Environnement

« Ports propres et développement durable : l’enjeu de la valorisation de la vase de mer ! » par Daniel Levacher et François de la Chevalerie

Mots clés : Démarche environnementale - Développement durable - Transport maritime

Aujourd’hui, les ports constituent la pointe avancée de la mondialisation, de ses périls. Tout s’y mêle, se couple dans un entrelacs parfois compliqué. En France, l’activité portuaire est intense : 80 % des échanges commerciaux du pays, 350 millions de tonnes de marchandises, 33 millions de passagers. Aujourd’hui, les ports Français sont confrontés à un double défi : reprendre le dessus face à la concurrence acharnée des autres ports européens, jouer la carte du développement durable.

L’urgence sonne. Dans les avant-ports un amalgame impressionnant de rejets et déchets s’agrège au sable, constituant une matière ingrate généralement dénommée vase marine. Jamais uniforme, souvent travaillée par des micro organismes, se gorgeant à l’occasion d’hydrocarbure, d’azote, de phosphore, de métaux lourds, cette boue onctueuse représente un réel danger pour l’environnement tout autant que les émissions dans l’atmosphère.

Tous les ports sont concernés, petits ou grands, plus encore les arsenaux. Outre l’érosion naturelle, le trafic favorise l’accumulation de sédiments. Chaque jour, de coûteuses opérations de dragage libèrent l’accès des voies de navigation. Le clapage, d’un coût également onéreux, consiste ensuite à déporter les boues pour les rejeter en eaux profondes sans que l’on sache vraiment comment s’organise le curieux mélange entre déchets portuaires et l’écosystème marin. Comme les lieux de clapage sont parfois distants des lieux de dragage, le stockage à terre est aussi pratiqué. Mobilisant des surfaces impressionnantes, il n’est pas sans risque écologique si les déchets ne sont pas sanctuarisés, bouclés dans des caissons étanches. Dans un cas comme dans l’autre, la solution retenue ne s’accorde nullement avec l’idée de « port propre ».

Dragués, clapés ou stockés, ces opérations sont sans contrepartie économique. Dans les budgets des ports, elles participent de l’entretien courant autrement dit une perte sèche. Qui plus est, la charge est appelée à s’alourdir en raison d’une législation toujours plus sourcilleuse en matière environnementale (zone d’enfouissement limitées, contraintes européennes, etc.) et l’inexorable augmentation des convoiements. De fait, le coût devrait doubler à échéance de 2015.

Comment penser la vase de mer autrement ? Aujourd’hui les opérations du traitement sont rares et concernent de faible volume, principalement des sédiments contaminés. Une fois décontaminés, laissés à l’abandon ou clapés, ces derniers ne sont pas valorisés. Une meilleure réponse consiste en l’élaboration d’une unité mobile de traitement en continu intégrant un enchaînement d’opérations depuis l’extraction de la vase jusqu’à la livraison d’éco matériaux de construction (remblayage des routes ou de parkings, bordures de trottoir, parpaings, produits moulés, dalles, briques).

Pour la France, l’enjeu est crucial. Comme partout dans le monde, les ressources minérales sont en voie de pénurie, notamment, les matériaux alluvionnaires, principale ressource en granulats. De même, les carrières ferment. Jugées polluantes, parfois dangereuses, leur temps est compté. Ira-t-on chercher nos matériaux à l’étranger aggravant toujours plus notre déficit commercial ? Plutôt qu’une dépendance, mieux vaut recycler nos déchets ! La vase de mer constitue une alternative, une matière dite « renouvelable » ! En France, depuis trente ans, les chercheurs travaillent sur l’opérabilité de la valorisation de la vase de mer, les résultats se précisent. Mais faute d’une mise à l’épreuve des connaissances acquises au moyen de réalisation in vivo, les efforts engagés pourraient être nuls en termes de retour sur investissement (une perte de 30 M. d’euros). C’est pourquoi nous mettons en place une démarche d’entreprise, un projet industriel incluant divers partenariats dans l’esprit même des pôles compétitivité souhaités par le gouvernement. Nous y mêlons savoir faire et pragmatisme en nous orientant autour d’une collaboration internationale, d’abord franco chinoise. Boulimiques en matériaux de construction, les chinois développent aujourd’hui des projets de valorisation de la vase. Certes les méthodes demeurent artisanales, les procédés aléatoires, mais les chinois ont décidé d’en faire un projet industriel majeur. Déjà dans le sud de la Chine, des essais se distinguent, des briques sont fabriquées. Dans le nord, le remblaiement de route. Les chinois ont besoins de matériaux, ils le savent, ils ne veulent pas attendre. Si nous ne joignons nos forces avec les leurs, la concurrence, désormais active, s’y emploiera, emportant tout sur son passage et, à moyen terme, le marché français (40 millions de mètres cube à traiter). L’alliage entre expertise française et détermination chinoise constitue une chance ! Du fait de la mise au point d’un process opérationnel seront jugulés les problèmes inhérents à la déshydratation de la vase comme précisées les formules d’ajouts chimiques destinées à l’augmentation des performances mécaniques des produits finis. Ainsi pourra être peaufiné l’unité de traitement en continu. Pour la France, cette démarche signifie le maintien et le renforcement d’une R&D innovante. De surcroît, la France prendra ainsi toute sa place sur les marchés européens et mondiaux. Qui mieux est, en optant pour le recyclage des déchets, elle consacre l’idée de port propre tout comme leur développement durable.

Daniel Levacher est ingénieur, Docteur es sciences et François de la Chevalerie, entrepreneur (China Messengers).

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