Profession

Point de vue – «Le bois ou la passion de l’intelligence constructive»

Mots clés : Bois - Technique de construction

Le choix du bois pour la réalisation des édifices doit résulter, en amont, d’une analyse critique des procédés constructifs à disposition et, en phase études, d’un niveau élevé d’attention et d’exigence…

 Lorsqu’on interroge David Bruchon, responsable du Département d’ingénierie des structures bois chez Terrell, au sujet de l’engouement actuel pour son matériau de prédilection il a ce commentaire : «Bien sûr, c’est formidable que des acteurs majeurs du monde de la construction s’intéressent aujourd’hui au bois. Mais il ne faudrait pas oublier que le bois est un matériau vivant et que son usage obéit à des règles qui lui sont bien spécifiques. Si on oublie ça, on risque d’aller au-devant de surprises pas très agréables!» Cet ingénieur diplômé de l’Ecole nationale supérieure des technologies et industries du bois (Enstib), spécialiste des structures et enveloppes, sait de quoi il parle : après plus de dix années «d’apprentissage» sur des projets complexes et des expertises au sein de bureaux d’études spécialisés, il prend en 2011 la direction du pôle Bois de Terrell; lequel dispose aujourd’hui de quinze ans d’expériences – et autant de retour d’expériences, ce qui est fondamental. «On voit trop souvent des maîtres d’ouvrage ou des architectes s’engager dans un projet bois sans avoir au préalable analysé la pertinence de ce choix au regard des contraintes du projet», ajoute-t-il.

 

Macro-lots 2D

 

Le bois présente un grand nombre d’avantages au premier rang desquels son bilan carbone.  Cinq fois moins lourd que le béton, il offre un intérêt évident dans des contextes contraints en termes de charges (surélévation, contraintes de sol pénalisantes, franchissement, etc.) Cette légèreté associée aux moyens de levage actuels permet de travailler en «macro-lots 2D» (murs+planchers) ou en construction modulaire 3D intégralement préfabriquée en atelier. Réduction des délais de mise en œuvre sur le chantier, degré de finitions supérieur, second œuvre allégé, garantie d’obtenir une enveloppe plus performante, chantier propre et réduction significative des nuisances sonores en phase travaux et, enfin, confort global des espaces constituent autant de qualités associées à l’usage du bois, pour peu que son intégration ait fait l’objet d’une réflexion amont entre les concepteurs, dès les premières phases du projet. Car construire en bois exige davantage d’attention et d’investissement en phase conception. Il faut en effet pousser les études à un niveau de détails plus élevé (le dimensionnement se fait par les assemblages) ce qui fait dire à David Bruchon : «Un bureau d’études bois doit être capable de faire des études d’exécution; c’est un pré-requis que tout maître d’ouvrage ou architecte devrait exiger avant de choisir son partenaire bois.» De telles études d’exécution ont été réalisées, par exemple, sur le Centre des civilisations du Vin à Bordeaux pour Arbonis, filiale de Vinci; un projet conçu par l’agence X-TU.

 

Le bon matériau au bon endroit

 

«Le bon ingénieur bois sera celui qui saura placer le bon matériau au bon endroit», martèle David Bruchon et, surtout, préconiser l’usage du bois là où ses qualités s’exprimeront en intégrant le «temps long». Pour ce faire, il doit s’imposer une vision plus large que son seul domaine de compétences et intégrer très tôt les contraintes des autres corps d’état. BIM et prés-synthèse sont des outils précieux dans ce contexte. «Nous proposons de prendre en charge la structure et la façade; il y a une vraie cohérence car il est important d’adapter la conception de la façade à une structure généralement plus souple», précise David Bruchon. Le département ingénierie du bois de Terrell a notamment travaillé avec Norman Foster (bibliothèque de Masdar à Abu Dhabi), Patrick Arotcharen (halle d’exposition à Toulouse) et compte parmi ses projets en cours «Perspective» à Bordeaux (bureaux pour le groupe Pichet avec l’agence Laisné-Roussel), ou «Curve» à Saint-Denis (bureaux pour BNPI avec l’agence Chartier-Dalix), en attendant de démarrer la tour Hypérion à Bordeaux avec l’architecte Jean-Paul Viguier, Eiffage et Woodeum, sans oublier le projet «Multi-Strates» de l’îlot Ternes, dans le cadre de «Réinventer Paris» avec BNPI et le groupement d’architectes Jacques Ferrier/Chartier-Dalix. «Autant d’occasions de développer une vraie intelligence constructive…» conclut David Bruchon.

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