et sur la fonction « freecooling » de son installation géothermique.

 

 

Focus

PAC géothermique et ventilation « tout en un »

Environ 6,5 kW pour 610 m² de Shon : tels sont, à l’aune du Passive House Planning Package (la méthode de calcul dédiée au référentiel Passivhaus), les besoins de chauffage du nouveau bâtiment sis 53, cours Fauriel. « La consommation d’énergie sera divisée par quatorze par rapport aux anciens bâtiments », précise Julien Rivat, maître d’œuvre de la rénovation. Pour faire bonne mesure, c’est une installation de 10 kW qui a été prévue sous la forme d’une pompe à chaleur (PAC) géothermique de marque Zehnder (modèle ComfoAir 550), associée à deux forages de 90 m de profondeur. Un système très compact (0,5 m² au sol), associé à un plancher chauffant basse température au rez-de-chaussée (chauffage par les murs en mezzanine), à une ventilation double flux et, enfin, à deux ballons d’eau chaude de 500 l, l’un utilisé comme tampon pour optimiser le fonctionnement de la PAC, l’autre pour stocker l’eau chaude sanitaire. « Il aurait été intéressant de récupérer la chaleur des serveurs de nos voisins de Numericable, qui occupent toujours un quart de l’immeuble, mais la solution n’aurait hélas pas été pérenne en cas de déménagement », regrette l’architecte.

 

Focus

Fiche technique

Maître d’ouvrage : SCI 53 Fauriel. Maître d’œuvre : Atelier d’Architecture Rivat. BET structure et économie de la construction : Engibat. BET fluides : Heliasol. Charpente bois : Massardier. Isolation : Genibat. Menuiserie et verrière : Brunon Menuiserie. Chauffage : Bénetière. Electricité : Fauché Centre-Est. Surface : 610 m² (Shon). Coût travaux : 556 000 euros HT.

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