Paysage

Point de vue – Un Grand Prix national du paysage résolument après-pétrolier… dans une transition énergétique qui marque le pas

Mots clés : Aménagement paysager - Carburant - Gouvernement

Le collectif Paysages de l’après-pétrole se félicite des choix du jury du Grand prix national du paysage, révélés le 18 mai par la ministre Ségolène Royal. La même association invite le gouvernement à accélérer la sortie de la dépendance aux énergies non renouvelables, et formule des propositions pour créer les conditions paysagères favorables à cet objectif.

Après une longue attente de la réunion du jury, puis de la proclamation de ses résultats, le feuilleton du Grand  Prix National du Paysage dont l’appel à candidatures avait été lancé il y a plus de quatorze mois, devrait enfin connaître un heureux épilogue, ce mercredi 18 mai à l’Hôtel de Roquelaure, à Paris.

Ségolène Royal, entre deux phases de ses chronophages négociations internationales sur le climat, vient en effet de remettre aux deux lauréats (le Grand Prix lui-même, et une « mention spéciale du jury ») un trophée parfaitement mérité et surtout tout à fait en phase avec la période que nous tentons, au collectif Paysages de l’après-pétrole, de faire vivre : la transition énergétique.

Ne boudons pas notre plaisir en effet : le jury, présidé par Gilles Clément en janvier dernier, nous a livré une cuvée résolument après-pétrolière !

Le Grand Prix est décerné à l’agence Folléa-Gautier ; primée pour avoir assuré la maîtrise d’oeuvre, à Saint-Paul de la Réunion, de la transformation en jardin-promenade d’un échangeur autoroutier : aux moteurs thermiques ont succédé des plantes locales et à l’impérium automobile une liaison piétonne entre le littoral et son arrière plan d’étangs et de ravines. On ne saurait mieux -sauf peut-être  sur les quais de Bordeaux !- signifier la fin de l’ère pétrolière, y compris dans une île qui hésite encore, en fonction des alternances politiques, entre le tram-train et l’autoroute pour relier ses pôles urbains[1]. Bertrand Folléa, est par ailleurs animateur de la récente chaire d’entreprises « Paysage et Énergie » de l’École nationale de Paysage de Versailles, et suppléant d’Auréline Doreau, membre de notre collectif.

 

Harmonie rurale

 

La mention spéciale du jury revient, quant à elle, à un membre de notre collectif : Rémi Janin, paysagiste, associé à son frère Pierre, architecte, au sein de l’agence Fabriques architectures paysages pour le travail subtil et inventif que ces derniers ont réalisé dans la ferme familiale du Vernand, au cœur des Monts du Lyonnais[2] : ils ont en effet non seulement mené à bien sur le territoire de cette dernière, une transformation du paysage agricole (engagé par leur mère quand elle était passée en agrobiologie), pour en faire une harmonieuse (et plus rentable!) mosaïque d’espaces boisés de champs et de prairies, mais ils ont aussi promu l’ouverture de l’exploitation à la balade, et plus généralement à la vie sociale locale, avec fêtes et accueils réguliers de ces « voisins » citadins ou villageois généralement tenus à l’écart de l’activité agricole (ou plutôt agro-industrielle ou agro-chimique) contemporaine.

Des hirondelles bien solitaires, toutefois, pour un printemps qui tarde à s’affirmer, quand il ne rétrograde pas carrément vers l’hiver.

Ne boudons pas notre plaisir le 18 mai, mais soyons en effet lucides sur le bilan écologique et énergétique des transitions annoncées depuis quatre années : la loi sur l’énergie a très peu ébranlé les convictions et la superbe des oligarques français de l’énergie -version nucléaire du Gasprom post-soviétique. Alors que la fameuse « programmation pluriannuelle de l’énergie » connaît un accouchement laborieux, il est désormais évident que la plus vieille -et dangereuse- centrale de production d’électricité atomique de France  sera toujours en service en fin de quinquennat, tandis que le récent accueil dans notre pays, dans le somptueux Palais Longchamp de la capitale du Béarn, du  congrès mondial des chercheurs de pétrole (toujours plus loin, toujours plus profond!), n’a ému que les courageux lanceurs d’alerte d’Alternatiba.

Quant au ministre de l’Agriculture, il peine à imposer son concept d’agro-écologie dans un contexte où le lobby chimique parvient encore à faire prévaloir, contre toute évidence scientifique, à des sénateurs pourtant d’habitude plus à l’écoute du terrain, la prolongation de l’emploi des pesticides tueurs d’abeilles[3].

 

Energie positive

 

Ne boudons pas notre plaisir le 18 mai, mais tirons en aussi les enseignements qu’il convient  pour faire bouger ces cafardeuses lignes Maginot du « business as usual ». C’est du terrain, des territoires et des habitants mobilisés (on dit aujourd’hui « debout »!) que peuvent émerger les transitions nécessaires à une vie meilleure d’humanité civilisée : nous avons, au collectif Paysages de l’après-pétrole (PAP), la conviction (fondée sur l’expérience) que l’approche paysagère peut être un puissant levier de cette mobilisation. Les Territoires à Energie Positive (TEPOS)[4] partagent de plus en plus cette conviction puisqu’ils ont réinvité notre collectif à animer un atelier de leurs prochaines rencontres nationales, cet automne à Kaysersberg, en Alsace.

A nous de mobiliser, sur une large échelle, les acteurs des territoires pour que leur espace de vie quotidienne soit non seulement techniquement moins émetteur de carbone, mais aussi plus agréable à vivre parce qu’il aura produit un paysage de qualité, lié à des relations sociales plus conviviales (et/ou générateur de ces dernières) !

Le collectif PAP avait proposé, dans le cadre d’une loi passablement techniciste[5], mais dont le titre – puissant symbole- contient le mot « paysage », un amendement tendant à fonder les « Plans climat énergie territoriaux », fruits prometteurs du processus Grenelle, sur une analyse et une approche méthodologique paysagère.

Cette proposition reste de pleine actualité : elle donnerait aux territoires qui veulent s’engager, de façon collective et participative, dans l’application concrète, à leur échelle, des Accords de Paris, à la fois un signal politique et une méthode de travail qui leur promettraient une adhésion citoyenne renforcée et une probabilité accrue de réussite de leur projet.

Nos deux lauréats du Grand Prix National du Paysage ont une fois de plus  prouvé que les relations entre transition énergétique et paysage ne se résumaient pas à l’opposition aux éoliennes.

Plus que jamais, et en rupture avec les visions nostalgiques et esthétisantes du concept, donnons à l’approche paysagère cette utilité globale de facilitation de la transition énergétique qui légitime aujourd’hui son usage immodéré.

Paysage debout !

 


[1]     Pour le moment, c’est malheureusement la seconde solution qui semble l’emporter, avec un délirant projet autoroutier sur pilotis, entre Saint-Denis et Le Port, et son cortège de carrières dévastatrices pour satisfaire, au mépris des richesses naturelles de l’Ile, les fantasmes constructifs du pharaon local.

[2]     L’un des quatre projets présenté au colloque fondateur du Collectif Paysages de l’Après-Pétrole, à l’Assemblée National le 20 novembre 2014 ! – Pour en savoir plus sur cette expérience d’une « ferme pensée par le paysage », lire l’article consultable à partir du lien suivant http://www.paysages-apres-petrole.org/vernand-lexperience-dune-ferme-pensee-par-le-paysage/

[3]     Et sans doute aussi de paysans, dont on commence enfin à reconnaître les maladies professionnelles issues des joyeux cocktails dont les chimiquiers leurs confectionnent les recettes…

[4]     Les vrais, pas ceux de la « croissance verte » : gageons que ces derniers n’auront vécu que le temps d’une campagne de communication ministérielle. Ils auront toutefois fait la récolte d’une enveloppe -assez rebondie il est vrai- issue de ce fonds pour la transition énergétique qui risque de connaître, en fin de quinquennat, la destinée au carrosse de Cendrillon au premier coup de minuit…

[5]     La loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » qui devrait sortir cet été…

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