Bâtiment

Pour l’anniversaire de l’Institut du monde arabe, à Paris, ses moucharabiehs revivent

A l’occasion des 30 ans de l’Institut du Monde Arabe, les moucharabiehs de sa façade sud ont été entièrement repensés. Si le dispositif d’origine a été conservé, il bénéficie désormais d’une lubrification adaptée et d’un dispositif de protection de son fonctionnement.

Le 30 novembre 1987, le président François Mitterrand inaugurait l’Institut du monde arabe (l’IMA), premier des grands travaux engagés en 1981 avec Jack Lang, ministre de la Culture. Trente ans plus tard, Jack Lang, président de l’IMA inaugurera ce soir un édifice largement repensé. Si le bâtiment a été conçu par Jean Nouvel avec Architecture Studio, sa rénovation a été orchestrée par l’agence DVVD avec deux grands chantiers : la rénovation de la bibliothèque consacrée à la culture arabe et la remise à neuf de la façade, dont les 240 moucharabiehs. Ces panneaux qui s’ouvrent et se ferment en fonction de l’éclairement naturel ont été remis en état de marche. D’autres travaux sont déjà envisagés afin d’améliorer l’accueil du public. Le musée reçoit en effet chaque année entre 800 000 et un million de visiteurs.

 

Cahier des charges

 

La remise en service des moucharabiehs a demandé près de quatre ans de travail. « Le concours remonte à 2014 », se souvient en effet Loïc Durand, ingénieur et dirigeant du bureau d’études Spectat, une TPE spécialisée dans la mécanique de précision des scènes et des décors de théâtre. C’est lui qui a réalisé un diagnostic complet des moucharabiehs et préconisé des solutions industrialisées. L’objectif était double : il s’agissait bien sûr de réparer de façon pérenne les mécanismes endommagés, mais également de réduire les consommations d’énergie, importantes à l’époque, des systèmes d’ouverture/fermeture.

 

57 diaphragmes par panneaux

 

Si les étapes du diagnostic sont détaillées ici, on peut résumer le travail d’analyse en quelques points essentiels. Tout d’abord, il est nécessaire de rappeler que chacun des moucharabiehs, des carrés de 1818 mm de côté, comporte 40 petits diaphragmes (20 carrés et 20 étoiles), 16 diaphragmes moyens et un grand diaphragme central. Ils sont actionnés par deux vérins. Le droit pilote les iris moyen et le grand iris central. Le vérin gauche pilote les petits iris. L’ensemble est commandé par la gestion technique du bâtiment, via une sonde située sur le toit. « Le dispositif était prévu pour fonctionner suivant l’éclairement naturel uniquement », précise Souyène Bekhouche, chargé de projet au sein des services techniques de l’IMA. Or, afin de répondre aux demandes des touristes qui souhaitaient voir le mécanisme en action, le nombre de cycles a été augmenté pour passer à un cycle d’ouverture/fermeture chaque heure. « Une augmentation qui a accéléré les casses», estime Loïc Durand. En effet, s’il s’agit d’une belle cinématique, bien conçue, l’ingénieur a mis en évidence deux familles de problèmes : les frottements et l’absence de système fusible pour éviter la casse mécanique en cas de défaut divers.

 

Trop de frottements

 

Côté frottement, Loïc Durand a identifié deux problèmes. Tout d’abord le choix d’utiliser des pièces en aluminium anodisé dans les mécanismes des iris, « le pire des matériaux pour les frottements », rappelle-t-il. D’autant plus qu’à l’époque, la découpe laser n’existe pas. Il n’y a que de l’emboutissage. Un phénomène encore aggravé par l’absence de lubrification, ce qui a eu pour effet d’accroître les frottements entre les pièces. Certains panneaux comportaient tout de même des traces de graisse. « Il est probable qu’en constatant les dégâts, les responsables de la maintenance de l’époque aient décidé de lubrifier les systèmes. Or, ils ont choisi des produits inadaptés, qui ont capté les poussières et aggravé encore les frottements », poursuit l’ingénieur.

 

Absence de système fusible

 

Autre point clé, aucun système fusible ne protégeait les pièces mécaniques de la rupture pure et simple. « C’est une chose de tomber en panne, c’est  une autre que tout le système se casse », note Loïc Durand. Après enquête, il a découvert des vérins alimentés en 12 V en courant continu, alors que les disjoncteurs, sensés protéger les pièces mécaniques, étaient alimentés eux en 220 V, alternatif ! « Le système de protection en courant alternatif ne pouvait pas fonctionner avec des appareils qui utilisent du courant continu. D’ailleurs, pendant toute la durée de fonctionnement des moucharabiehs (ils ont été arrêté définitivement en 2011), ils n’ont jamais disjonctés ! » Comment une telle erreur est-elle possible ? Loïc Durand émet l’hypothèse d’un chantier traité en lot séparés, avec la mécanique des moucharabiehs à une entreprise et une autre entreprise en charge de l’électricité du bâtiment.

 

Lubrification à vie

 

Une fois les problèmes identifiés, restait encore à trouver une solution. Pour régler le problème de la lubrification des pièces, Loïc Durand a fait appel à l’expertise de spécialistes du domaine. Les galets d’acier qui participent au mécanisme d’ouverture/fermeture ont été traités afin de leur incruster à vie un lubrifiant spécifique. « J’ai testé le produit pendant six mois dans mon atelier sans constater de goutte ou de trace sur le mécanisme », indique l’ingénieur. Une fois les frottements largement réduits, il était simple de baisser la consommation d’énergie des vérins. Leur vitesse a été divisée par deux, ce qui réduit de façon proportionnelle la puissance nécessaire. Les vérins sont donc alimentés en 12 V et non plus en 24 V. Enfin, pour protéger les mécanismes, des fusibles ont été mis en place sur les panneaux – les disjoncteurs d’origine étaient dissimulés dans les faux-plafonds – il suffit ainsi d’un contrôle visuel pour constater les fusibles à remplacer. L’ensemble des 240 panneaux étaient au départ divisés en quatre zones électriques. Désormais, ils peuvent tous être pilotés en une seule zone.

La technologie a largement progressé en 30 ans. La nouvelle façade de l’IMA en a bénéficié. Désormais, chaque moucharabieh fonctionne comme un pixel unique et peut donc être piloté individuellement pour animer la façade. Des rubans de leds ont également été mis en place pour renforcer le dispositif et participer à l’animation nocturne de l’ensemble.

 

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  • - Le
    « Vue des moucharabiehs depuis l’intérieur de l’Institut. Le ratio d’occultation lorsque tous les diaphragmes sont ouverts est de 74,2 %. Lorsqu’ils sont tous fermés, il est de 82,6%. » Effectivement un écart de 10% de luminosité valait bien tout ce travail !!!
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