Aménagement

Polémique après l’annulation d’Expo 2004

La décision de Jean-Pierre Raffarin d’annuler le projet d’exposition internationale prévue en 2004 à Dugny (Seine-Saint-Denis), en raison des risques financiers encourus, a provoqué un début de polémique politique et les réactions dépitées des organisateurs.
S’appuyant sur un rapport d’expertise commandé début juillet, le Premier ministre a expliqué sa décision par « le manque d’intérêt des partenaires étrangers », le « retard pris dans les préparatifs » et l' »absence de couverture des risques financiers très importants » de l’opération.

Ce rapport de 36 pages, dû à Noël de Saint-Purgent, ancien délégué interministériel au Mondial de football, pointe un « manque de professionnalisme évident » de l’Etat (cabinets ministériels et administrations centrales) et identifie cinq « facteurs de risques »: participation internationale (seuls six pays avaient répondu à l’invitation), accessibilité au site, respect des délais, fréquentation et finances.
Le budget de la manifestation était estimé à 395 millions d’euros.
« Soucieux de soutenir l’activité économique en Seine-Saint-Denis », M. Raffarin, a annoncé la mise à l’étude d’un « nouveau projet centré sur la rénovation du Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget », commune voisine de Dugny.

Conçu autour du thème de l’image, le projet prévoyait de montrer des images du monde entier -artistique, scientifique, technique- en s’interrogeant sur leur mode de fabrication.
L’ancienne ministre socialiste de la Culture Catherine Trautmann, nommée l’an dernier Commissaire générale à l’Exposition internationale de 2004, n’a pas caché sa « très grande déception ».
« Toute l’équipe a travaillé d’arrache-pied », a-t-elle déclaré, affirmant que « les réponses des pays invités commençaient à arriver ».
Le bureau international des expositions (BIE), organisation intergouvernementale qui avait désigné la France en 2001 pour organiser l’exposition, a estimé que le projet n’était pas risqué tant du point de vue de « la participation » des pays que du « respect du calendrier ».

Ce n’est pas la première fois qu’un pays annule un tel projet. En 1994, ce fut le cas de la Hongrie qui devait accueillir une exposition en 1996, a rappelé le BIE. En 1983, la France avait annulé une exposition projetée en 1989, pour le bicentenaire de la Révolution française.
« Il est dommage qu’il n’y ait pas eu d’exposition internationale en France depuis 1937 alors que Paris et la France ont contribué au développement de ces manifestations et alors même que le siège du BIE est à Paris », selon cette organisation.
La décision a été particulièrement mal accueillie par les autorités locales, intéressées au premier chef par ce projet.
Le président (PCF) du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Robert Clément, a jugé le choix du gouvernement « incompréhensible en vue des atouts du dossier ».
Le président (PS) de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, a dénoncé « une décision strictement politique qui va pénaliser l’Ile-de-France et la Seine-Saint-Denis », département « le plus en difficulté » de la région.

Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, a qualifié l’annulation de « mauvaise nouvelle pour Paris, la région francilienne et le rayonnement international de la France ».
La décision de M. Raffarin a en revanche reçu le soutien de députés UMP de Seine-Saint-Denis.
Tout en reconnaissant que cette annulation provoquait la « déception » des habitants, Eric Raoult a dénoncé la responsabilité du précédent gouvernement dont le projet était « mal ficelé, ballotté au gré des intérêts de la gauche plurielle ».
Pour Robert Pandraud, « le gouvernement Jospin » n’avait « rien entrepris » pour la réussite de l’exposition.

Focus

L’Expo 2004 devait être consacrée à l’image. Elle visait aussi à améliorer durablement l’aménagement et l’économie du département de la Seine-Saint-Denis.
Prévu pour une durée de trois mois, du 7 mai au 7 août 2004, le projet affichait l’ambition d’attirer 8,5 millions de visiteurs (contre 40 millions à Séville et 18 millions à Hanovre). Le budget était évalué à 395 millions d’euros.

Elle devait occuper 25 hectares de l’aire des Vents, non loin de l’aéroport du Bourget, sur le territoire de la commune de Dugny. Après la défection des Philippines, à l’automne 1999, la France restait le seul candidat en lice pour 2004, et le Bureau international des expositions (BIE) avait avalisé ce choix, transmis par Lionel Jospin, au BIE, en mars 2001.

Une exposition universelle pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française de 1789 avait été déjà annulée par François Mitterrand le 5 juillet 1983.

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