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Pour Emmanuel Macron, le travail détaché est une «trahison de l’esprit européen»

Mots clés : Entreprise du BTP - Gouvernement - Réglementation européenne - Travail

A Salzbourg, le président français a porté une attaque d’une violence inédite contre cette directive européenne tant décriée par le BTP hexagonal. 

Le président de la République n’était jamais allé aussi loin dans sa dénonciation des abus de la directive travailleurs détachés. Ce mercredi 23 août, à Salzbourg , lors d’une conférence commune avec le chancelier autrichien Christian Kern, Emmanuel Macron a indiqué que « la directive des travailleurs détachés telle qu’elle fonctionne est une trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux ». Cette déclaration d’une grande violence est intervenue alors que le chef de l’Etat français entamait en Autriche une mini-tournée en Europe centrale et orientale, qui se poursuit avec des visites en Roumanie et en Bulgarie, des pays hostiles à une réforme de cette directive qui profite pleinement à ses ressortissants.

 

« Se protéger de la mondialisation »

 

Emmanuel Macron a indiqué que Christian Kern était en total accord avec lui : « Nos concitoyens ont voulu faire l’Europe pour se protéger des dérèglements de la mondialisation sous toutes ses formes. Et une Europe qui protège, c’est une Europe qui sait régler le problème des travailleurs détachés. Le chancelier l’a rappelé, nous avons un alignement de vue absolument parfait sur ce sujet. » 

Cette prise de position d’Emmanuel Macron, qui a déclaré durant sa campagne son attachement très fort à l’Union européenne, est surprenante. Le principe même du travail détaché n’est en effet nullement remis en cause par les dirigeants de la Commission européenne pour lesquels ce mécanisme est un moyen d’assurer le principe de libre circulation des travailleurs. « Le marché unique européen et la libre circulation des travailleurs n’a pas pour but de favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social », a d’ailleurs tenu à préciser le président français à Salzbourg, comme pour prévenir des critiques. 

 

« Réduction du temps de travail »

 

Le président français a ensuite rappelé les propositions faites dans le projet de modification de la directive travailleurs détachés qu’a élaboré en mars 2016 la Commission européenne : « réduction du temps de travail du travailleur détaché limité à un an », mise en place du principe « à travail égal, rémunération égale », « renforcement des contrôles » et « développement de ceux-ci sur le plan bilatéral ». La présidence estonienne de l’Union européenne doit proposer aux Etats membres un compromis sur ce texte en septembre. Les premiers ministres tchèque (Bohuslav Sobotka) et slovaque (Robert Fico), que Emmanuel Macron a également rencontrés à Salzbourg, ont donné un accord de principe à la révision de la directive, mais n’ont pas précisé les contours du compromis trouvé.

Patrick Liébus, le président de la Capeb, a réagi pour « Le Moniteur du BTP » aux propos d’Emmanuel Macron . Il n’y voit « aucune agression », mais plutôt « une manière d’exprimer qu’il tient au respect des droits de l’homme et de l’équilibre économique entre chaque pays, qui ont présidé à la création de l’Union européenne ». Selon le dirigeant patronal, « l’application de la directive détachement, au sein de notre Europe des vingt-huit, entraîne ces effets pervers de dumping social et de déstabilisation des emplois dans certains pays, comme la France. La  proposition de révision du texte d’Emmanuel Macron vise précisément à une application plus respectueuse de cet esprit européen et des droits des salariés. Le président de la République fait ainsi preuve de courage, et prend le sujet de la révision de la directive détachement à bras le corps. » Quant aux axes de la réforme, si le président de la République propose une limitation du détachement à 12 mois, contre 36 à ce jour, Patrick Liébus souhaiterait même aller au-delà, mais salue l’initiative. « L’application du principe à travail  égal, salaire égal  devra notamment conduire à verser aux salariés du BTP détachés en France des indemnités de grands déplacements, de logement et de repas », détaille en outre le président de la Capeb.

 

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